V : de la série culte au manga

Dans le genre « œuvre improbable ».

En 1989, soit l’année de la sortie de la série V en laserdisc au Japon (une édition luxueuse), Warner Bros. commande au studio de Go Nagai une adaptation de la franchise. Après les comics, ce sont les manga qui vont découvrir la célèbre licence SF initialement lancée en 1983.
Go Nagai supervise le travail, tandis que Tatsuya Yasuda (auteur de la version manga de Kotetsu Jeeg) s’occupe du dessin. En résulte une série en 2 volumes publiés par Keibunsha, intitulés respectivement « Visitors » et « Victory » ; le premier relate les événements de la mini-série V d’origine (deux épisodes de 100 minutes chacun) et la seconde ceux de la mini-série The Final Battle (3 épisodes de 90 minutes chacun).

L’histoire, pour ceux qui n’auraient jamais vu cette fantastique série (et ils ont bien tort).
Mike Donovan, grand reporter, couvrait un conflit avec son partenaire de toujours, lorsque le monde s’est figé. D’immenses vaisseaux spatiaux ont pris position au-dessus des principales villes du monde : désormais, l’homme n’est plus seul dans l’univers !
Très vite, contact est pris entre le chef de cette flotte et des porte-paroles de l’humanité. Les mystérieux Visiteurs, humanoïdes, se présentent comme des individus pacifiques, désireux d’échanger leur technologie contre des ressources sans importance pour l’espèce humaine mais pour eux vitales.
Alors que la majorité de la population mondiale accueille les Visiteurs sans méfiance devant tous les signes de bonne volonté qu’ils manifestent, des scientifiques commencent à disparaitre.

V, c’est juste ma série culte. Enfin, mes mini-séries cultes, et j’oublie la série TV (qui n’a pas été adaptée en manga), laquelle ne vaut pas grand chose. V est un des titres les plus ambitieux que je connaisse, de la SF sur fond de complot mondial et de résistance. Certains de ses aspects bien connus l’ont rendu un peu kitsch au fil des années – en particulier les masques en latex des Visiteurs et leurs combinaisons de cuir rouge ; mais si ce délicieux aspect rétro peut titiller la curiosité de certains et les pousser à découvrir ce monument, tant mieux.

Cette version manga est clairement un travail de commande. Bon, c’était indiqué d’entrée, mais si je le précise derechef, c’est aussi car c’est un qualificatif qui peut être péjoratif, et sous-entendre un manque d’implication des créateurs dans l’œuvre commandée. Ici, c’est clairement le cas. La présence de Go Nagai ne se ressent absolument pas, l’adaptation est d’une fidélité exemplaire à l’original ; à croire, justement, que le travail de Go Nagai était de s’assurer que Tatsuya Yasuda ne se montre pas trop zélé et n’essaye pas de modifier le scénario à sa convenance. C’est forcément un peu dommage, dans la mesure où certains thèmes de V font écho à des aspects qui se retrouvent dans les titres de Go Nagai – la « chasse aux scientifiques » de V ressemble à la « chasse aux démons » de Devilman, un exemple parmi tant d’autres – et qu’il y aurait vraiment eu moyen de concevoir un titre emblématique avec ces éléments de base. Mais bon, je suppose que les commanditaires de ce travail n’avaient pas envie de voir cette adaptation différer trop de la série.
Le dessin est joliment rétro, assez typé « années 70 » malgré sa publication fin des années 80 ; pour ceux qui connaissent la version d’origine, la majorité des personnages se reconnaissent, sauf peut-être Willie, gratifié d’un physique plus ingrat et rondouillard, probablement pour souligner son côté « un peu maladroit mais sympathique ».
En terme de rythme, « Visitors » s’en sort bien, même s’il nous faut la moitié du volume pour apprendre la véritable nature des Visiteurs ; la révélation, par rapport au format, semble un peu tardive, même si elle est bien amenée. « Victory », par contre, adapte une somme de scénario plus importante, pour exactement le même nombre de page ; si le premier volume donnait parfois l’impression d’être un peu rapide, le second est carrément expéditif, en particulier sur la fin.

Le manga de V : une curiosité plus qu’autre chose, destinée avant tout aux amateurs de V. Il avait le potentiel pour devenir exceptionnel, mais son format de seulement deux volumes pour adapter les deux mini-séries, et le manque cruel de liberté dont aura bénéficié l’auteur le condamnent. Après, cela reste V, donc le scénario propose évidemment de belles choses, même si elles se retrouvent trop vite expédiées.
Inutile de préciser que tout ceci ne sortira jamais en France. Aux problèmes liés à l’âge de l’œuvre se superpose celui des droits supplémentaires à payer à Warner Bros, sachant que même au Japon ce manga n’a pas été réédité, probablement car pas jugé suffisamment potentiellement rentable, ce malgré la diffusion d’une version récente (et mauvaise) de V. Néanmoins, pour les plus curieux, les deux tomes se trouvent encore sur amazon japon, c’est là que j’ai acheté les miens.

PS : J’espère que vous m’excuserez pour l’absence d’images, mais ces manga sont assez fragiles et je ne peux pas les ouvrir suffisamment pour les scanner.

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4 commentaires pour V : de la série culte au manga

  1. Mackie dit :

    fouyaya, « V », j’ai un souvenir peut-être déformé mais assez pénible de coiffures choucroutées et de combis méga-kitsch, genre star trek meets dallas, ou la petite maison dans le cosmos, pas sûr que ce souvenir me donne vraiment envie…

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  2. Guillaume dit :

    Faut vraiment etre fan de la série pour se farcir ces deux tomes. Je les avais bouquiné rapidement dans un book off de Tokyo et c’est plutot mauvais : rythme bancal, dessin pas super (enfin, disons que je ne suis pas fan), et un académisme qui place le manga dans la catégorie des lectures franchement pas indispensables.
    Je comprend qu’en fan de V et Nagai tu aies craqué pour ces deux tomes, mais ca reste un plaisir de collectionneur plutot qu’un plaisir de lecture, je pense.

    (sinon, content d’avoir retrouvé ton nouveau blog – qui n’est pas si nouveau que ça mais je suis très lent à la détente – via senscritique)

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  3. Guilhem dit :

    @ Mackie : « fouyaya, « V », j’ai un souvenir peut-être déformé mais assez pénible de coiffures choucroutées et de combis méga-kitsch, genre star trek meets dallas, ou la petite maison dans le cosmos, pas sûr que ce souvenir me donne vraiment envie… »

    C’est à peu près la même chose pour moi : un vieux machin pas très bien foutu et rempli de clichés du genre SF sur petit écran, mais aux scénarios néanmoins accrocheurs en raison d’une intrigue globale répartis sur l’ensemble des épisodes et de cliffhangers bien amenés.

    D’ailleurs, je n’ai même pas jeté un coup d’œil au récent remake…

    Par contre, je ne savais pas qu’il y avait une mini-série en plus d’une série, mais je n’ai peut-être pas tout printé à la présentation éclair de Gemini non plus : ç’aurait pu être une bonne idée de nous indiquer quelques dates précises, histoire de resituer… ^^

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