Les Mystères de Tintin (4) : Steven Spielberg et Tintin

Avec la sortie prochaine du premier opus de la trilogie Tintin réalisé par Steven Spielberg, intéressons-nous à la genèse du projet et aux aventures cinématographiques du célèbre reporter belge.

Spielberg et Tintin, c’est une histoire qui commence en 1981. A la sortie de Indiana Jones et les Aventuriers de l’Arche Perdue, plusieurs critiques évoquent une ressemblance troublante avec l’œuvre d’Hergé. Sauf que le réalisateur américain, comme nombre de ses compatriotes, n’a strictement jamais lu un seul album de Tintin ! Comme référence, il cite néanmoins volontiers L’Homme de Rio, film de 1964 signé Philippe de Broca, avec dans le rôle titre notre Jean-Paul Belmondo national. Or, Philippe de Broca est un tintinophile confirmé. Et comme si cela ne suffisait pas, c’était lui qui devait initialement s’occuper de Tintin et le Mystère de la Toison d’Or, premier long-métrage en prises de vue réelles consacré au personnage ; finalement, ne pouvant imposer certaines de ses idées – en particulier celle d’adjoindre à Tintin une partenaire féminine – il avait abandonné le projet, repris par Jean-Jacques Vierne. L’influence de Tintin dans L’Homme de Rio n’étant plus à démontrer, Steven Spielberg aura indirectement subi le patrimoine d’Hergé.

Alors qu’il ignore bien qui peut être ce mystérieux Tintin, c’est Melissa Matheson – scénariste d’E.T. l’Extra-Terrestre – qui lui apporte les explications dont il a besoin. Elle connait le personnage et ses aventures, pour avoir feuilleté quelques albums alors qu’elle travaillait comme babysitter pour une famille française. Intrigué, il commence sa découverte du monde de Tintin. L’idée de porter ces histoires sur grand écran germe très rapidement dans son esprit : en Octobre 1982, Kathleen Kennedy – associée de Steven Spielberg, productrice et productrice exécutive sur les long-métrages cultes d’Amblin – appelle les éditions Casterman pour poser une option sur l’œuvre d’Hergé. En regardant les dates, vous remarquerez qu’il aura fallu près de 30 ans pour que le projet aboutisse.

A cette époque, il ne reste déjà que peu de temps à vivre à Hergé – il ne rencontrera d’ailleurs jamais Spielberg, décédant seulement quelques semaines avant leur rendez-vous en Belgique – mais il accueille la nouvelle avec enthousiasme.
Hergé aime le cinéma. Il a toujours voulu que ses albums deviennent des films, et imaginait son univers plus ancré dans le réel que dans le cinéma d’animation ; malheureusement, les deux long-métrages avec de véritables acteurs l’ont déçu – à raison, puisque Tintin et le Mystère de la Toison d’Or (1962) et Tintin et les Oranges Bleues (1965) ne comptent pas parmi les fleurons de la production européenne – et son travail a rencontré légèrement plus de succès en animation, à travers une première série d’adaptations pour la télévision dans les années 1950, et deux long-métrages : Tintin et le Temple du Soleil (1969) et l’inédit Tintin et le Lac aux Requins (1972). Sans parler d’un film Tintin et le Crabe aux Pinces d’Or (1947) réalisé avec des marionnettes. Tous ces projets l’ont quelque peu échaudé, et il a depuis longtemps renoncé à une adaptation réussie de ses travaux sur grand écran.
Jusqu’à ce jour de 1982 : Hergé connait Spielberg pour avoir vu et adoré son film Duel. Il a confiance dans les talents du réalisateur, et se dit même prêt à accepter une « américanisation » de ses BD ; alors que Spielberg, de son côté, affirme clairement vouloir garder l’esprit européen d’origine, rejetant même le premier scénario de Melissa Matheson, qu’il juge justement trop américain. Il a beaucoup d’idées pour ce film – il évoque même Jack Nicholson pour interpréter l’irascible capitaine – mais cette période est aussi une de ses plus chargées en terme de travail, participant au scénario ou la production de nombreux long-métrages.

Pendant 4 ans, la production du film se trouve au point mort… Il songe même à déléguer la réalisation à un directeur européen. François Truffaut – qui a tourné dans Rencontre du 3ème Type – est mentionné, mais la piste la plus sérieuse restera Roman Polanski, qui travaillera un temps sur une transposition de Tintin et le Sceptre d’Ottokar. Comme pour compenser, l’influence de Tintin se ressent dans plusieurs de ses productions de l’époque ; chez Hergé, il est essentiellement question de grandes aventures, qui démarrent soit suite à la découverte d’une énigme, d’un objet mystérieux, voire d’une lettre, soit par la rencontre avec un scientifique excentrique. Dans le genre excentrique, celui de Retour vers le Futur se pose là. Un film comme Les Goonies se trouve aussi parfaitement dans cet état d’esprit. Mais c’est peut-être Indiana Jones et la Dernière Croisade qui fourmille le plus de références.

En 1991, un certain Peter Jackson apprend que Steven Spielberg va travailler sur un long-métrage de Tintin, et se met à rêver. Non seulement, il admire le célèbre réalisateur, mais en plus, il s’agit d’un tintinophile passionné, qui se targue d’avoir appris à lire sur les aventures de Tintin par Hergé.
C’est bien lui qui va débloquer le projet, bien des années plus tard. Il va apporter deux éléments essentiels. Le premier, c’est de l’argent. Car il ne faut pas se leurrer : Spielberg ne fait plus dans les petits budgets, or Tintin n’étant pas un personnage connu outre-atlantique, une adaptation n’intéresse que peu les investisseurs. Le second apport de Peter Jackson, ce sera le motion capture, la technique employée pour concevoir en particulier Gollum sur la trilogie du Seigneur des Anneaux ; le procédé a été développé dans ses ateliers néo-zélandais d’effets spéciaux, et permet de reproduire le jeu d’un acteur en chair et en os sous la forme d’un personnage généré en images de synthèse. Ce sera la clé qui manquait à Spielberg pour créer un long-métrage le plus proche possible des BD d’origine : plutôt que de choisir des acteurs selon leur ressemblance avec les personnages d’Hergé – sachant que les deux films Tintin avec de véritables acteurs ont montré qu’il s’agissait d’une très mauvaise idée – il devient dès lors possible de prendre des interprètes selon leurs capacités, de les filmer comme s’ils jouaient réellement, puis de les remplacer par des doubles numériques. En faisant le choix de l’image de synthèse, reproduire la Bruxelles des années 40 ne pose pas plus de problèmes.

Les personnalités réunies autour de cette trilogie ont de quoi impressionner, que ce soit dans les acteurs – Andy Serkis, Daniel Craig, le duo anglais Frost/Pegg pour les Dupondt, et même Gad Elmaleh pour Omar Ben Salad – ou dans les créatifs, puisque nous retrouvons quelques-uns des plus grands artistes « geek » actuels : outre Spielberg et Jackson, le réalisateur et scénariste anglais Edgar Wright (Shaun of the Dead) travaille sur le scénario.
Quant à savoir si le résultat sera à la hauteur de ses 30 années de gestation : réponse le 26 Octobre. Pour ma part, je me demande surtout s’ils auront bien laissé au capitaine Haddock son langage très imagé.

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Un commentaire pour Les Mystères de Tintin (4) : Steven Spielberg et Tintin

  1. Léger dit :

    Spielberg et Jackson ont fait un véritable chef d’œuvre, qui fait honneur à la bande dessinée!!! Bravo!!!!!!!!!!!!!!!!

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