Hunter x Hunter : le manga culte est de retour

La diffusion au Japon d’une nouvelle version de l’anime adapté du manga Hunter x Hunter, de Yoshihiro Togashi, nous donne l’occasion de nous replonger dans ce titre culte.

Je suppose que tous les lecteurs de manga (et les autres) ont dans leur bibliothèque des albums qui possèdent une histoire, des albums associés à des événements particuliers qu’ils ne risquent pas d’oublier. Ils peuvent dire qui leur a offert, où ils les ont acheté, dans quelles circonstances, et bien d’autres choses encore.
Pour mes 18 ans, j’avais décidé d’inviter quelques amis. L’un d’eux, connu pour son laxisme et son manque d’éducation, s’était présenté chez moi mal rasé, décoiffé, portant une chemise froissée depuis une semaine, et chaussé de tongs ; il contrastait énormément avec un autre ami, lui vêtu d’un costume-cravate, ce qui finalement n’était guère mieux. Comme cadeau, il m’offrit un tome de manga, non emballé, avec encore le prix au verso. Le connaissant depuis la petite enfance, j’imagine assez aisément les raisons derrière un tel cadeau. Au moment de partir, sa mère – dotée d’un minimum de bon sens, et consciente de la propension de son fils à faire des gaffes – aura remarqué qu’il avait omis de prévoir un présent, et l’aura copieusement engueulé. Qu’à cela ne tienne ! Pressé par le temps et déjà en retard – ne cherchez pas, je ne l’ai strictement jamais vu arriver à l’heure – il aura alors eu cette idée géniale : piocher dans sa collection personnelle un manga qu’il pourra de toute façon se racheter plus tard. Ce manga, vous l’aurez compris, c’était le premier tome de Hunter x Hunter. Ce qui tombait bien, je l’avoue, puisque ce titre (comme tant d’autres) figurait alors sur ma liste des « manga à commencer lorsque j’aurai les moyens et que j’aurai fini mes autres séries incomplètes ». J’accepte donc ce cadeau de fortune avec plaisir.

J’allais plus tard découvrir qu’il venait de me faire un cadeau empoisonné : Hunter x Hunter est une drogue dure. Une fois commencé, impossible de s’arrêter. A l’époque, j’habitais à une heure – en bus, puis en train – du magasin le plus proche où je pouvais me procurer des manga. Habitant en résidence étudiante, j’évitais de commander par internet par peur que les colis se « perdent » avant de m’arriver (de toute façon je n’avais pas internet en résidence), et évidemment mes finances n’étaient pas illimitées. Pour ne réaliser de dépenses trop importantes, trop rapidement, j’essayais d’espacer mes achats de tomes de Hunter x Hunter à raison de 5 tomes à la fois, mais chacun se montrait à ce point addictif que je me trouvais, malgré toute ma bonne volonté, obligé de faire des allers-retours jusqu’à la boutique plus fréquemment que je ne l’aurais voulu… En 3 semaines, j’avais comblé mon retard. Heureusement, à l’époque, seuls 16 volumes étaient disponibles en France. Le seul autre manga qui m’ait fait ça, dernièrement, c’est Yuyu Hakusho (même auteur).
Tout cela pour dire que Hunter x Hunter compte parmi les titres les plus jouissifs que je connaisse, les plus exaltants, et les plus prenants. Ce n’est pas un hasard si c’est celui que je relis le plus souvent, et voir le premier épisode de la nouvelle série m’a justement donné envie de m’y remettre.

Ce petit aparté terminé, revenons à ce manga. L’histoire se passe dans un monde où existent des Hunters, des individus disposant d’une série de privilèges, dévolus à la recherche d’objets, de personnes, de civilisations disparues, ou encore de créatures mythiques à travers le monde. Mais l’examen pour devenir Hunter est le plus dur qui soit, et sur les milliers de postulants qui s’y pressent chaque année, peu repartent avec une licence en poche.
Gon, 12 ans, sait que son père est Hunter, et c’est finalement dans l’espoir de le retrouver qu’il va à son tour décider de passer l’examen. Lors des différentes épreuves, il fera la rencontre de Kurapika, qui souhaite venger la mort de sa famille en pourchassant ses meurtriers, Leolio, qui a besoin d’argent pour financer ses études, Kirua, héritier d’une lignée d’assassins cherchant à tester ses capacités, mais aussi l’inquiétant Hisoka le Magicien, tueur sans état d’âme.

Voilà pour le résumé, mais cela n’explique finalement rien sur ce manga, car l’examen de Hunter ne représente jamais qu’une phase dans l’histoire. De toute façon, l’auteur montre rapidement que lui-même ne savait pas vraiment vers quoi il allait la faire évoluer. L’essentiel de la série repose sur les aventures du duo formé par Gon et Kirua, avec parfois des passages axés autour de Kurapika. Le tout est bâti sous la forme d’une succession d’arcs, durant lesquels Gon va se focaliser sur un indice devant lui permettre de retrouver son père, ou va décider de venir en aide à un de ses amis ; parfois les deux en même temps. Ces arcs sont, dans l’ordre : l’examen de Hunter, la Tour Céleste, les enchères de York Shin City, Greed Island, et enfin les Kimera Ants, l’arc en cours de publication au Japon. Je pense qu’il n’est pas utile de détailler le contenu de chacun, je laisserai la surprise aux lecteurs.
Une des forces de la série, ce sont ses personnages. Pour avoir une bonne histoire, il faut de bons antagonistes ; c’est pour cela que Batman et Spiderman fonctionnent mieux que d’autres super-héros : parce qu’ils ont les meilleurs ennemis. Ici, nos personnages se trouvent face à la Brigade Fantôme, un groupe de criminels charismatiques à la puissance démesurée ; et franchement, chacune de leur apparition est un délice. Surtout Hisoka le Magicien, personnage violent, fou, ne vivant que pour le combat et le meurtre, et doté d’une orientation sexuelle assez particulière.

Là où Hunter x Hunter se démarque un peu plus des autres shônen publiés dans le Jump, c’est dans sa morale bien particulière et un contenu parfois tendancieux, morbide, ou glauque. Déjà, Gon n’a rien d’un saint : s’il se montre capable de tout pour protéger ses amis, la mort d’un inconnu ne l’affecte jamais, voire il n’hésite pas à s’en servir si cela l’arrange, sans arrière-pensée ; un des protagonistes considère d’ailleurs qu’il n’a aucune vision du bien ou du mal, à la différence de nombre de héros de shônen.
Hunter x Hunter est un manga où les morts se comptent par centaines – cela va de l’assassinat classique à devenir la proie de créatures monstrueuses, voire se retrouver par hasard pris entre deux feux – et où elles sont généralement tout-à-fait banalisées. Ce monde est violent en lui-même, et globalement immoral, comme l’atteste par exemple la présence d’une collectionneuse d’aberrations anatomiques humaines.
Bon, cela n’a rien de bien grave non plus, et ce n’est pas une première d’avoir un shônen vraiment riche en hémoglobine, y compris dans le Jump. Mais dans l’arc des Kimera Ants, cela devient carrément malsain, avec des fillettes qui se font dévorer vivantes par des insectes humanoïdes, des personnages récurrents qui se font torturer, et autres joyeusetés. Mais ce basculement dans le macabre et le glauque est bien représentatif des affres dans lequel tombe ce manga du moment qu’il entre dans l’arc des Kimera Ants.

Hunter x Hunter possède un défaut, et pas des moindres : Yoshihiro Togashi en personne. Si vous avez lu Yuyu Hakusho, son premier énorme succès, vous avez dû remarquer qu’à la fin, il commence à dessiner n’importe comment – gribouiller, pour être exact – et se met même à prendre ses lecteurs pour des cons en expédiant le dénouement. Pour Hunter x Hunter : même combat.
Un mangaka sous contrat avec le Jump ne fait pas ce qu’il veut : c’est un employé ; si son patron lui dit de continuer son manga, il doit continuer, et à l’inverse, il s’arrête si sa série n’est pas assez populaire et que son patron lui dit de stopper, qu’il ait terminé ou pas. Mais Yoshihiro Togashi ne l’entend pas de cette oreille, et il se lasse très vite. Ainsi, raconter n’importe quoi et se mettre à dessiner comme un cochon semble être la solution qu’il a trouvé pour bien montrer qu’il en a marre et qu’il souhaite s’arrêter, quand bien même il lui resterait énormément de choses à raconter ; rajoutez à cela des problèmes de santé, vous pouvez imaginer le massacre. L’arc des Kimera Ants est à la fois immonde en terme de contenu (avec toutefois quelques bons moments épiques lorsqu’il retrouve ses esprits), avec des gribouillages dans chaque case (sans parler de l’auto-censure au feutre), et surtout très lent puisqu’il publie un chapitre tous les 36 du mois… Le conseil que je donne aux nouveaux lecteurs de Hunter x Hunter est d’ailleurs clair et sans appel : il s’agit d’un manga absolument génial, passionnant comme rarement manga l’aura été, mais seulement jusqu’à la fin de l’arc Greed Island, soit jusqu’au volume 18. Ensuite, on oublie. Il faut partir du principe que nous n’aurons jamais la fin de l’histoire, que Gon ne trouvera jamais son père, et que malgré tout, malgré cet énorme point noir, Hunter x Hunter dispose de tellement de qualités qu’il serait dommage de ne pas lire ces 18 tomes exceptionnels.

Maintenant, que dire sur cette nouvelle série animée ? Déjà, je tiens à préciser à ceux qui l’ignoreraient que si j’utilise le mot « nouvelle », c’est qu’il y eut jadis une première adaptation télévisée de ce célèbre manga. Un anime auquel je n’avais pas du tout accroché, et pas uniquement en raison de sa qualité technique médiocre.
Si vous lisez des manga et regardez des animes depuis quelques temps, vous connaissez les « fillers » – en Français : « remplissages » – une technique utilisée sur une adaptation de manga (le plus souvent de shônen) pour augmenter artificiellement la charge scénaristique, afin de ne pas rattraper la parution du manga en question. Normalement, cela se traduit par des ajouts d’éléments, d’épisodes, voire même d’arcs, mais dilués dans un anime de manière à ce que cela ne se remarque pas trop. Mais le premier anime Hunter x Hunter commence par du remplissage ! Là où une adaptation classique reprend l’équivalent de 3 ou 4 chapitres pour produire un épisode, le premier épisode ne reprend que les premières pages du premier chapitre. Un procédé à ce point frustrant que j’ai vite laissé tomber la série…
Concernant la version de 2011, j’ai apprécié deux choses : une meilleure qualité graphique et d’animation (même si nous restons dans la moyenne basse de la production japonaise), et une adaptation qui va tout de suite dans le vif du sujet, sans chichi ni détour. Cela fait plaisir ! Par contre, ce qui fait moins plaisir, c’est que cet anime montre déjà, après un épisode, qu’il sera fortement édulcoré par rapport au manga. Et là, je me demande bien ce que cela va pouvoir donner… Il vise un public plus jeune, mais cela va nécessité de modifier le scénario, donc j’attends de voir le résultat. Mais je regarderai la suite, sans aucun doute.

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6 commentaires pour Hunter x Hunter : le manga culte est de retour

  1. CinéNiko dit :

    A lire cet article, aucun doute possible tu aimes ce manga, et je le comprends que trop bien. Je me souviens avoir dévoré les tomes 1 à 24 en l’espace d’un mois et demi, en multipliant comme toi les allers-retours en librairie. Malheureusement, comme tu le dis l’auteur part carrément en vrille avec son histoire avec les Kimera Ants et c’est bien dommage. HxH avait tout pour être un shônen mythique et détrôner Dragon Ball, Naruto ou autres dans le cœur de nombres de lecteurs.
    Je regarderais peut-être cette nouvelle version animée puisque j’avais fini par abandonné très rapidement la première à cause des fillers et d’un visuel assez moyen

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  2. Dunya dit :

    Il est vrai que le dessin brouillon de Mr Togashi sur HXH m’a toujours étonnée (quand on lit Level E, et qu’on voit les graphismes, on se demandent ce qu’il lui arrive réellement. [D’ailleurs c’est un manga que je recommande fortement pour ceux qui ne l’ont pas encore lu, quand à l’anime je ne l’ai pas encore vu]). Heureusement il possède un talent pour la narration, et pour développer ses réflexions qui sont plus qu’intéressantes, ce que j’apprécie vraiment ! D’ailleurs parfois le fait qu’il n’y ai pas de surcharge graphiques, me permets de mieux me concentrer sur le texte personnellement.
    Quand à Yuyu Hakusho (que j’ai adoré aussi, tiens donc), je ne me souvenais pas que le dessin devenait aussi brouillon que HxH. C’est bizarre car si je me fie à l’ordre de publication des mangas, Level E (qui niveau graphisme est superbe), est publié après YYH je crois ?

    Je garde quand même espoir que dans un sursaut, l’auteur arrive à reprendre pied en clôturant l’arc des Kimera Ants, et en choisissant un autre fil conducteur pour son nouvel arc (il y en a tellement laissé en suspens, il n’aurait que l’embarras du choix), mais là ce sera selon l’auteur… Mais vu le comportement de Kirua et ses propos, j’ai peur…. Car effectivement, c’est le duo Gon/Kirua qui est le moteur de la série,

    Personnellement je ne suis jamais les longues séries sur plusieurs années, mais HxH est une des rares exceptions (d’un côté le rythme de parution « aide » si je puis dire, ça m’évite les marathons de lecture), et je serais vraiment triste de ne pas avoir une fin digne de ce manga.

    Bref, quand au remake, j’attends de voir autre chose que l’opening pour me faire un avis (seul élément que j’ai pu voir depuis le temps, je sais je suis à la ramasse niveau animes…), mais la liste de seiyuu m’avait bien plu déjà.

    Merci pour cet article en tout cas, comme l’a dit CinéNiko ça se sent que tu aimes cette oeuvre et même cet auteur (j’espère en tout cas xD) !

    Dunya.

    ps : Désolé des fautes d’orthographe

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  3. inico dit :

    Déterrage de billet, et en plus plein hors-sujet :p
    Je tiens cependant à ajouter quelques commentaires et questionnements.

    Lors de la diffusion de cette version HxH 2011, dont je n’ai vu aucun épisode, j’ai lu sur quelques forums pas mal de commentaires lui reprochant de trop passer au tamis le manga et d’en faire quelque chose de plus regardable pour les plus sensibles.

    De ce fait, va savoir pourquoi et bête comme je suis, je me suis dit « regardons la première série, celle d’origine, celle qui est bien ».
    C’était évidemment avant d’avoir lu le moindre commentaire la concernant.

    Et je n’ai d’ailleurs commencé à regardé ce qui s’en disait qu’il y a quelques jours.
    Le choc !
    Je l’adore, cette série. Des fillers ? Peut-être, mais si on n’a pas lu le manga, c’est franchement transparent. Je ne me suis pas ennuyé plus d’un instant pendant ces 31 premiers épisodes. Je n’ai jamais eu non plus la moindre sensation que ça essayer de traîner autour du pot.
    Une mauvaise animation ? Que nenni! Soit, elle donne l’impression que la série à 10 ans de plus qu’elle en a réellement, ça ne sent pas les milliards de Yen et ce n’est pas très soyeux à l’oeil. Mais mauvaise, non que non. Simple, mais efficace et suffisante.

    Suffisante, car l’histoire, àaa l’histoire et ses personnages, àaa ces personnages.
    Impossible de décrocher: je comprend tes AR incessants pour acheter les volumes suivants du manga. Car si celui-ci est supérieur à la série, ce doit être impossible de décrocher, une véritable drogue dure.
    J’avoue pourtant qu’en feuilletant le premier tome à la librairie, le manga m’avait plutôt fait une mauvaise impression (qualité du dessin, histoire gamine…). Comme quoi les impressions.

    Mais j’avoue cependant que je ne pense pas lire le manga, car je doute y trouver beaucoup d’intérêt maintenant.

    Donc, réhabilitation de cette première adaptation TV ^^
    … pour ceux qui ne connaissent pas le manga 🙂
    Et la nouvelle ?

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    • Gemini dit :

      La nouvelle est effectivement édulcorée par rapport au manga. C’est assez visible au début, ensuite cela se limite à des détails.
      Je vois deux particularités à cette série : une adaptation fidèle au manga, sans remplissage, et une équipe qui prend progressivement ses marques, pour s’émanciper du produit d’origine, rajouter des éléments souvent pertinents, ou donner sa propre interprétation d’une scène. Cet anime est excellent, car non seulement il bénéficie des qualités du manga, mais aussi d’une bonne animation, d’une excellente musique, et d’une gestion intelligente du rythme. J’avais un peu peur au début des changements apportés pour viser un public plus jeune, mais j’accroche énormément à cet anime.

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      • inico dit :

        Tu m’as convaincu d’essayer cette nouvelle adaptation télé du manga.
        Cela tombe plutôt assez bien car j’en suis à un tournant de l’histoire (la fin de la sélection). En espérant que HxH 2011 ait déjà dépassé ce cap…
        Cap qui a d’ailleurs dû être tendu pour le manga : après une grosse montée en puissance, difficile de continuer à ce niveau pour tenir le lecteur aussi accro.
        D’après ce que tu écris, le manga semble donc tenir encore la route sur l’arc suivant.
        Tant mieux su ça a été mieux négocié que pour un Berserk, par exemple.

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  4. QuentinL dit :

    Je ne sais pas si maintenant tu as lu entièrement l’arc Kimera Ants. En tout cas dès que je l’ai achevé j’ai su que c’était le meilleur et le plus construit des arcs d’HunterXHunter. Il est excellent et les idées développées dedans sont géniales. C’est vrai qu’il y avait des passages gribouillés. En tout cas dans l’anime on ne s’ennuie pas une seconde. Et la conclusion de cet arc est magistrale et inédite

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