Touche pas à mon Ben-To

La saison d’Automne 2011 aura été riche en animes divers et variés, avec dans le lot quelques pépites. Franchement, cela faisait longtemps que je n’avais pas suivi autant de titres simultanément – je crois même qu’il s’agit de la première fois – et dans le lot, il y avait Ben-To.

Si vous fréquentez ce blog, vous savez probablement ce qu’est un bento, ces fameux paniers-repas japonais, préparés avec amour par la mère et/ou la petite amie du héros dans toutes les séries clichées qui se respectent. Sauf que le bento fait maison, cela tient limite du fantasme ; aujourd’hui, ils se trouvent en magasin comme n’importe quel autre produit du quotidien, avec des contenus variés. Des bento vendus aux heures des repas puis bradés par les supermarchés en fin de journée (vers 20h), qui les proposent alors jusqu’à -50% de leur prix normal afin d’écouler leurs stocks avant qu’ils ne deviennent impropres à la consommation.
Dans Ben-To, c’est le moment qu’attendent des bandes d’affamés surnommés les « Loups » pour se livrer une bagarre sans merci dans l’espoir de récupérer ces précieux repas moitié prix. Certains participent à ces luttes par soucis d’économie, d’autres pour l’honneur, et quelques-uns par simple jeu. Sato, quant à lui, souffre de problèmes de trésorerie ; malheureusement pour lui, il ignorait tout de l’existence des Loups, et se retrouve gravement blessé sans en comprendre la raison la première fois qu’il veut s’offrir un bento moitié prix. Pas découragé pour autant, il entre dans le club des Amoureux des Bento à Moitié Prix, présidé par Ice Witch, la plus puissante Louve des environs.

Parmi les raisons qui peuvent me pousser à regarder tel ou tel anime : la présence d’un réalisateur que j’apprécie. C’est rare, mais cela m’arrive et c’est justement le cas pour Ben-To, puisque nous y retrouvons Shin Itagaki aux commandes.
Shin Itagaki est un peu l’éternel espoir de l’animation japonaise. Responsable de mon épisode favori de Gurren Lagann – le 6ème – il aura notamment réussi à se faire virer en pleine production de Basquash ; les raisons quant à son licenciement demeurent floues, Shoji Kawamori s’est contenté de parler de « divergence d’opinions », certains ont parlé de harcèlement sexuel sur des employées du studio, mais la raison couramment admise reste qu’il ne mettait pas assez en valeur les chaussures de sport du principal sponsor de l’anime, lequel aurait exigé de le remplacer par un réalisateur plus « docile ». En tout cas, sans lui, Basquash a perdu presque tout son intérêt.
Si je devais résumer le style de Shin Itagaki, je parlerais d’une animation dynamique et d’une véritable mise en valeur des personnages féminins, même si pas toujours de bon goût. Un style décomplexé qui semble vouloir imposer le délire comme un art de vivre, manquant clairement de finesse mais franchement agréable à regarder. En tant que spectateur il s’agit d’une philosophie qui me parle, et je suis sa carrière avec intérêt, dont ses passages obligés sur Panty & Stocking with Garterbelt et un générique de fin de Hanamaru Kindergarten.
Sa présence sur Ben-To m’a poussé à lui donner sa chance sans même que je sache de quoi cela parlait.

Quand j’ai découvert le contenu de Ben-To, mes premières impressions ont oscillé entre l’incrédulité et la consternation. Je veux dire, résumer vulgairement, cet anime parle juste de mecs qui se foutent sur la gueule dans des supérettes pour récupérer de la bouffe à moitié prix. Et ils prennent ça super au sérieux. A tel point que les meilleurs combattants ont droit à des noms de guerre et se définissent des territoires précis. C’est complétement délirant, avec des personnages au diapason puisque nous allons croiser des combattants aussi surréalistes que Ice Witch, Brunette, Bozu (Moine), Hige (Barbu), Monarch, Wizard, Hentai, Beauty by the Lake,… Leurs noms parlent pour eux. C’est sans compter le chat noir ambulant, la yaoiste qui imagine son camarade de classe dans les situations les plus folles, la meilleure amie homo et ultra-violente de celle-ci, le masochiste, et ainsi de suite. Autant dire que cet anime ne va pas faire que dans la baston mais proposera aussi une bonne grosse dose d’humour bien gras et de nichons.
Con, vulgaire, mais assumé… Cet anime était fait pour Shin Itagaki. S’il ne s’agissait pas d’une adaptation de romans (enfin de light novels), il aurait fallu inventer ce scénario rien que pour ce réalisateur.

Sur le papier, cela ne ressemble à rien, sinon à un grand n’importe quoi. En regardant les premiers épisodes, j’ai découvert un titre complétement barré, où les combattants se prennent ultra aux sérieux malgré le côté délirant de la situation, mais finalement foncièrement jouissif avec son humour débile et ses combats magnifiquement animés. Cela fait du bien de débrancher son cerveau et d’apprécier un anime loufoque mais prenant.
Malheureusement, au fil des épisodes, le concept finit par atteindre ses propres limites. Je ne sais pas comment se présente le matériel d’origine, mais l’anime pour sa part souffre de véritables trous dans son scénario, avec comme conséquence quelques épisodes sans grand intérêt malgré un format plutôt court. Ce n’est même pas que Ben-To ne tient pas la longueur ou ne résiste pas à la disparition de son effet de surprise, puisque la fin retrouve tous les éléments qui font son succès, à savoir des personnages surréalistes et quelques-unes des bastons les mieux réalisées de ces dernières années. En cela, c’est presque pire : cela signifie juste qu’il y a quelques épisodes qui ne servent strictement à rien, qui n’ont pas bénéficié de cette magie propre à la série, et qui font pâle figure par rapport au reste ; un peu comme si l’équipe s’était octroyé quelques vacances pour mieux s’appesantir sur le dénouement.
C’est forcément dommage. Nous avons un début tonitruant, un final bourrin à souhait (mais que certains spectateurs trouveront légèrement frustrant), et un milieu « bof » qui évidemment dégrade l’anime. Heureusement, cela ne concerne que deux ou trois épisodes, mais cela empêche Ben-To de devenir une référence dans le divertissement pur et le coup de poing dans la gueule, alors qu’il en avait le potentiel. Dans le genre, je préfère Air Master alors que, niveau formes féminines, nous y perdons largement au change !
C’est un titre inattendu, incorrect, décomplexé, avec de l’action à gogo, à voir malgré cette baisse de régime parce qu’il ne ressemble à aucun autre et arrive à déployer des trésors d’animation bourrine et de délire. Et rien que pour cela, je dis merci monsieur Itagaki.

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4 commentaires pour Touche pas à mon Ben-To

  1. Jevanni dit :

    Mon avis diverge pas mal sur la question. Je ne sais pas si c’est parce que je deviens plus « vieux » dans mon visionnage d’animé ou quoi que ce soit, mais je trouve l’intérêt que l’on porte à ce titre assez dérangeant. C’est assez consternant de voir que la qualité de réalisation de Itagaki sert à produire une série qui apporte aussi peu de chose, et de voir que le public est près à accepter qu’un réalisateur qui a tout de même assez de talent pour faire sortir des qualités d’un tel plot (ce qui n’est franchement pas rien) puisse faire un tel animé au final dépourvu de tant de chose, sans s’en soucier aucunement, voir même en revouloir. Ou alors je suis tout simplement trop à la masse sur l’animation japonaise actuelle, ou alors Itagaki se voit forcer de réaliser une telle série pour remplir des fonds, ou pire encore, s’y contemple avec son public. Si c’est le cas, je préfère encore la première option.

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  2. maxobiwan dit :

    Une série bien réalisé n’a pas besoin de grandes richesses de contenu ! C’est joli, on rigole bien et chaque épisode donne le sourire-banane. Que demander de plus ? Itagaki a quand-même réussi l’exploit de faire une excellente série malgré le concept même du scénario débile. Ce serait un miracle s’il arrivait à réaliser une bonne saison 2.

    Ben-to est un anime sponsorisé par Sega et Leader Price :p

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  3. Gemini dit :

    Je rejoins maxobiwan. L’important dans un anime, c’est de prendre du plaisir à le regarder. Alors ce plaisir peut prendre différentes formes, mais voir des types se tabasser dans des supermarchés pour des raisons un peu débiles, je trouve que cela fonctionne plutôt bien dans le cas présent dans la mesure où l’ensemble est globalement bien fait. Et Shin Itagaki est plus ou moins spécialisé dans cette forme d’animation divertissante, il suffit de voir le premier épisode de Basquash! pour s’en persuader.
    Certes, le concept est assez léger, mais c’est aussi cette légèreté qui lui donne de la force.

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  4. Jevanni dit :

    Bon c’est sûrement moi alors, même si je trouve toujours que c’est l’abrutissement de masse.

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