Afterschool Charisma T1

Nouveau venu dans le catalogue de Ki-oon, Afterschool Charisma – en VO Hôkago Charisma, à ne pas confondre avec Hôkago Tea Time ou l’excellent Hôkago Hokenshitsu – propose à ses lecteurs un concept pour le moins surprenant. Retour sur un premier tome déroutant.

Avant de parler plus avant de ce manga, je pense qu’il peut être intéressant de parler de Ki-oon, son éditeur français. Maison fondée en 2003 à une époque où le marché commençait à atteindre une certaine forme de maturité, ses débuts m’ont paru difficile mais elle a su créer une véritable politique éditoriale qui en fait aujourd’hui le principal éditeur manga indépendant en France, une belle réussite due à ses créateurs Cécile Pournin et Ahmed Agne. Par rapport à leurs concurrents, ils ont su prospecter, chercher de nouveaux auteurs – comme Tetsuya Tsutsui, probablement leur meilleure trouvaille – tenter de nouvelles expériences, et mettre en avant leurs titres, tout en essayant de proposer aux lecteurs leurs propres coups de cœur. Pour moi, les manga Ki-oon oscillent entre l’atypique et le classique mais efficace ; je n’adhère pas forcément à leurs choix – trop de titres anecdotiques, efficaces sur le moment sans être marquants ou essentiels – mais j’éprouve une certaine admiration pour leur parcours.
Afterschool Charisma appartient à ces titres qui pouvaient difficilement sortir en dehors de cet éditeur bien particulier, et celui-ci se trouve clairement dans la lignée de leurs séries atypiques.

Le synopsis parle de lui-même. Shiro Kamiya est un garçon banal, mais dans l’Académie St Kleio, il fait pourtant figure d’exception. En effet, tous les autres élèves sont des clones de personnages historiques, destinés à accomplir autant de choses extraordinaires que leurs originaux. Mais le jour où le clone de JFK, premier sorti de St Kleio, se trouve assassiné, la panique s’empare de l’établissement : un clone est-il condamné à subir le même sort que son original ?

Étonnant, vous ne trouvez pas ? Autant le dire tout de suite, c’est cette accroche étrange qui m’a poussé à me procurer le premier tome de Afterschool Charisma. Après lecture, j’estime ne pas être plus avancé.
Comme l’indique le synopsis ci-dessus, nous sommes invités à suivre le quotidien de Shiro, fils d’un professeur de St Kleio et à ce titre seul élève « normal » d’un établissement qui ressemble plus à un zoo qu’à un vivier de talent ; le garçon possède un statut particulier, et certains de ses camarades n’hésitent pas à lui rappeler que, quoi qu’il fasse, il ne pourra jamais les comprendre car lui n’est pas un clone. Heureusement, cela ne l’a pas empêché de se lier d’amitié avec quelques-uns de ces élèves au nom illustre : Napoléon, Ikkyu, Sigmund, Florence, Elisabeth, Marie, Albert, et Adolf, dont il est d’ailleurs le seul ami. Leur quotidien n’est pas forcément banal en raison du « karma » de chacun, et surtout des attentes placées en eux, mais malgré tout, ils arrivent à maintenir une ambiance relativement similaire à celle de nombre d’autres écoles. Jusqu’au jour où apparaissent des individus bien décidés à supprimer les clones.

Difficile ne pas trouver en un tel concept un véritable potentiel. Pour traiter un sujet à la fois aussi riche et aussi complexe, la mangaka Kumiko Suekane va partir dans un mélange de 3 aspects distincts.
¤ L’intrigue : C’est ce qui va permettre de lier le tout et d’apporter un semblant de fil rouge. Ce premier volume va poser énormément de questions, et par « énormément », je reste gentil. Déjà, nous devons nous demander qui a créé les clones, et surtout pourquoi. Se pose ensuite les problèmes de l’assassinat de JFK, des raisons derrière cet acte, et de ceux qui l’ont perpétré. Inutile de préciser que cela crée très vite une ambiance assez oppressante, faite de complot et de secrets que les personnages devront démêler, afin de résoudre les mystères de leurs propres origines.
¤ La réflexion : Ou plus que de réflexion, nous pourrions parler de la personnalité des clones. Comme l’exprime fort justement un des personnages dès le début : « pourquoi suis-je Marie Curie ? » Une question existentielle que tout le monde se pose – enfin pas en ces termes, évidemment – mais qui pour ces clones (et même pour Shiro) revêt une signification importante. Nous parlons de personnages créés à partir de personnalités majeures de l’histoire – Raspoutine, JFK, Jeanne d’Arc,… – et élevés dans la connaissance de cette vérité ; non seulement cela peut déjà être une situation difficile à supporter – d’autant que tous ne sont pas connus pour des raisons « positives » – mais en plus, il y a une véritable attente autour d’eux : ils sont conditionnés pour réussir dans les mêmes domaines que leurs originaux. Selon les individus, il y aura plusieurs sortes de réaction : la frustration (ne pas se sentir à la hauteur des espérances) qui en mènera certains au désespoir, la révolte (vouloir mener sa vie en dehors du chemin mené par les originaux), le résignation (savoir qu’il sera impossible d’égaler son modèle car la situation ne s’y prête pas et préférer renoncer avant même de tenter), voire la folie. La multiplication des clones permet de multiplier les passifs, les personnalités, et les points de vue ; cela reste plus superficiel que dans un manga de Osamu Tezuka (je n’ose imaginer ce qu’il aurait tiré d’un même sujet), mais pour l’instant, cela reste très intéressant à suivre. Adolf à lui-seul est un personnage dont il serait possible de parler pendant des heures : garçon doux et affable, mais mis à l’écart par ses camarades à cause de son original – il ne faut jamais oublier qu’eux sont des adolescents « innocents » – il considère que son existence même est une punition pour compenser les actes de ce-dernier.
¤ La comédie scolaire : J’avais peur que, malgré une idée de départ intéressante et relativement sombre, Afterschool Charisma joue plus la carte de la comédie scolaire, où la situation de chaque personnage aurait été l’occasion à des gags plus ou moins en-dessous de la ceinture. Genre Napoléon qui draguerait la Pucelle d’Orléans, Elisabeth qui essayerait par tous les moyens de trouver un époux, Sigmund Freud balancé dans le vestiaire des filles, le tout avec des demoiselles aux seins disproportionnés et en petite culotte. Le côté sérieux et dramatique m’a vite réconforté, mais des scènes de cet acabit, il y en a quand même ! C’est très étrange, car cela fait limite tâche dans le récit. Et paradoxalement, cela permet assez bien de montrer que, mine de rien, ils n’en demeurent pas moins des adolescents, dont la plupart voudrait pouvoir mener une existence normale ; à ce propos, il s’exerce presque une dualité rejet/envie envers Shiro, lui qui est normal, subit certes une attente de la part de son père en raison de son propre parcours scientifique glorieux, mais a tout de même des avantages de taille qu’eux n’ont pas, comme une relative liberté et surtout des parents.

Après ce premier volume, je reste tout aussi circonspect qu’avant ma lecture. Le scénario laisse présager énormément de bonnes choses, mais justement trop par rapport à ce que la majorité des mangaka semblent capables de gérer dans leurs œuvres. Le concept est surprenant, ainsi que le mélange des genres, dont l’aspect plus léger ne me convainc pas totalement ; là encore, je laisserai la mangaka me prouver qu’il s’agit d’un élément indispensable au récit. Le dessin est agréable à l’œil, plutôt passe-partout ; il soutient le propos sans le desservir, de toute façon un tel manga se lit pour son scénario, pour ses idées, et non pour la qualité de son trait, lequel n’a pas d’autre rôle que de ne surtout pas gâcher le plaisir de lecture.
Le synopsis avait titiller ma curiosité, et finalement, j’aurais presque envie de dire ce premier tome me la pique encore plus. J’ai découvert un titre étrange, intriguant, différent de ce que je peux lire dans la production récente, et qui pour l’instant remplit parfaitement son rôle. Je continuerai de suivre sa parution, sans aucun doute, en espérant être surpris par la suite des événements.

PS : Pour les chauvins, sachez que – après ce premier volume – la France se trouve en tête en nombre de personnages historiques présents, ex-æquo avec l’Autriche. Viennent ensuite, ex-aequo, l’Angleterre et le Japon.

PS2 : La gestion des noms dans la version française semble plus intelligente et agréable que dans la version japonaise, pour ce que j’ai pu en lire sur différents sites et blogs.

PS3 : MTV avait lancé une série d’animation reposant sur un concept similaire, mais en version comique. Des militaires avaient cloné certaines personnalités historiques et les avaient placé dans un lycée américain pour observer leur évolution. Je suis curieux de voir ce que cela peut donner.

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2 commentaires pour Afterschool Charisma T1

  1. Mackie dit :

    M’a pas l’air mal du tout ce titre…
    Cela dit méfiance : un manga avec adolf dedans, ça peut vite déraper… et certains titres de Ki-Oon, s’ils présentent parfois des concepts originaux, ne tiennent pas les promesses du premier tome, voir l’Ile de Hozuki ou Doubt, par exemple.

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  2. ZGMF Balmung dit :

    Un hommage à Ki-oon assez légitime. En effet, ce manga aurait pu difficilement (plus en tout cas) sortir chez un autre éditeur.
    C’est vraiment une maison d’édition que j’aime beaucoup (c’est d’ailleurs chez eux que je dépense le plus~). Leur toute première licence : « Element Line », c’est d’ailleurs un manga que je conseille vivement !
    Ils ont une politique de licence peut être plus classique ces derniers temps mais c’est tout à fait légitime. Puis, c’est l’éditeur d’ « Amanchu! » quand même !

    Pour ce manga, « Afterschool Charisma », je dirais qu’il y a derrière un gros potentiel. Le premier tome pose pas mal d’éléments et questions intéressantes. Assez peu de gros événements si ce n’est le départ de miss Curie, l’assassinat de JFK et cette « secte », mais suffisamment pour lancer le manga.

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