Front Mission : Dog Life & Dog Style

Au début du XXème Siècle, une éruption provoqua l’émergence d’une île bientôt connue sous le nom de Huffman Island. En raison de la richesse de son sous-sol, elle devint rapidement l’objet des convoitises de deux grandes puissances. Un conflit s’en suivit.
Depuis 20 ans, une guerre froide se maintient entre les deux côtés opposés de l’île. Alors que la situation se réchauffe, Akira Matsuda est envoyé sur place pour le compte d’une chaîne de télévision japonaise. Ce qu’il verra là-bas changera sa vie à jamais.

Un, deux, trois… Aussi surprenant que cela puisse paraitre, avec Front Mission, je suis désormais trois séries de l’éditeur Ki-oon. Un record. Il n’y a pas si longtemps, je ne possédais que trois séries Ki-oon en tout et pour tout. Et deux d’entre elles étaient des one-shots (merci Tetsuya Tsutsui). Depuis, il y a eu Bride Stories, puis Afterschool Charisma, et enfin Front Mission.
Si j’en parle (de nouveau), c’est que je possède un rapport particulier avec cet éditeur. J’étais là lorsqu’il a publié son premier manga, à savoir Element Line, et je ne lui donnais alors pas une grande espérance de vie. Puis il a réussi à se maintenir, et sans que je m’en aperçoive, il est devenu le principal éditeur indépendant français spécialisé dans le manga. Une belle réussite à laquelle je suis totalement étranger.
Je sais que de nombreux lecteurs se retrouvent parfaitement dans la politique éditoriale de Ki-oon, longtemps constituée essentiellement de coups de cœur, de titres plaisant réellement à ses fondateurs. Une politique osée, et qui se défend aux vues de leurs résultats, mais nous n’avons apparemment pas vraiment les mêmes goûts. Déjà, de la fantasy en manga, j’en consomme peu, ce qui n’aide pas à s’intéresser à une part non négligeable de leurs catalogues. Mais là, je ne sais pas ce qui s’est passé, et je me retrouve avec trois de leurs séries en cours ; la première commencée pour découvrir une mangaka largement plébiscitée, la seconde pour son synopsis intriguant, et la dernière car les retours à son sujet sont élogieux.

Front Mission ne donne pas forcément envie au premier abord, lorsque nous savons qu’il s’agit d’une adaptation de jeux-vidéo, donc probablement un produit de commande, de ceux qui ont rarement bonne presse. Pourtant, le scénariste possède un véritable succès à son actif : Moonlight Mile. Je ne me prononcerai pas à son sujet, mais j’en ai reçu des échos contradictoires. Fait tout de même remarquable : Ki-oon a pris un véritable risque en publiant un manga de cet auteur (même s’il n’en est ici que scénariste), puisque Moonlight Mile a connu une publication chaotique avant de subir un arrêt brutal ; certes, c’était chez Panini Comics, mais la plupart des éditeurs ont tendance à se méfier face à ce genre de déconvenues.
Alors je ne sais pas à quoi ressemble le jeu-vidéo, mais franchement : on s’en fout. Cette filiation ne se ressent pas, et ce manga pose d’entrée de jeu un véritable univers – même si décrit de manière un peu malhabile au début, puisqu’un personnage rappelle quelques faits « historiques » dont certains normalement bien connus des autres protagonistes – et une histoire à part entière.

Ce manga choisit comme angle d’attaque de parler d’un conflit militaire, mais du point de vue de journalistes présents sur le terrain et témoins des horreurs de la guerre. Rien de bien novateur en soi – l’excellent anime Flag de Ryôsuke Takahashi repose sur le même concept – mais cela reste un parti-pris intéressant. D’autant plus qu’ici, les journalistes semblent bien décidés à nous montrer les pires aspects de la guerre, avec des images choc ; à propos d’images choc, dommage qu’il soit impossible de prendre la mesure de la première double page du premier tome, censée être choquante mais collée de telle manière que son élément central disparait complètement…
Après ce premier tome, il reste difficile de savoir vers quel schéma évoluera réellement ce manga ; il sert avant tout à nous présenter les enjeux du conflit, les personnages, et ce qui va les pousser vers une voie apparemment bien délicate. Le volume se ferme sur l’histoire de deux soldats parmi tant d’autres, et il est possible que ce titre s’orienta par la suite vers la forme d’une série de témoignages.
Deux choses sont pour l’instant sûres et certaines : cette entame impressionne par les qualités de sa narration et son histoire en elle-même, et le conflit sera aussi dramatique et sanglant que crédible dans son déroulement.

Un point qu’il semble important à mentionner : dans Front Mission, il y a des robots géants. Seulement, nous nous trouvons dans un parfait exemple de real robot. Pour ceux qui ne sont pas coutumiers du terme, cela signifie qu’ici, les robots ne sont que des outils, des armes parmi d’autres dans un dispositif militaire important et dans un conflit militaire opposants des puissances ennemies. Les robots ne constituent en aucun cas des éléments-clés de l’intrigue, même s’ils auront leur importance ; il faut plus les imaginer comme les équivalents des Katiouchas de la Seconde Guerre Mondiale, sauf que l’histoire se déroule ici dans un futur proche.
Néanmoins, même s’il ne s’agit jamais que d’un aspect parmi tant d’autres, ces robots sont extrêmement détaillés et bien dessinés ; les scènes les mettant au premier plan s’avèrent impressionnantes, c’est un régal à parcourir. Dans l’ensemble, nous avons affaire à un titre très bien dessiné, en particulier les instruments militaires et les décors. Les personnages, cela dépend des plans ; selon l’angle choisi, les visages peuvent sembler un peu difformes, mais cela reste généralement irréprochable. Et puis, le chara design varié rend chaque protagoniste rapidement identifiable.
L’autre chose que dessine très bien le mangaka, ce sont les corps mutilés. Parce qu’il s’agit d’un élément central de ce manga : pour montrer toute l’horreur de la guerre, les auteurs ne s’octroient aucune concession, et cela passe évidemment par des images fortes. Âmes sensibles s’abstenir.

Pour son premier tome, Front Mission signe un sans-faute. Univers riche et crédible, histoire percutante, et dessin de qualité : ce titre adulte se dévore avec plaisir et intérêt. Tout est réuni pour donner lieu à un manga militaire réussi, y compris des reportages de premier plan n’ayant certainement pas peur de la censure. Première grosse claque de l’année pour ma part, j’attendrai les prochains volume avec impatience.

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4 commentaires pour Front Mission : Dog Life & Dog Style

  1. Faust dit :

    J’en entends tellement de bien, je crois que je vais me laisser tenter.. 🙂

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  2. Vins dit :

    J’avoue que cette intro est pour le moins efficace, tant sur le plan du dessin que de la narration. Après ouais, dur de prévoir comment va se dérouler la suite mais effectivement des portraits d’horizons différents apportant chacun leur point de vue du conflit, ça s’inscrirait bien dans la continuité de ce premier volume.
    (premier titre Ki-oon pour ma part et pour l’instant, je regrette pas !)

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