Kaze to Ki no Uta SANCTUS ~ Sei Naru Kana ~

En 1887, Serge Battour intègre Lacombrade, un pensionnat près de Arles. Là, il est placé dans la même chambre que Gilbert Cocteau, un garçon à la réputation sulfureuse qui offrirait ses charmes à d’autres élèves de l’établissement.

Adapté d’un manga publié dans Shôjo Comics, ce titre de légende est moins connu en tant que shôjo qu’en temps que Boy’s Love. Pour le genre, Kaze to Ki no Uta fait figure de précurseur, aux côtés de Thomas no Shinzô de Moto Hagio.
Dans la France du XIXème Siècle, nous découvrons deux jeunes garçons. Tout d’abord Serge, fils de la noblesse dont la vie serait idyllique si sa mère n’était pas une bohémienne et son teint basané, ce que le reste de sa prestigieuse famille voit d’un très mauvais œil. Ensuite Gilbert, orphelin lui-aussi issu de l’aristocratie, pupille d’un oncle qu’il idolâtre mais qui se complait à le faire souffrir, ce qui pousse petit-à-petit le jeune éphèbe aux pires folies, jusqu’à vendre son corps contre de menues compensations. Au pensionnat, chacun sait pertinemment par quelles souffrances passe Gilbert, mais personne n’agit. Tout commence par la rencontre entre ces deux garçons à l’existence tragique, une rencontre qui les mènera progressivement sur le chemin de l’amour.

Historiquement, la naissance du Boy’s Love dans les années 70 s’explique par les contraintes même de la société japonaise, et par l’évolution du monde du manga à cette période.
Suite à une augmentation de la demande, dans la deuxième moitié des années 60, de nombreuses femmes – voire jeunes filles, puisque certaines sont encore lycéennes – inspirées par les travaux de Jun’ichi Nakahara, s’engouffrent dans la brèche et s’accaparent les shôjo, genre jusque-là dominé par les auteurs masculins. L’apparition à la même époque du gekiga, style plus dramatique et réaliste que le story manga à la Osamu Tezuka, constitue une révolution toute aussi importante.
Les années 70 se voient entre autre marquées par les œuvres du Groupe de l’An 24, des femmes dont font partie Keiko Takemiya et Moto Hagio pour les plus connues. Un de leur objectif est de présenter aux lectrices des relations amoureuses réalistes, mais dans un Japon où les relations homme/femme consistent encore en un rapport dominant/dominée, cela pose problème. Pour y remédier, elles créent des histoires présentant deux personnes de même sexe donc de même statut ; le choix de deux hommes s’explique car la nudité masculine aurait moins choqué que la nudité féminine. Le Boy’s Love venait de naître.

Cette OAV a été produite 10 ans après la parution du manga d’origine, et sans doute pensée comme un hommage. Néanmoins, elle dispose de qualités véritables qui en font un anime absolument sublime.
Le chara design rappelle parfaitement celui de la mangaka, et à travers ce trait, c’est tout le style graphique des grands shôjo dramatiques des années 70 – à la Versailles no Bara – qui ressort. Quelques passages reprennent même des illustrations du manga, colorisées pour l’occasion.
Il s’agit d’une OAV extrêmement soignée, comme en témoigne notamment l’animation, qui arrive à faire correspondre les mouvements de Serge à la musique quand celui-ci s’adonne au piano. Les décors, surtout, sont de toute beauté, certains faisant penser à des aquarelles lorsque d’autres ressemblent à des croquis particulièrement détaillées. Le choix de couleur s’est porté vers des teintes que je qualifierai d’automnales, avec énormément de marron et de gris pour créer une ambiance visuelle mélancolique qui correspond parfaitement au scénario.

Parlons-en du scénario, car tout cela ne serait rien sans son histoire. Quoique, plus que l’histoire, c’est la façon de présenter les sentiments des personnages qui tend au sublime, entre les tendances auto-destructrices de Gilbert, et le dévouement ambigu de Serge. Kaze to Ki no Uta est un anime extrêmement violent ; mais n’y attendez pas une violence physique, puisque toute la torture se développe au niveau psychologique. Malgré son comportement égoïste, difficile de ne pas se prendre d’affection pour Gilbert, manipulé par certains, haïs par les autres à cause de tout ce qu’il représente, mais aussi à cause de son allure androgyne dans un environnement rempli de garçons en pleine adolescence. Serge est beaucoup moins développé – le manga compte pas moins de 17 volumes, impossible d’en faire un tour même rapide sur seulement 1 heure – mais nous pouvons déceler à travers les bribes de son passé quelques événements tout aussi tragiques.
Tout cela ne pouvait que donner des passages poignants, d’autant que Keiko Takemiya est une mangaka de grand talent. L’OAV rend parfaitement toute cette intensité, ces moments forts, et nous ne pouvons nous empêcher d’être touché par la relation qui se noue entre les deux personnages, dans laquelle les sexes s’effacent pour ne laisser place qu’à deux êtres qui s’aiment. La réalisation arrive à apporter beaucoup de beauté à l’ensemble, notamment par le biais d’une musique bien choisie et délicatement placée aux bons endroits, pour obtenir les bonnes réactions de la part du spectateur. Malgré sa courte durée, cet anime dégage des puissants sentiments, pour un résultat que j’ai trouvé exceptionnel.

Après avoir découvert une œuvre aussi poignante, je n’ai qu’une envie : lire le manga. Malheureusement, cela me parait compromis sans parler Japonais. Les probabilités de sortie en France sont faibles, d’autant que les deux plus grands succès de cette mangaka inconnue dans notre pays – Terra e… et Andromeda Stories – n’ont eux-mêmes que peu de chance de nous parvenir alors qu’ils sont bien plus abordables, et bien moins longs.

Nom : Kaze to Ki no Uta SANCTUS – Sei Naru Kana –
Auteur : Keiko Takemiya
Magazine : Shôjo Comic
Réalisateur : Yoshikazu Yasuhiko
Durée : 1 OAV de 59 minutes
Année : 1987

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3 commentaires pour Kaze to Ki no Uta SANCTUS ~ Sei Naru Kana ~

  1. Ialda dit :

    T’es en forme toi en ce moment.
    Par contre t’as pas pimpé le fait que c’était Yas qui dirigeait 😦
    A ce propos c’était quoi la chrono déjà ? Les amitiés particulières -> Thomas no shinzô puis KtKnU, ou le contraire ?

    Tu l’as trouvé où ta source ? L’image semble largement plus lumineuse que dans le DVD italien.

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    • Gemini dit :

      Si, bien sûr que j’ai vu qui était le réalisateur, quand même ^-^
      L’ordre des sorties, je ne le connais pas mais je suppose que Matt Thorn nous ajoutera quelques précisions dans Thomas no Shinzô.
      Quant au film, de mémoire, trouvé sur bakabt 😉

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  2. Maymilie dit :

    L’ova est vraiment de toute beauté, un bel hommage pour ce manga crée par Keiko Takemiya. C’est dommage de ne pas avoir une sortie en France, je le considère encore meilleur que  » Terra E « , mais vu les thèmes qu’il aborde, je comprends qu’il peut rebuter certains éditeurs, sans compter que c’est un manga vintage…

    Kaze to Ki no Uta au total, c’est: 17 tomes et un court sequel + 3 romans qui achève complètement l’histoire de la vie de Serge Battour.

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