Osamu Tezuka VS André le Géant

Un billet mélangeant catch, manga, et médecine sans que cela paraisse incongru ? Cela peut ressembler à un concept, pourtant il y a des raisons derrière tout cela.

Si je vous dis manga et médecin, vous pensez probablement tout de suite à Black Jack, l’excellente série de Osamu Tezuka. Saviez-vous que Osamu Tezuka était lui-même médecin ? Dans sa famille, il s’agissait en quelque sorte d’une tradition, et il n’y a pas échappé. Il a reçu son diplôme en 1955, soit près de 10 ans après ses débuts de mangaka, et alors qu’il avait déjà atteint la célébrité ; réussir à mener de fronts des études aussi exigeantes et une carrière florissante, cela force le respect.
Il n’a jamais pratiqué, mais aura au moins fait pratiquer un de ses personnages : Black Jack. Ironie de l’histoire, Osamu Tezuka avait le titre de docteur mais n’a jamais exercé, tandis que Black Jack exerce sans titre, dans la plus compètle illégalité. Dans ses aventures, le mangaka nous montre qu’il n’a rien perdu de ses connaissances médicales, même si tout ce qu’il nous raconte n’est pas nécessairement réaliste ; certains chapitres s’appuient sur des pathologies et/ou des traitements existants, d’autres pas du tout (c’est le cas de la majorité des histoires faisant intervenir des greffes).

Une de ces histoires m’intéresse tout particulièrement aujourd’hui. Si je ne me trompe pas – je n’ai pas mes tomes sous la main – elle s’intitule : « Un cœur gros comme ça ».
Celle-ci nous raconte les déboires d’un jeune homme passionné par l’élevage des carpes, désirant en faire son métier. Malheureusement, son père a d’autres projets pour lui : grâce à son physique impressionnant, il a réussi à gagner une compétition locale en sumo, et plusieurs promoteurs de sumo et de catch souhaitent le voir signer dans leur écurie, ce qui lui apporterait gloire et fortune. Le garçon, quant à lui, n’est absolument pas intéressé par tout cela, mais son père semble décidé à ne pas lui laisser le choix.
C’est là qu’intervient Black Jack. Il explique au père que le physique hors-norme de son fils s’explique par une pathologie (tout-à-fait réelle) : l’acromégalie. Son corps produit une quantité anormalement élevée d’hormone de croissance. Mais si ses os grandissent, ce n’est pas le cas de ses organes internes : malgré son gabarit, son cœur reste de la taille de celui de n’importe qui ; or, son cœur a déjà du mal à irriguer une telle masse, et des efforts physiques trop intenses, comme la pratique du sumo ou du catch, lui seraient fatals.
Le père ne veut rien entendre, et décide de traiter avec un de ces promoteurs. Jusqu’à ce que le garçon ait un accident, et que Black Jack fasse croire qu’il a perdu l’usage de ses jambes à cause de cela, obligeant le père à mettre une croix sur la carrière sportive de son fils, désormais libre de s’adonner à l’élevage comme il le souhaitait.

Évidemment, tout ceci n’est jamais qu’une histoire inventée. Mais laissez-moi vous raconter l’histoire – bien réelle – de André Roussimoff.
André Roussimoff, fils d’immigrants bulgare et polonais, nait en Isère en 1946. Atteint d’acromégalie, il mesure 2,23m. A 17 ans, alors qu’il participe à un déménagement en région parisienne, il est remarqué par Édouard Carpentier, un manager spécialisé dans le catch. Il arrive à convaincre André et ses parents qu’il peut faire une carrière brillante dans cette discipline grâce à son physique exceptionnel.
En 1973, il le présente à Vince McMahon, président de la WWF, tout de suite séduit par le gabarit de André, mais aussi par sa technique, puisqu’il ne se contentait pas d’être juste fort et imposant. Dès lors, il va mener une carrière prestigieuse, décrochant le titre de champion du monde sous le pseudonyme de André The Giant. André devient une star, adulée et célèbre. En 1987, alors qu’il est déjà en fin de carrière, son combat contre Hulk Hogan rassemble 93 000 spectateurs, ce qui en fait le plus grand événement sportif indoor de l’histoire.
Mais déjà, André sait qu’il n’en a plus pour longtemps. Les effets de son maladie sur son cœur se font sentir, et il a perdu énormément de sa mobilité. Il continue de catcher malgré tout, connaissant quelques beaux moments dans les ligues japonaises, et s’essayant au métier d’acteur notamment dans l’excellent Princess Bride.
En 1993, juste après l’enterrement de son père, il décède d’une crise cardiaque.

Malgré sa maladie, il aura réussi à faire une carrière brillante, mais comme le héros de Osamu Tezuka, il avait lui-aussi un cœur trop petit pour un corps trop immense.
Après sa mort, la WWF crée la fameuse Hall of Fame pour lui rendre hommage. Il en sera le premier membre, à titre posthume.

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2 commentaires pour Osamu Tezuka VS André le Géant

  1. Amo dit :

    André le Géant qui a été champion du monde… cinq minutes. C’est assez terrible quand on fait le bilan de sa carrière de voir que celui qui aura été une des plus grandes stars de l’époque, néanmoins dans l’ombre d’un Hulk Hogan, de constater que son seul titre mondial, il ne durera que cinq minutes à cause d’une « storyline » un peu bancale – il remporte le titre parce qu’il avait été payé par le « multimillionaire » Ted Dibiaise afin de le gagner à sa place mais au moment d’annuler son titre pour le donner à Ted Dibiaise, la WWF annule la transaction et le titre est déclaré vacant.

    C’est sans doute une des raisons pour laquelle Andre the Giant fut le premier catcheur à entrer au Hall of Fame. La WWF, prise de remord vis à vis du manque de véritable titre dans le palmarès du géant adorable – qui a néanmoins remporté un titre par équipes avec Haku, un autre géant – a sans doute voulu rendre un ultime hommage à ce qui était en outre un « bon petit soldat » à une époque où les catcheurs changeaient de fédérations un peu tout le temps.

    Et oui, son match contre Hulk Hogan à Wrestlemania III reste souvent cité comme un des plus grands moments forts du catch. Le match en lui-même est pas terrible terrible (car Andre n’était pas forcément un catcheur très technique, mais ça on s’en fout un peu) mais la scène finale, où Hulk Hogan soulève le géant pour le foutre à terre, ça a juste été supra emblématique.

    A noter qu’actuellement dans la WWE traîne un autre catcheur avec la même maladie, mais qui a eu la chance d’avoir une opération adaptée rendant sa vie beaucoup plus simple: le Big Show.

    Et wow ce commentaire dit rien sur Blackjack mais se concentre juste sur Andre the Giant. On voit le fanboï.

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  2. Mackie dit :

    L’esprit d’escalier… De Princess Bride à Osamu Tezuka en passant par André le Géant…
    😉

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