Très Cher Frère

Pour son entrée au lycée, Nanako intègre le prestigieux lycée Seiran. Là, elle y découvre l’existence d’une sororité particulièrement sélecte, où seules les élèves les plus parfaites sont acceptées. Contre toute attente, Nanako se retrouve conviée à en faire partie ; dès lors, elle devient la cible des mesquineries de ses camarades.

Je prends ma plume afin d’étendre mes larmes sur le papier. Bien entendu, ici point de plume, ni même de papier, mais cette métaphore rend plus hommage à la poésie de ce manga que le simple fait de générer par l’intermédiaire de ce clavier une suite sans âme de 0 et de 1. Quant à mes larmes, elles résultent de l’émotion qui m’étreignit en achevant ma lecture de ce titre fantastique, chose rarissime avec ce format.

Dans l’histoire du shôjo manga, Riyoko Ikeda n’est pas n’importe qui. Elle appartient à ces pionnières qui ont révolutionné le genre et lui ont apporté ses lettres de noblesse, de ces femmes apparues dans l’univers du manga à la fin des années 60 et qui ont repris les rennes du shôjo, jusqu’alors entre les mains d’hommes bien loin des préoccupations du lectorat féminin. Elles ont inventé des codes – s’appuyant sur ceux érigés par Osamu Tezuka – créé un graphisme hérité des gravures de mode et des illustrations de Jun’ichi Nakahara, imposé leur vision du monde, expérimenté pour générer des œuvres innovantes, et obtenu en retour des manga exceptionnels. Très Cher Frère en fait parti.
Après avoir connu le succès critique et commercial avec Versailles no Bara (Lady Oscar), arrivant à toucher les lecteurs autant que les lectrices, Riyoko Ikeda se lance dans l’écriture de ce qui est probablement, avec le titre susnommé, son autre grand chef d’œuvre.

Même en analysant ce manga de manière froide et objective, il reste exceptionnel à plus d’un égard. Déjà, l’auteur n’hésite pas à s’émanciper du concept de chapitre propre au format, imposé par la prépublication en magazine et supposant une narration particulière ; cela donne au lecteur l’impression de lire une œuvre composée d’un seul tenant, une seule longue histoire.
Ensuite, il y a son contenu. Très Cher Frère narre les malheurs d’une lycéenne perdue dans un univers hostile et cruel, fait de jeunes filles trop parfaites semblant n’éprouver aucun scrupule à laisser libre cours à leurs penchants les plus vils et sadiques. Supposées appartenir à l’élite de la société de l’époque, elles forment en réalité une noblesse décadente pour qui Nanako fait figure de corps étranger, indésirable, contre lequel elles décident de s’acharner.
Les personnages principaux possèdent tous des douleurs cachées, profondes, dont certaines les poussent au bord de la folie, apportant à l’ensemble une ambiance lourde et dramatique, mais qui tend au fabuleux lorsque ces mêmes personnages décident d’aller de l’avant et de montrer leur courage et leur volonté. Des amours, souvent impossibles, viennent se mêler à cette atmosphère douce-amère pour la rendre encore plus poignante et tragique.
Et si certains amours sont impossibles, cela vient de leur ambiguïté. Je pense que Très Cher Frère a dû choquer le public japonais de l’époque. Les histoires mettant en scène des amours homosexuels – car nous en retrouvons dans ce manga – existaient déjà, mais semblaient toujours se dérouler loin de la réalité japonaise, dans d’autres lieux, d’autres époques, comme si leur société ne pouvait les engendrer ; Très Cher Frère change cela en nous présentant Saint-Just et Kaoru no Kimi, deux lycéennes fabuleuses provoquant des réactions passionnées chez leurs camarades, car ne l’oublions pas, tout se déroule dans un lycée pour jeunes filles de bonne famille.

Le dessin de Riyoko Ikeda compte indéniablement parmi les atouts de ce titre, avec ses héroïnes aux membres fins et aux yeux incroyables. Même si nous pouvons le trouver daté, il reste beau et élégant. Même si nous pouvons aujourd’hui le trouver caricatural, pour l’époque il était innovant. La mangaka s’approprie tous les codes graphiques du shôjo d’alors, couplés à une mise en page au rendu magnifique. Quelques mimiques à vocation comique viennent désamorcer certaines situations et apporter un peu de fraicheur à la série.

Mais se concentrer sur tous ces détails techniques risque de nous faire perdre vue l’essentiel : ce manga est beau. Ce manga est poignant. Ce manga est bouleversant. Ce manga est magnifique.
Il m’a ému, profondément, aux larmes. Pourtant, derrière tout ce drame, je ne peux m’empêcher de ressentir du bonheur et de l’espoir. J’ai trouvé les personnages forts et somptueux, à la fois tellement humains et tellement torturés. Je n’avais jamais lu un tel manga, aussi riche en émotion. J’adorais l’anime, désormais j’aime le manga de tout mon cœur.
Merci Asuka. Merci pour ce cadeau, pour cette intégrale d’un titre hors du commun, de ceux qui me font affirmer haut et fort mon amour pour les manga. Je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse sortir en France, sa qualité vient récompenser une attente désespérée.

Impossible d’achever ce texte sans parler de mon rapport à cette version vis-à-vis de son adaptation animée.
Cette-dernière partait non seulement avec la qualité d’origine de l’œuvre, mais aussi bénéficiait de la présence du duo d’artistes le plus mythique de l’animation japonaise : le réalisateur Osamu Dezaki et le chara designer Akio Sugino. Je suis un grand fan de leur travail, et leur style bien particulier se ressent dans cette série plus que dans aucune autre, en faisant ma préférée des duettistes, voire ma réalisation favorite du géniale Osamu Dezaki (aux côtés de Versailles no Bara). Tout cela pour ne pas dire que cet anime fait, incontestablement, parti de mes titres fétiches.
Et pourtant, j’ai préféré le manga. Celui-ci possède non seulement le dessin propre à la mangaka, mais se montre encore pire que son adaptation, dans le sens où je l’aurais trouvé plus poignant et dramatique.
La première chose qui m’a marqué, c’est la quasi absence de Tomoko, là où elle constituait un soutien notable pour l’héroïne. Sa disparation précoce de l’intrigue rend celle-ci encore plus difficile à surmonter pour Nanako.
Mais cela reste négligeable face à ce que je perçois comme la grande différence entre les deux versions. Dans l’anime, une scène en particulier m’avait semblé si ridicule que j’avais eu du mal à ressentir une émotion particulière malgré son dénouement tragique. Il s’avère en réalité que les responsables de l’adaptation avaient édulcoré ce passage, d’où ce piètre résultat. Dans le manga, il est non seulement plus en phase avec la personnalité du protagoniste concerné, mais aussi – de fait – infiniment plus bouleversant. Rien que pour cela, le manga mérite d’être privilégié à son adaptation, malgré les qualités hors normes de celle-ci.

Nom : Très Cher Frère
Nom VO : Oniisama e
Auteur : Riyoko Ikeda
Éditeur VF : Asuka
Éditeur VO : Shueisha
Magazine : Margaret
Année : 1975
Nombre de Volumes en France : 1 (fini)
Nombre de Volumes au Japon : 3 (fini)

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3 commentaires pour Très Cher Frère

  1. Xanatos dit :

    Ta critique de « Très Cher Frère » de Riyoko Ikeda est superbe et reflète parfaitement les qualités exceptionnelles de ce chef d’oeuvre…

    Mais pourquoi privilégier le manga à son adaptation animée?
    Les deux sont extraordinaires, elles sont complémentaires, et privilégier l’une au détriment de l’autre serait fort regrettable.

    Pour les novices qui veulent découvrir une oeuvre dramatique aussi passionnante que poignante « Très Cher Frère » est à découvrir absolument, il s’agit d’un titre incontournable.

    Mais d’après moi, l’oeuvre originale fabuleuse de Riyoko Ikeda comme la série animée magistrale de Osamu Dezaki et Akio Sugino sont aussi indispensables l’une que l’autre.

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    • LATIFAH dit :

      JE SW TOUT A FAIT D ACCORD AVK VS CE MANGA EST LE MANGA A LIRE MAIS ATTENTION AU MOMES ……………. JE VS INVITE AUSSI A LIRE CITY HUNTER C UNE VRAI TURIE

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  2. LATIFAH dit :

    XANATOS JE TE COMPREND MAIS J OPTERAI PLUS POUR L ANIMEE QUE POR LE MANGA ORIGINAL

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