Saint Seiya : Le Temple de Lucifer

Quatrième et dernier film de Saint Seiya, Le Temple de Lucifer est souvent considéré – à raison – comme le plus mauvais de la série, répétant les erreurs de ses prédécesseurs sans en posséder les atouts. Seuls points remarquables : une OST inédite de grande qualité et l’utilisation de Soldier Dream comme générique de début.

Des escaliers sans fin, une déesse à récupérer, de nouveaux dieux comme autant d’ennemis : à bien y regarder, la plupart des poncifs associés à Saint Seiya proviennent de films (presque) plus caricaturaux les uns que les autres, qui n’ont certainement pas aidé à apporter une bonne réputation à l’ensemble. Si certains s’avèrent plus profonds et dignes d’intérêt qu’il n’y parait de prime abord, Le Temple de Lucifer consiste quant à lui en une synthèse absolue de tous leurs défauts.

Plutôt que d’aborder le scénario de front, intéressons-nous plutôt à son déroulement.
Quitte à réaliser une série de reproches, commençons par énoncer un défaut propre à tous les gekijôban de Saint Seiya : aucun d’entre eux ne peut s’insérer dans la trame générale de la série. A la différence de Dragon Ball, qui s’étend sur de nombreuses années et dont chaque aventure est séparée de la précédente par une longue période d’inaction non contée par l’auteur, Saint Seiya ne dispose d’aucun trou dans son histoire qu’il serait possible de combler ; « Poseidon » s’ouvre alors que les personnages principaux se trouvent encore à l’hôpital suite à leurs combats de « Sanctuary », tandis que « Hades » commence lorsque Athéna vient de revenir au Sanctuaire après la fin de « Poseidon ». Même en comptant l’ajout de « Asgard » à l’anime, aucun espace dans lequel s’engouffrer entre deux arcs, tous les éléments s’enchainent sans véritable temps mort, réparation des armures et des chevaliers incluse.
Là, j’avoue, je fais un reproche un peu gratuit, dans la mesure où, comme indiqué tantôt, chaque film souffre du même soucis de cohérence. Mais au point où il en est, Le Temple de Lucifer n’en est pas à ça près !

Le Temple de Lucifer commence de manière classique, par une vue sur le Sanctuaire. Quatre ombres s’engagent sur le chemin des 12 Maisons du Zodiaque, gardé par 5 des 6 Chevaliers d’Or encore vivants. En à peine 20 secondes, ces quatre mystérieux individus terrassent les Chevaliers et arrivent devant la statue d’Athena. Ouais ! Le scénariste est trop un fou, les Chevaliers d’Or sont des tapettes et il aura suffi de quelques secondes pour se débarrasser de ce problème très négligeable, là où les Chevaliers de Bronze auront littéralement sué sang et eau pendant 12h pour y arriver ! Je vous dis, on entre dans ce Sanctuaire comme dans un moulin, Athéna devrait revoir son dispositif de sécurité.
Mais ne vous inquiétez pas pour les Chevaliers d’Or : comme ces films se doivent de maintenir le statu quo, ils auront ressuscité avant la fin. Tout cela pour dire que cet anime commence de manière relativement ridicule.

Arrivés devant la statue (parlante) d’Athéna, les ennemis dévoilent leur identité : Lucifer et son rire de méchant flanqué de ses 4 Cavaliers de l’Apocalypse. Première confrontation entre les Chevaliers et la Chrétienté. Événement plutôt logique, quand on y pense : le Pope, techniquement, est quand même censé servir l’église orthodoxe ; à les voir tous parler de mythologie grecque, ils passent pour une belle brochette d’hérétiques.
Nous disions donc : Lucifer, tout droit sorti des Enfers, accompagné de ses anges déchus Belzebuth le Séraphin, Astaroth le Chérubin, Eligol le Vertu, et Moa le Trône. Notons au passage que comme le traducteur de la version française n’y connaissait rien en angéologie, il les a appelé respectivement Belzebuth de Selacre, Astaroth de Syracuse (du signe du Double Cobra), Eligol de Virtiyu, et Mone de Slone ; ne me demandez pas ce que cela signifie.
Tout ce petit monde défie Athéna, Lucifer fait sortir un temple d’on ne sait où – lors d’une séquence réellement magnifique, agrémentée d’une superbe musique signée Seiji Yokoyama – puis déchaine un flot de calamités diverses sur Terre grâce aux pouvoirs combinés des anciens ennemis d’Athena : Eris (premier film), Abel (troisième film), et Poséidon (saga éponyme) ; ce-dernier étant en théorie toujours plus ou moins dans le corps de Julian Solo, mais qu’est-ce que la théorie face aux films Saint Seiya ?
A partir de là, le problème est simple pour nos héros : dessouder les anges, balancer une flèche dans la gueule à Lucifer, et sauver une Athéna qui ne trouve rien de mieux que d’aller marcher dans des ronces. Le tout dans des temples en ruine. Et là, je résume.

La suite est une succession de clichés. Shiryu n’enlève pas son armure, mais Hyoga se voit confronté aux souvenirs de la mort de sa mère, et Shun doit faire appel à son frère pour vaincre son adversaire. Les 3 premiers combats se déroulent en parallèle, et se trouvent franchement écourtés : ils ne constituent qu’une distraction nécessaire, mais les auteurs ont semblé manqué d’imagination et se contentent de reproduire d’autres combats (notamment le Shiryu VS Shura) ; les anges avaient explosé les Chevaliers d’Or en 3 secondes, mais ne font pas le poids contre les tout-puissants Bronzes…
Quant à la fin : le miracle, la résurrection des Gold, le cosmos qui s’enflamme, la sempiternelle flèche entre les deux yeux, Athéna est sauvée, le monde est sauvé – bon, il y a eu des millions de morts, mais rien de grave – le soleil se couche, bref du très classique que tout cela.

Trop classique en fait. Ben oui, franchement : ce film ne possède ni l’originalité de La Bataille des Dieux, ni les moments épiques et tragiques des Guerriers d’Abel. Aucune valeur ajoutée concernant le scénario, si ce n’est à la rigueur une relative recherche concernant les personnages inédits. Là où nous sentons tout de même la présence d’un budget supérieur à celui d’un épisode, c’est dans la qualité des décors, et évidemment dans la sublime OST, la 8ème de la série ; je l’ai dit mais je le répète : je reste effaré par le travail fourni par le compositeur (et financé par le studio) pour un simple anime de 45 minutes. Mais il ne faut pas se leurrer : on ne fait pas un film avec juste des décors et de la musique ; ou alors c’est de l’expérimental genre Iblard Jikan, mais pas du Saint Seiya

Même pour un inconditionnel des Chevaliers du Zodiaque, ce 4ème film ne présente qu’un intérêt limité, voire nul. Je ne parle même pas des autres spectateurs, dans la mesure où il faut connaître la série pour comprendre le peu qu’il y a à comprendre. Le scénario fait penser à un mauvais fanfic ou à un manga adapté d’anime, plat d’un bout à l’autre et caricatural à l’excès. Même La Légende de la Pomme d’Or et son cheptel sans âme de nouveaux personnages reste meilleur que cet avatar sans intérêt des aventures des Chevaliers de Bronze. A éviter de préférence, et dans le pire des cas, à oublier.

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