De Kaitei Gunkan à Shin Kaitei Gunkan

L’année dernière, je publiais un article sur Shin Kaitei Gunkan, anime méconnu regardé sur un coup de tête avant de partir pour l’Epitanime 2010. Stupéfait par la qualité de cette perle de l’animation, je décidais de saisir chaque nouvelle opportunité pour en faire la promotion, en particulier en soumettant l’article correspondant aux Sama Awards, pour des résultats dépassant de très loin mes espérances.

Si vous vous y connaissez un peu en Japonais ou que vous vous intéressez aux productions de ce pays depuis quelques années, vous aurez compris que le mot « shin » du nom Shin Kaitei Gunkan signifie « nouveau » ; ce qui au passage suppose l’existence d’un Kaitei Gunkan original.
Pour le coup, il existe en réalité plusieurs œuvres intitulées Kaitei Gunkan. A l’origine, il s’agit d’une série de romans écrits par Shunrô Oshikawa (aussi appelés Kaitei Okoku), mais son avatar le plus connu reste un long-métrage en 1963, dont certains éléments seront régulièrement repris dans d’autres productions par la suite. En l’occurrence, je vais bien vous parler du film Kaitei Gunkan, sorti aux USA sous le titre Atragon et en France – car il existe une VF – sous le titre Ataragon.

En capturant plusieurs scientifiques japonais réputés, le Continent de Mû révèle son existence au monde. Disposant d’une technologie sans égale, ses dirigeants ordonnent au peuple du monde en entier de se soumettre, et réclament la destruction de la nouvelle arme japonaise : l’Ataragon (Gôten en VO). Mais personne ne semble avoir entendu parler de cette arme mystérieuse.

Ataragon est un film produit en 1963 par la Tôhô, et réalisé par Ishirô Honda. Ces noms ne vous disent peut-être rien, mais tout le monde connait leur travail : ce sont eux qui ont créé les premiers films de Kaiju, dont Godzilla reste le représentant le plus célèbre. Dans les années 50/60, le duo Tôhô/Ishirô Honda va concevoir un grand nombre de long-métrages de science-fiction et de Kaiju, avec des figures aussi mémorables que Mothra, Minilla, Varan, Rodan, Baragon, Kumonga, King Ghidorah, Anguirus, Gorosaurus, Manda, et même Frankenstein ; Ishirô Honda aura aussi l’occasion de réaliser quelques King Kong, et de l’opposer à ses monstres maisons.
Même s’il ne s’agit pas de son sujet principal, Ataragon est aussi un film de Kaiju puisque le premier à mettre en scène Manda, monstre certes mineur mais qui sera régulièrement réutilisé par la suite, notamment pour Les Envahisseurs Attaquent du même Ishirô Honda en 1968.

Ataragon commence comme un film SF relativement classique, un peu à la manière des « scientifilms » américains : des journalistes et d’anciens militaires se trouvent confrontés à une force qui menace la sureté du monde. En l’occurrence une ancienne civilisation disparue qui revendique sa souveraineté sur la Terre au moyen d’une technologie futuriste. Le principe est simple : il faut trouver un moyen de s’en débarrasser, l’équivalent du gaz mortel dans Godzilla (1954), du froid dans Danger Planétaire (1958), ou de la musique naze dans L’Attaque des Tomates Tueuses (1978). Rien que du très classique en apparence.
L’ensemble appelle à tous les codes propres à ce genre de production, mais en version japonaise donc avec des réalités sociales différentes, et un sens de kitsch surprenant à l’image d’un peuple Mû qui vit en pagne et pratique des rituels shamaniques malgré une avancée technologique prodigieuse. Et je ne vous parle même pas des effets spéciaux, mélanges de carton-pâte et d’une utilisation abusive de modèles réduits.

La solution à tous les problèmes de l’humanité, vous vous en doutez, c’est l’Ataragon. Un sous-marin révolutionnaire capable de voler et de creuser la roche, et muni d’une arme réfrigérante.
Là où Ataragon se démarque, c’est dans les origines de ce sous-marin, puisqu’il a été conçu par un ancien officier de l’armée japonaise, non pas pour sauver le monde mais pour permettre à la marine nippone d’affronter ses ennemis américains. Nationalistes dans l’âme, ses hommes et lui s’estiment encore en guerre contre l’Occident, et son sous-marin ne doit servir qu’à continuer la lutte. Pour rappel, le traité de paix imposé au Japon interdit au pays de développer autre chose qu’une force d’auto-défense en matière militaire.
S’en suit une opposition de convictions entre deux générations, celle de cet officier pour qui l’honneur de la patrie prime par dessus tout, et celle de sa fille qui considère que le Japon a suffisamment souffert pendant la guerre justement à cause des idées bellicistes de leurs parents.
Ce sous-texte politique apporte une profondeur étonnante à un film jusque-là surtout porté vers le spectaculaire.

Le soucis avec Ataragon, c’est qu’il a vieilli. Ses effets spéciaux paraissaient peut-être novateurs à l’époque, mais aujourd’hui ils font un peu mal aux yeux. L’histoire est bonne, mais il s’agit tout de même d’un film à grand spectacle et il n’a plus vraiment les moyens de concourir sur cet aspect. Par contre, il pourra intéresser les spectateurs portés sur le cinéma bis et/ou le kitsch, les curieux de nature, et ceux qui voudraient découvrir les productions Tôhô.

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2 commentaires pour De Kaitei Gunkan à Shin Kaitei Gunkan

  1. Guillaume dit :

    « une utilisation abusive de modèles réduits »
    euh, 1963 le film, hein ! ils n’avaient franchement pas d’autres moyens techniques. Que ça se voit maintenant et que ça choque, OK, mais il n’y a rien d’abusif.

    Personnellement je ne ferai focaliserai pas sur la Toho. Le film rentre dans leurs critères de prods et en phase avec ses succès récents, mais c’est surtout mesestimer Tsuburaya Eiji, le pape des effets spéciaux de l’époque. Sans lui, pas de kaiju eiga, ni de SF. Honda de son coté apporte la réflexion de fond du film (avec la nationalisme / patriotisme, ce qui n’est pas rien quand meme) avec l’aide de son comparse Tanaka à la prod (un mec courageux). Tu tiens là la sainte trinité du kaiju eiga made in Toho.

    Si tu aimes Honda, ou simplement le toku de l’époque 1955-1969 (voire plus)je te conseille Mushroom Clouds and Mushroom Men: The Fantastic Cinema of Ishiro Honda, un bouquin vraiment sympa dispo en anglais. Et coté Tsuburaya (un dieu vivant, faut le rappeler) il y a Eiji Tsuburaya: Master of Monsters.

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  2. Gemini dit :

    Pour l’époque je ne dis pas, mais c’est visible et je sais qu’aujourd’hui, certains ne supporteront pas ces FX.

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