La Seconde Guerre Mondiale en version Japonaise

Hier soir, je regardais l’excellent Merrill’s Marauders de Samuel Fuller, film de guerre retraçant la campagne en Birmanie, pendant la Seconde Guerre Mondiale, des troupes du général Merrill. Dans le même temps, Jevanni publiait un article sur The Cockpit. A cet instant, je me suis demandé s’il ne s’agissait pas finalement d’un des rares animes consacrés à la Seconde Guerre Mondiale.

Je m’intéresse énormément à l’Histoire, aspect de ma personne qui remonte à l’époque où je suivais assidument les Il Était Une Fois… sur l’Homme, les Découvreurs, et les Explorateurs. Une période qui m’attire plus particulièrement : la Seconde Guerre Mondiale. Entre les livres – je lis actuellement un ouvrage consacré au premier Procès de Nuremberg – les documentaires (merci Arte), et bien entendu les films, j’ai largement de quoi m’occuper.
Le cinéma, en particulier américain, se présente comme un des principaux pourvoyeurs d’œuvres consacrées à la WW2. Plusieurs raisons à cela : le Ministère de la Défense soutient certaines productions à des fins de propagande, et la guerre elle-même a été largement employée pour créer des long-métrages à grand spectacle, notamment dans les années 60 pour faire revenir dans les salles obscures le public capté par la télévision ; Patton et The Longest Day s’inscrivent dans ces deux traditions.
Par contre, du côté des animes et du manga – pourtant des productions importantes en terme de quantité – nous ne pouvons pas dire que les auteurs parlent énormément de cette période de leur histoire et de la notre.

Parce que le Japon a perdu ? Il s’agit probablement d’une raison, mais certainement pas de la seule. Puisque nous parlons de guerre, quelqu’un osera-t-il prétendre que les Américains n’ont pas reçu une sévère correction au Vietnam ? Cela ne les a pas empêché de produire énormément de films autour de ce conflit, même si rarement approuvés par les autorités. Il n’existe apparemment qu’un seul long-métrage s’efforçant à montrer une image valorisante de cette guerre (sans parler du sauvetage des prisonniers dans Rambo 2 ou de Missing in Action) : The Green Berets, réalisé par John Wayne – qui tient aussi le rôle titre – et Ray Kellogg. En parallèle, des œuvres comme Platoon, Apocalypse Now, Full Metal Jacket, ou The Deer Hunter reviennent sur les horreurs du conflit et le traumatisme des soldats.
Il faut tout de même souligner cette qualité chez les Américains : ils ont appris à vivre avec cette défaite, là où les Français commencent à peine à évoquer les exécutions de déserteurs lors de la Première Guerre Mondiale, ont interdit le magnifique La Battaglia di Algeri pendant près de 40 ans, ne mentionnent jamais les aspects négatifs de la Résistance (comme le massacre des enfants nés de couples franco-allemands), et ont accueilli froidement Hors-la-Loi. Par contre, j’attends encore le jour où les Américains évoqueront les camps de concentration de Japonais plus ouvertement que dans Karate Kid.

Alors, vous me direz que tout cela concerne la Guerre du Vietnam, conflit mal accueilli par une population américaine en prise avec des crises sociales graves, et qu’il n’y a rien d’étonnant à ce que cela se concrétise par de telles productions. Mais il ne faut pas s’y tromper : plusieurs films consacrés à la Seconde Guerre Mondiale évoquent de véritables débâcles alliées, dont certains avec des budgets conséquents derrière. C’est par exemple le cas de A Bridge Too Far, dévolu à l’opération Market Garden (même si la responsabilité de ce désastre dans le film incombe essentiellement aux Anglais), ou de Tora! Tora! Tora!, film sur l’attaque de Pearl Harbor étonnamment complaisant avec les Japonais, qui souligne les erreurs commises du côté des États-Unis.

Quand bien même les Japonais se refuseraient à évoquer la Guerre du Pacifique car synonyme de défaite, rien ne les empêche de s’intéresser à l’aspect européen de la WW2. Pour continuer le parallèle avec les productions cinématographiques, les Américains ont aussi réalisé des films sur des batailles qui ne les concernaient pas directement, ou d’un autre point de vue que le leur. Citons notamment le célèbre Letters from Iwo Jima de Clint Eastwood, Enemy at the Gate de Jean-Jacques Annaud, ou le Cross of Iron de Sam Peckinpah, qui se place du côté allemand et avec un véritable « acteur à gueule » dans le rôle titre.
Et si la morale japonaise répugne à donner une image positive de la guerre, là encore, les Américains ont prouvé qu’ils pouvaient créer des films sur la WW2 dénonçant la guerre elle-même ou son exploitation, comme Flag of our Fathers, The Big Red One, ou The Dirty Dozen. Autant de chefs d’œuvre.

Il convient de mentionner un dernier point essentiel : si nous pensons probablement avant tout aux champs de bataille lorsque nous évoquons la guerre, il ne faut pas oublier que la notion de « films de guerre » recouvre en réalité des notions très larges, comme l’impact sur les civiles, l’espionnage, les missions commando, les huis-clos en sous-marin, j’en passe,… C’est d’autant plus valable pour la WW2, qui autorise à revenir sur la Résistance ou même – dans une certaine mesure – la Shoah. Qui oserait prétendre que The Great Escape, L’Armée des Ombres, The Secret Invasion, Der Untergang, Quel Maledetto Treno Blindato (plus connu sous le titre de Inglorious Bastards), The Guns of Navarone, The Bridge on the River Kwai, Le Vieux Fusil, Das Boot, Amen, Casablanca, Europa Europa, ou Valkyrie ne sont pas des films sur la WW2 ?

Et du côté des animes et des manga, justement ? Parce que oui, il s’agit tout de même du sujet de base. Quand je reprends l’article de Pazu sur le sujet, j’ai l’impression qu’il n’y en a pas tant que cela, un peu comme si le sujet n’intéressait pas les Japonais comme il intéresse le public occidental.
Pourtant, un mangaka comme Leiji Matsumoto est connu pour se passionner pour la WW2 au point d’en être un authentique expert ; mais hormis les histoires utilisées comme base pour The Cockpit, il a surtout employé ces références pour d’autres séries, plus futuristes. Ainsi, nous apprendrons qu’un ancêtre de Harlock fût pilote de chasse dans l’aviation allemande, nous assisterons à une reproduction de la bataille d’El Alamein sur une lointaine planète dans Ginga Tetsudo 999, et nous admirerons l’envol du fameux cuirassé Yamato transformé en vaisseau spatial dans Uchû Senkan Yamato. Il ne faut pourtant pas s’y tromper : s’il se passionne pour la guerre, jamais il ne l’encense et il s’applique surtout à la dénoncer.

De mon point de vue, passées les œuvres de propagande de la Seconde Guerre Mondiale, la majorité de la production s’emploie à poser la population japonaise et les troufions de base en premières victimes du système mis en place par les militaires nippons et de la riposte américaine.
Pour les conséquences de la riposte américaine sur les civiles, personne n’aura oublié Hadashi no Gen et Hotaru no Haka, d’autant plus tragiques qu’ils nous font vivre ces événements du point de vue d’enfants.
Dans des registres différents, Shigeru Mizuki nous raconte son traumatisme de guerre dans Soin Gyokusai Seyo, et Tsukasa Hojo évoque à son tour différents aspects de la Guerre du Pacifique dans le recueil Shônentachi no ita Natsu, à commencer par la vie des civils et le destin des kamikazes.
Même les œuvres utilisant la Seconde Guerre Mondiale comme toile de fond pour des séries inédites (parfois fantastiques) restent relativement rares, même si parmi elles, il convient de mentionner First Squad – financé par une équipe russe – et Senkô no Night Raid, qui revient sur la présence japonaise en Mandchourie (celle-ci datant d’avant le début « officiel » de la WW2).
Rares sont les mangaka revenant sur les événements en Europe, comme Osamu Tezuka dans Adolf ni Tsugu, ou Shigeru Mizuki et sa biographie Hitler. Lorsque nous lisons les manga, nous nous rendons bien compte qu’une majorité du public se sent étranger à tout ce qui a pu se passer en Europe, au point que certains symboles bien connus y semblent dépourvus de la moindre signification. Ainsi, dans Ayashi no Ceres, qui se déroule à notre époque, un des personnages arbore sur son pull une croix gammée, un aigle allemand, et une marque SS, sans qu’il s’agisse d’un quelconque néo-nazi et sans que cela ne choque quiconque outre mesure ; il s’agit d’un simple accessoire de mode !

Les Japonais apprécient les séries guerrières, mais lorsque celles-ci impliquent des samouraïs ou de la SF. Les exemples ne manquent pas. Par contre, lorsque nous passons à des sujets plus contemporains et/ou réalistes, cela devient tout de suite plus compliqué.
Il faut dire que le Japon a dû répondre à certaines exigences lors de sa capitulation, et parmi elles d’inscrire dans sa constitution l’interdiction de disposer d’une armée autrement que pour assurer sa défense. Dans ce pays, il semble désormais difficile de parler de la guerre et de l’armée, en raison de cette situation unique. Un peu comme si toute œuvre qui évoquerait ce sujet, par définition, pointerait du doigt un sujet excessivement sensible ; pour un pays comme le Japon, avec une telle histoire militaire, ne posséder qu’une force d’auto-défense est un problème profond, complexe, et prompt à réveiller des idées nationalistes.
Il convient de ne pas non plus exagérer : les œuvres sur la WW2 ou la guerre « moderne » en général existent, mais dans le lot, certaines mentionnent voire défendent des thèses bellicistes ou révisionnistes, en opposition avec la constitution japonaise. Sans parler tout de suite des animes et manga, un film comme Kaitei Gunkan nous présente des militaires nippons qui, cachés sur une île depuis la défaite de 1945, ont conçu une arme pour reprendre les hostilités et renverser l’envahisseur américain.
Zipang, variation de The Final Countdown par un auteur régulièrement taxé de nationalisme, incarne bien les tensions qui peuvent exister au sein même de la société japonaise : dans cette série, le plus récent navire de combat des Forces d’Auto-Défense se trouve propulsé en pleine Guerre du Pacifique, avec à son bord le potentiel pour modifier l’issue du conflit.
Plus extrême, Konpeki no Kantai réécrit l’histoire pour s’achever sur une victoire de l’archipel. Le mangaka Yoshinori Kobayashi va plus loin en affirmant notamment que le Massacre de Nankin n’a jamais eu lieu, et a été inventé de toutes pièces par les Américains pour justifier leur invasion du Japon ; ses ouvrages connaissent un véritable succès en librairie.
Les Japonais n’ont pas nécessairement à se complaire dans l’expiation concernant la WW2 – comme ils peuvent le faire, de manière romancée, dans la version de 2004 de Tetsujin n°28 – mais il doit exister un juste milieu sans tomber dans de telles extrémités ; néanmoins, ce juste milieu ne parait pas intéresser le public, ou du moins pas les producteurs et les éditeurs, et la création se limite à des titres marginaux comme Hitler (lorsque le personnage historique n’apparait pas hors de son contexte), ou à des œuvres focalisées presque uniquement sur le drame humain.

Finalement, le principal anime/manga s’intéressant à la WW2 sans se focaliser sur les Japonais, c’est Hetalia Axis Powers, série où chaque pays est représenté par un personnage censé le symboliser. A travers ces personnages, nous en apprenons plus sur leur histoire, même en dehors de la WW2, et surtout les liens qui les unissent les uns aux autres. Intéressant, plaisant à suivre, mais atypique.
Les Japonais nous ont tout de même gratifié de leur propre version du Débarquement de Normandie, mais avec des méchas dans The Pailsen Files.
Il faut donc en conclure que les amateurs d’anime passionnés par la Seconde Guerre Mondiale devront se rabattre sur d’autres formats, car les Japonais ont tendance à tourner autour des mêmes thèmes, comme la guerre vue par les civils, en particulier les enfants. Forcément dommage, car devant la qualité de certains animes à tendance militaire tels que Ginga Eiyuu Densetsu, impossible de ne pas penser que nous aurions pu avoir droit à des merveilles.

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7 commentaires pour La Seconde Guerre Mondiale en version Japonaise

  1. Mackie dit :

    On pourrait dire qu’il y a trois grandes catégories de films consacrés à la guerre : les films de guerre, les films sur la guerre et les films d’après la guerre. Pour rester dans la 2ème guerre mondiale, les premiers appartiennent à la propagande ou au divertissement, les seconds mènent une réflexion sur le sujet tout en l’illustrant, restent les troisièmes, et c’est là que les anime (et les mangas) se montrent plus nombreux. En fait, tout le problème de l’évocation de la guerre pour les japonais est dans le tabou qu’a représenté le traumatisme de la défaite, à cause de la bombe, de la responsabilité et de l’occupation qui a suivi. Le fossé générationnel qui en a résulté a plombé la créativité des participants directs, à de rares exceptions que tu cites (Shizeru Mizuki évidemment), mais a boosté l’imaginaire des enfants et des petits-enfants. Ccomme le dit Bouissou dans son livre, sans ce traumatisme il n’y aurait pas eu les robots, les méchas, Ghibli, Tezuka, Matsumoto and so on. De ce point de vue, la 2ème guerre mondiale est un des terreaux les plus fertiles du Japon. D’un autre côté, on peut difficilement imaginer que le sujet soit abordé de front, une industrie de divertissement ne pouvant se permettre d’exploiter directement un sujet aussi peu vendeur. A mon avis, si on regarde la production occidentale, la multitudes de films a été rendue possible par la victoire – et pendant des années, cela n’allait pas plus loin que la glorification du GI ou du pilote de Spitfire. La critique est survenue avec la décolonisation, le Vitenam, et de la politisation de certains réalisateurs (dont certains ont même dû subir la chasse aux sorcières), mais sans la première vague de films « de » geurre, il n’aurait pas pu y avoir de films « sur » la guerre, encore moins de films « d’après » la guerre. Les japonais ont sauté les deux premières catégories. Note que les Allemands ont été dans la même situation, et même plus : pour un Das Boot puis bien plus tard un La Chute, combien de films allemands explicites sur le sujet?

    PS : au sujet de First Squad, si tu l’as vu, tu noteras les longs interludes donnant la parole à des vétérans. Mais c’est un faux semblant : ce film est pure propagande, à la gloire de ce qui s’appelle encore aujourd’hui, en russe, non la 2ème guerre mondiale, mais la « grande guerre patriotique ».

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  2. Gemini dit :

    Ne t’inquiète pas, j’ai pris First Squad avec des baguettes ; mais tu fais bien de le mentionner, après tout tu n’es pas situé trop loin du problème.

    Je te rejoins sur la principale origine du problème : la critique a été rendue possible par la vague de films de guerre eux-mêmes consécutifs à la victoire ; au final, cela fait un bon paquet de productions. Le Japon ne pouvait que difficilement faire de tels films ; il a par contre exprimé ses peurs via le kaiju eiga, lui-même précurseur du robotto.
    Du côté de l’Allemagne, nous connaissons Das Boot et Der Untergang, mais il ne s’agit pas non plus de leurs premiers long-métrages sur le sujet. Dans les années 50, la carrière au cinéma de Klaus Kinski a commencé par des films où il interprétait des soldats allemands durant la WW2 ; il a le physique, et il a vécu cette situation. Cela ne date donc pas d’hier.
    Mais je comprends le besoin des Allemands de se raccrocher au branche, en faisant des long-métrages sur Sophie Scholl ; c’est un moyen pour eux de se dire que « tous les Allemands n’étaient pas des nazis », quand bien même son action aura été courte et sans aucune conséquence…
    En France, c’est un peu pareil : nous commençons par Lucie Aubrac et le Général, le Vel d’Hiv on verra plus tard.

    Un point que je trouve intéressant de mentionner à ce propos, c’est que l’otaku militaire – dans la veine de Leiji Matsumoto – est le premier à être apparu au Japon, bien avant l’otaku de l’animation. Mais finalement, ils ont insufflé cette passion pour la guerre et les armes dans des séries de SF ou de robots, comme Kidô Senshi Gundam ou Top wo Nerae.

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  3. Tetho dit :

    Y a un biais étrange dans ce billet, tu compares ce qu’à produit l’animation jpn sur à seconde guerre mondiale à celle du cinéma occidental. Il aurait fallut soit mettre sur la table le cinéma japonais qui parle de le seconde guerre mondiale, soit ce que l’animation occidentale a produite sur la WW2 pour que ce soit vraiment juste.

    (et ça manque de Strike Witchies, de seconde guerre moedial et d’une analyse des tenants et aboutissants du nazi-moe dans la sous culture qui nous intéresse tous)

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  4. Gemini dit :

    Le but était plus de montrer qu’il était possible de parler de la WW2 sans forcément se focaliser sur leur défaite ; les Japonais ne font aucun effort pour nous proposer des bons manga/anime sur le sujet alors qu’il y a de quoi faire !

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  5. Tetho dit :

    C’est là qu’est ton biais. Regarde ce qu’a produit le cinémas japonais à ce sujet pour te rendre compte que contrairement à ce que tu avances il n’y a pas de « taboo » lié à la défaite, surtout pour un pays qui tend à être auto-suffisant dans sa production culturelle. Tu es cinéphile et je suis sûr que tu as vu des dizaines de films japonais à ce sujet, ils ne manquent pas :
    http://ja.wikipedia.org/wiki/Category:太平洋戦争の映画

    Encore une fois, une fois sorti des œuvres de propagandes produites pendant la guerre, qu’est-ce que les USA ont produit comme comics/graphic novel/dessin-animé sur la WWII ?

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  6. Gemini dit :

    Alors pourquoi le cinéma et pas les animes ? Ils ont pourtant une production mature à ce sujet, et certainement un public pour. Au passage, il faut que je vois leur film Otokotachi no Yamato.

    Aux US, ce n’est pas tout-à-fait le même public visé par les DA, et les comics tout dépend… En Vertigo, sorti en France, War Stories de Garth Ennis fout une sacrée claque à ce sujet. Sergeant Rock, Black Hawk, ou Howling Commando, je ne m’y connais pas assez pour juger, mais il me semble que cela cible un public plus jeune.

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  7. wam dit :

    Pourtant Tetho, au regard de la production du cinéma Japonais, le tabou de la défaite existe bien. Il faudra attendre plus de 10 ans après la guerre pour voir un film oser s’aventurer sur le sujet. Avec La Harpe de Birmanie qui amorce en douceur la réalité de la guerre — en adoptant un point de vue global, sans attaquer frontalement la responsabilité nippone.

    Si le film ouvre la porte à d’autres projets plus critiques, dans les années 1960 les principaux studios se mettront à produire des grosses fresques historiques bien puantes à base de patriotisme spectaculaire. Quelques rares exemples se distinguent, comme Japan’s Longest Day qui transforme subtilement le drame du jour de la défaite en comédie noire absurde… Mais à l’époque, la plupart du temps, le sujet trouve une résonance à travers d’autres genres, comme le film de sabre – donnant le champ libre aux vétérans, aussi bien réalisateurs que scénaristes.

    Par la suite, le sujet tombe entre les mains de cinéastes indépendants, c’est Imamura qui part filmer des documentaires sur les oubliés de la Seconde Guerre Mondiale – prostituées, soldats abandonnés dans les anciennes colonies – c’est Fukasaku qui, 25 ans après les faits, démonte l’image idéalisée de la guerre dans Sous les drapeaux, l’Enfer, et à la fin des années 80, c’est le documentaire L’Armée de l’Empereur s’avance… qui parle de ses soldats n’ayant jamais raconté la réalité de la fin de la guerre, car sujet honteux…

    S’il y a matière à réflexion dans cette prod, ce sujet semble rester marginal, encore de nos jours où le film Japonais acclamé en 2011 est Postcard, drame sur un soldat WW2 partant délivrer la lettre d’un feu-compagnon de guerre à sa veuve…

    (Une piste peut-être intéressante : regarder le tabou, son influence et son existence au sein de la société – pour certains universitaires/sociologues/philosophes Japonais ou non (genre Azuma), le tabou de la guerre se serait exprimé/aurait engendré le tout kawaii. Conditionnant directement la culture populaire de la fin du 20ème siècle — ce qui ferait le lien avec Paranoia Agent ?)

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