Tough, un Manga qui a des Couilles

J’adore les arts martiaux. Je ne sais pas d’où cela vient ; peut-être que comme nombre de gamins pas particulièrement sportifs (à l’instar de l’auteur du manga dont je vais vous parler), j’en suis venu assez tôt à admirer la sensation de puissance qui s’en dégage.
Je possède une attirance toute particulière pour les œuvres qui présentent des combats que nous pourrions qualifier de réalistes, dans le sens où il n’y a pas recours à de la magie où autre projection d’énergie totalement délirante. Là, par contre, j’ignore d’où cela vient – quel genre de titre a pu faire naître en moi cette préférence – mais j’en connais les raisons profondes : ce genre d’affrontements donnent l’impression qu’ils sont possibles, que des êtres humains normaux suffisamment entraînés pourraient les réaliser, et je trouve cela fabuleux. D’autant plus que, dans les fictions, les combats en question nous sont présentés de manière à en faire ressortir les côtés épiques.
Je ne vais pas forcément chercher à aller vers les œuvres répondant à ces critères, mais si j’en découvre plus ou moins par hasard, je sais que je ne pourrai m’empêcher de les essayer. Cela ne veut pas dire que je les apprécierai, mais la curiosité me poussera à leur donner leur chance. En matière de cinéma, j’ai un faible pour Bloodsport (avec JCVD) et Best of the Best, deux films d’arts martiaux américains à tendance « tournoi » – j’adore les tournois – que je trouve vraiment réussis. Pour les animes, je n’ai pas toujours l’impression que cela soit un genre très représenté – je crois que le problème vient surtout des excès dans lesquels ils ont tendance à tomber – mais il reste au moins Air Master, et je trouve cet anime absolument génial. Et en manga, il y a Tough, de Tetsuya Saruwatari.

Tough, un manga découvert presque par hasard. Je savais qu’il existait, mais pas vraiment de quoi il parlait. Je suis passé à côté en rayon pendant des années et des années, sans que la curiosité me pousse à ouvrir un volume. Jusqu’au jour où j’ai gagné un tome de Free Fight, que j’ai dévoré et qui aura vraiment réussi à me passionner, tout en dévoilant un incroyable potentiel. Le rapport ? Free Fight est la suite de Tough. J’ai commencé à acquérir les Free Fight, tout en me disant que j’avais peu de chance de pouvoir lire Tough, titre fort de 42 volumes dont certains épuisés. Mais, en écumant les boutiques d’occasion, j’ai eu la chance de tomber sur l’intégralité de la série, à un prix que je qualifierai de raisonnable. Franchement, je ne regrette pas cet achat.
L’histoire tient sur un post-it : Kiichi Miyazawa, alias Kibô, est l’héritier du Nadashinkage, l’art martial de vie et de mort qui se transmet dans sa famille depuis des générations. Passionné par le combat, Kibô sera amené à affronter de nombreux autres combattants.
Cela ne va pas plus loin, mais aussi basique ce postulat soit-il, nous saisissons vite son potentiel. Pour l’honneur ou pour devenir plus fort, Kibô sera engagé dans des combats sans règle contre des adversaires aux styles très différents, puisqu’il s’opposera aussi bien au karaté, au catch, à la boxe, au sumo, au jiu-jitsu, et bien entendu à des arts martiaux dont nous pouvons douter de l’existence.

Même s’il a été pré-publié dans un mangashi officiellement orienté « seinen », Tough n’en conserve pas moins tous les archétypes du « shônen », ce qui selon l’interprétation peut paraître comme une bonne ou une mauvaise chose. Là où cet aspect se ressent le plus, c’est dans l’arrivée de combattants toujours plus forts, qui au début du manga – un peu plus des 10 premiers volumes – croiseront la route de Kibô comme par hasard… Pour introduire ces nouveaux personnages, le mangaka use et abuse de ficelles d’un classicisme achevé ; d’autant plus qu’il s’agit de nous faire comprendre, à chaque reprise, à quel point cet adversaire-là se révélera encore plus fort que le précédent. Voilà en quoi consiste l’introduction type de Tetsuya Saruwatari : le précédent opposant de Kibô rencontre le prochain, et ce-dernier l’envoie à l’hôpital en une fraction de seconde, là où le héros avait dû lutter comme un fou pour le vaincre. Autant dire qu’avec un tel traitement, peu de personnages réussissent à rester longtemps dans ce manga, même lorsqu’ils deviennent amis avec Kibô… Il existe toutefois une autre technique, moins courrue mais plus rapide : l’auteur nous montre un personnage au titre ronflant – genre champion du monde d’un quelconque art martial – pour ensuite nous révéler que tel combattant a réussi à en venir à bout facilement en lui laissant des séquelles à vie.
Cette mise en place d’adversaires toujours plus puissants mène à ce que j’appellerai le syndrôme de Captain Tsubasa : ce manga a beau être traité de manière sérieuse, il n’en est pas pour autant crédible. Les premiers combattants, passe encore ; mais l’auteur a voulu d’entrée proposer des protagonistes impressionnants, puis a été obligé d’aller toujours plus loin pour bien nous faire ressentir les progrès de son héros et l’augmentation des enjeux, conduisant à de nombreux excès et à des techniques improbables.
A ce propos, en parlant de technique, je ne sais pas si vous êtes déjà tombé sur ces oeuvres à vocation plutôt comiques, où chaque nouvel événement est présenté comme « le plus quelquechose », tant et si bien que cela devient un running-gag. Par exemple, dans Sakigake!! Otokojuku, chaque exercice sadique imposé aux élèves nous est introduit comme « la » spécialité de l’école ; pas « une » spécialité, mais bien « la » spécialité, au point que cela tend au ridicule le plus absolu, ce qui est parfaitement voulu par son auteur. Dans Tough, le héros semble capable de déchainer à chaque combat non pas une arcane secrète de son style, mais bien ce qui est présenté par son père et lui comme l’arcane secrète ultime ; une situation ridicule, mais traité par le mangaka avec un sérieux et un premier degré qui laissent pantois.

Malgré cet abus de sérieux, Tough n’est pas pour autant un manga sinistre. Si les combats sont traités par le mangaka comme un élément trop important pour être tourné en dérision, son manga ne s’en trouve pas pour autant dénué d’humour. Nous retrouvons là l’impression « shônen » imposé par la trame narrative : ce titre possède un véritable potentiel comique, qui s’exprime essentiellement à travers ses protagonistes. En bon héros de shônen, Kibô est un véritable crétin : presque génial quand il s’agit de combat, mais perclu de suffisamment de défauts pour provoquer des situations humoristiques ; obsédé par le combat au point de passer pour un autiste, adepte des disputes avec son grand-père lubrique, incapable d’obtenir une note convenable en cours malgré son assiduité et sa motivation, et très sensible au charme féminin (heureusement qu’il n’y a presque aucune femme dans ce manga). Son père possède aussi un énorme pouvoir comique, puisque son physique imposant et ses talents en matière d’arts martiaux offrent un contraste saisissant avec son affection pour les choses mignonnes – nombre de ses vêtements sont à l’effigie d’un petit lapin – sa façon de parler de son fils quand celui-ci a le dos tourné, ou le fait qu’il ne boive que du lait. A ceux-là viennent s’ajouter le grand-père pétomane qui se farcit toutes les vieilles du quartier, les potes débiles, et plein de personnages destinés à n’apparaître que l’espace de quelques chapitres voire de quelques pages. Pourtant, dès qu’il s’agira de combat, vous pouvez être sûr qu’ils se transformeront en machine à tuer inflexibles et sérieuses à en mourir.

Jusque-là, je donne presque l’impression d’avoir un avis mitigé sur Tough. Mais comme dirait l’autre : qui aime bien châti bien. Car plusieurs éléments contribuent à en faire un excellent manga.
Le premier de ces éléments, c’est le mangaka. Bon, cela peut sonner presque comme une évidence, car un manga réussi reste toujours le fait d’un mangaka compétent. Mais en l’occurrence, ce qui ressort de Tough, c’est la passion qu’éprouve Tetsuya Saruwatari pour l’art du combat. Ce n’est pas parce qu’un auteur aborde tel ou tel sujet que le sujet en question l’intéresse au plus haut point ; Yumi Hotta et Takeshi Obata ne sont pas nécessairement de grands amateurs de Go, ce qui ne les a pas empêché d’écrire Hikaru no Go, sous la supervision d’une professionnelle de la discipline. Alors que Tetsuya Saruwatari, le combat, c’est son dada. Pas en tant que pratiquant, mais en tant que spectateur. Cela se ressent énormément dans ses préfaces et dans les longs entretiens de fin de volume entre lui et des combattants professionnels. Cela n’a l’air de rien, mais cet aspect de sa personne implique une grande connaissance de cet univers, des compétitions, des différents arts martiaux, et des techniques, ce qui lui permet d’apporter des bases solides à son manga ; au passage, il nous explique en quoi consistent le vale tudo, le K1, l’UFC, et autres tournois méconnus en France qui font la synthèse des tous les styles de combat en dehors de l’aspect purement sportif. Cette passion lui permet aussi de coucher sur le papier des affrontements et des personnages tels que les fantasment les amateurs comme lui, leur offrant un côté impressionnant qui manque parfois au free fight réel, lequel a trop souvent tendance à se terminer en combat au sol, beaucoup moins grisant pour les spectateurs. En d’autres termes, il s’agit vraiment d’affrontements tels que voudraient les voir les amateurs de ce genre de compétitions, plus beaux que les affrontements réels mais autrement plus épiques et jouissifs, à force de techniques spéciales impressionnantes, d’artistes martiaux charismatiques, et de retournements de situations saisissants. Nous y perdons encore en réalisme, mais en contrepartie, c’est bien plus enthousiasmant et passionnant.

La passion seule, évidemment, ne permet pas d’obtenir un titre de qualité. Bien que passionné par les manga et les comics, je ne m’imagine pas en créer ; il faut rester réaliste. La passion aide l’artiste, mais cela reste un élément parmi tant d’autres.
Tetsuya Saruwatari dispose d’autres qualités supplémentaires dans sa manche. Deux, surtout. Déjà, il nous montre qu’il a parfaitement assimilé les bases du shônen, et qu’il en connait les mécanismes. Comprenez par là qu’il sait comment faire monter la tension entre les personnages, il sait mettre en place ses situations, et surtout, il sait comment générer une histoire palpitante. Comme indiqué plus haut, il va utiliser des artifices extrêmement classiques – comme ceux lui permettant d’introduire de nouveaux protagonistes tout en nous prouvant qu’ils représenteront une difficulté toujours plus grande pour notre héros – mais ceux-ci ont depuis longtemps fait leur preuve et démontré toute leur efficacité. Cela peut sembler facile comme procédé, mais je ne vois aucune raison de s’en plaindre : Tough emploie des méthodes basiques pour divertir et passionner le lecteur, à aucun moment il ne prétend être une œuvre profonde et révolutionnaire ; c’est bourrin, c’est violent, c’est du sang et de la sueur, cela ne cherche pas à aller plus loin. Cette simplicité constitue une force de ce manga, d’autant plus qu’elle sert à consolider une base elle-même attirante puisque focalisée sur le monde du combat libre et du combat de rue. Simple oui, mais au service de l’efficacité.
Ensuite, le mangaka possède un style graphique agréable à l’œil. Je ne saurais trop comment le qualifier autrement ; pour faire court, les personnages possèdent des caractéristiques physiques variées permettant de les reconnaître aisément, et aucune image ne donne l’impression d’être confuse au brouillonne. Le plus important, ici, c’est vraiment la lisibilité des combats : jamais nous ne nous demandons qui fait quoi lors des affrontements, car tout est toujours très clair, le trait précis, bref toujours parfaitement compréhensible. A l’extrême rigueur, lors de certaines clés un peu complexes, il devient difficile de savoir auquel des deux participants appartient tel ou tel membre ; mais l’auteur en a conscience, et dans le même temps fait intervenir les spectateurs, lesquels « commenteront » la clé pratiquée pour expliquer quel adversaire a l’avantage.

Je serai tout de même un peu plus réservé concernant la trame narrative de ce manga. Au début, du moins. Un début qui correspond tout de même à une bonne dizaine de volumes. Je l’ai déjà mentionné plus haut dans l’article : le problème ne vient pas d’une question de rythme, juste de rencontres trop fortuites ; le héros semble tomber régulièrement sur des personnages ultra-forts, presque par hasard, un petit peu comme Conan a l’art et la manière de tomber sur un meurtre à chaque coin de rue dans Détective Conan. Non seulement cela manque de crédibilité, mais cela bride ce manga en l’empêchant de mettre en place des enjeux à moyen et long terme ; nous sommes dans les problèmes immédiat, et ceux-ci disparaissent dès que l’adversaire se retrouve sur le carreau, d’autant plus que Kibô possède un véritable talent pour éveiller ses ennemis au véritable sens du combat lors de leurs duels, tant et si bien qu’ils deviennent presque tous ses camarades après coup. Pour résumer, chaque affrontement s’avère passionnant en lui-même, mais l’ensemble manque d’enjeu.
Il faut attendre l’arrivée d’un rival – non pas du héros, mais de son père – pour obtenir une ébauche d’arc narratif, pendant lequel l’intéressé mettra tout en œuvre pour se débarrasser du Nadashinkageryu, envoyant les uns après les autres des sbires toujours plus costauds. Mais malgré l’introduction d’une logique derrière les affrontements successifs et d’un « boss », le schéma reste globalement le même.
Tetsuya Saruwatari va donc, à la moitié de son manga, lancer l’événement le plus symptomatique de la série de baston : le tournoi ! Je vous ai déjà dit que j’adorais les tournois ? Cela permet de concentrer plein de personnages charismatiques, de ne pas suivre la progression que du héros, et de créer une véritable finalité, ce qui augmente encore le côté épique. D’autant plus que nous ne sommes jamais à l’abri d’un retournement de situations, ou même de l’apparition de nouveaux enjeux, du genre : « tu as envoyé mon pote à l’hôpital au tour précédent, je vais le venger ». Nous restons vraiment dans le cœur du style de Tough : c’est simple, basique, et caricatural, mais toujours utilisé à bon escient pour obtenir le résultat le plus distrayant et prenant possible.

Là où le côté « seinen » de Tough se ressent véritablement, c’est dans sa violence. Je sais ce que vous allez me dire : nombre de shônen sont violents. Certes, mais il s’agit là d’une violence bien différente. Déjà, la plupart des shônen violent se déroule dans des univers imaginaires, et lors de confrontations manichéennes entre le bien et le mal ; bon, ce n’est pas une généralité, mais souvent le cas. Dans Tough, par contre, nous sommes dans un univers réaliste, et rien ne permet donc de décredibiliser cette violence ou de l’atténuer : les personnages s’affrontent dans des combats sans règle, où tout est permis, et ils en subissent les conséquences parfois lourdes. Quelques-uns meurent, beaucoup garderont des séquelles à vie et ne pourront plus jamais combattre. Pourtant, ces affrontements n’ont souvent aucune autre finalité que celle de déterminer qui est le plus fort. Certains combattants prennent un plaisir sadique à infliger à leurs opposants des coups pensés pour les briser. La violence n’est pas que physique, elle est aussi psychologique : certains protagonistes ne pourront plus jamais se torcher sans aide extérieur, et savent qu’ils ne pourront plus jamais se battre alors que cela représentait leur raison de vivre.
Cette violence, pour autant, n’est pas excessive, dans la mesure où dans de tels affrontements, sans protection d’aucune sorte, ce genre de séquelles est hélas! prévisible, voire inévitable (les dégâts subits par les combattants sont même inférieurs à ceux que les coups portés auraient dû provoquer). L’auteur en joue, c’est bien naturel. Mais cette forme de brutalité, couplée aux dessins parfois très détaillés – comme pour montrer une fracture ouverte – la rendent beaucoup plus réaliste et crédible, donc bien plus impressionnante pour le lecteur. En parallèle du sérieux des combats et de l’humour qui se dégage de certaines scènes du quotidien, Tough possède aussi un aspect dramatique poussé, puisqu’il nous fera ressentir la détresse et le désespoir de combattants déchus ; sachant que nombre d’entre eux possèdent aussi un passé tragique, même si ce n’est pas nécessairement un point sur lequel se focalise le mangaka.

Tough, c’est aussi un manga très homo-érotique. Les mecs se tripotent dans tous les sens lors d’improbables prises au sol, et les filles… les filles… ben il n’y en a pas ! La mère du héros est morte, et en raison de leur constitution qui en ferait plus des matrices sur pattes que des combattantes, elles ne présentent aucun intérêt pour le combat de rue. Les très rares personnages féminins qui apparaissent sont au choix des prostituées (certains lutteurs ont besoin de décharger leur tension sexuelle avant les affrontements), des épouses / petites amies (mais la plupart des hommes de Tough ont choisi la solitude comme seule compagne), ou des membres de la famille. Nombre d’entre elles sont au passage présentées comme des êtres intrinsèquement mauvais, soit parce qu’elles battent leurs fils, soit qu’elles montrent une attitude castratrice qui doit dissuader un homme de faire ce qu’il doit vraiment faire : se battre. Bref, hormis la tante du héros, ce sont avant tout des problèmes et des obstacles.
Tetsuya Saruwatari semble ne pas porter en haute estime la gent féminine ; il préfère montrer des hommes virils et baraqués vêtus de slip en train de s’agripper dans tous les sens possibles et imaginables. Homo-érotique, vous dis-je ; nous nous croirions dans Baki.
En plus, il faut croire que les personnages aiment vraiment ça, car plus la série avance, plus les confrontations (et tout ce que cela suppose) gagnent en longueur ; certaines durent même plus d’un tome. Un autre archétype des shônen, me direz-vous. D’ailleurs, là, nous commençons à toucher du doigt un problème qui apparait sur la fin de la série, où elle commence un peu à lasser ; un enjeu en chassant un autre comme par magie, et les combats commençant à tenir jusqu’à deux tomes complets, l’ensemble finit par perdre une partie de son intérêt. Un peu dommage, mais typique des shônen à rallonge.
Néanmoins, il ne s’agit là jamais que d’un symptôme : l’œuvre dans son ensemble souffre de cette longueur excessive, et comme nombre d’autres manga dans une situation semblable, cela se traduit par une fin qui donne une étrange impression de lourdeur, et d’être moins agréable à parcourir que le reste de la série ; cela vient peut-être de son côté dramatique plus prononcé, là où le cœur de Tough crée un contraste fort entre la tension des combats et la désinvolture des personnages lorsque nous les suivons dans leur vie quotidienne. Pourtant, à la lecture de cette fin, il apparait qu’elle aurait pu difficilement se dérouler autrement, et mène malgré tout à quelques pages finales véritablement réussies.

Si la fin se montre un cran en-dessous du reste de l’œuvre, Tough n’en demeure pas moins un manga passionnant qui offre de plaisants moments de lecture. Indispensable pour les amateurs d’histoires sur les arts martiaux et des combats de rue, il brille surtout par le traitement apporté par son auteur, lequel nous prouve qu’il a su maitriser les rouages du shônen, en extirper la substance pour donner vie à des combats grisants, parfaitement mis en image ; le tout avec des personnages à la fois drôles et charismatiques.
Pour moi qui ai parcouru de très nombreuses séries de battle, il s’agit à n’en pas douter d’un monument du genre.

Et après ?
Comme de nombreux autres titres, Tough s’achève sur une fin très ouverte, même si une des problématiques de l’histoire première trouve effectivement une conclusion. Mais tout ne s’arrête pas pour autant, puisque le mangaka poursuit sa route avec Free Fight et Free Fight Origins.
Je ne me prononcerai pas sur Origins – un spin-off – dans la mesure où je ne l’ai pas lu, mais Free Fight est bien la suite directe de Tough. Une suite qui peut se prendre indépendamment de la série d’origine ; les enjeux sont posés d’entrée, si bien que si le lecteur ignore qu’il s’agit d’une suite, il pourrait ne pas s’en rendre compte. Je le précise, car alors que les tomes de Tough commencent à se faire rare dans les libraires de France et de Navarre, il n’en va pas de même pour Free Fight, en cours de publication au Japon comme en France. Et Free Fight seul mérite déjà que le lecteur adepte de séries de combat s’y intéresse. Enfin je dis ça, je n’ai lu que les 4 premiers volumes.
Cette série commence peu de temps après Tough (la durée exacte n’est pas précisée). Nous retrouvons le héros, Kibô, s’adonnant à des combats clandestins ; pas pour l’argent, juste pour devenir plus fort. Son but ultime : abattre son oncle.
Au premier abord, peu de différences entre les deux manga. En réalité, les changements auront été profonds. Je suis souvent revenu sur l’aspect shônen très prononcé de Tough ; celui-ci s’exprimait notamment à travers son personnage principal : un peu butor mais sympa, passionné par les arts martiaux, il se bat pour le plaisir de se battre et ne cherche pas à blesser ses adversaires, lesquels ne sont jamais pour lui des ennemis à abattre mais des frères d’arme avec qui partager des expériences. Dans Free Fight, fini le héros de shônen, il laisse la place à un être beaucoup plus froid (même s’il conserve sa ligne de conduite héritée de son père), dont les actions semblent n’avoir qu’une seule finalité : devenir suffisamment puissant pour abattre sa cible. Il s’agit donc d’une œuvre plus sombre, bâtie sur un sentiment de vengeance. Ce qui implique une atmosphère plus tendue, où il ne faudra pas compter sur les protagonistes pour apporter de la légèreté à l’ensemble. Les combats revêtent ainsi une signification nouvelle, même si les qualités premières de Tough demeurent, à savoir l’aspect prenant inhérent aux titres axés sur les affrontements, et la mise en page percutante d’un mangaka passionné par son sujet.
Après 4 volumes, je retrouve ce qui me plaisait dans la première série. Je compte donc continuer à suivre ce nouveau manga. Mais je me demande comment, après tout ce qu’il a déjà vécu, Kibô fera-t-il pour trouver de nouveaux défis à relever pour se préparer à l’ultime combat.

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Un commentaire pour Tough, un Manga qui a des Couilles

  1. Jonas dit :

    L’an dernier lorsque j’étais à la recherche de manga sur les art-martiaux j’avais feuilleté. Mais en voyant les graphismes de Tought, j’avais trouvé ça tellement moche que j’avais passé mon chemin.

    J’aime beaucoup les manga sur les art-martiaux, et à ma connaissance, le seul qui arrive à proposer un traitement réaliste, du suspense et des combats passionnants est, All Rounder Meguru de Endô Hiroki (mr Eden).

    J’avais bloggé dessus l’an dernier, alors que seulement 2 tomes étaient disponibles. Maintenant, il y en a 6 et si à l’époque j’émettais quelques réserves quant à l’évolution du truc, il est maintenant clair que ça s’est bonifié et que la direction que prend le manga demeure passionnante.

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