Chi Mai

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Depuis que je blogue, j’ai tendance à me poser des tas de questions. Beaucoup trop de questions, en vérité. Déjà : est-ce que le verbe « bloguer » existe ? Plus sérieusement, quand je porte un regard sur ce que j’ai fait sur ce blog, je suis moyennement satisfait. Je trouve le résultat confus, dispersé, superficiel, monstrueusement bordélique… C’est bien simple : il me ressemble tellement que je ne peux pas le sentir. J’exagère, mais c’est pour le bien d’une référence à un anime de qualité. En tout cas, avouez qu’il part dans tous les sens et que cela peut vite devenir n’importe quoi.
J’admire les personnes comme Exelen, FFenril, et Tetho, qui mine de rien arrivent à rester dans leur créneau de départ, à savoir l’animation japonaise, les manga, et les petits à-côté comme les conventions, les produits dérivés, le Japon, et parfois les jeux vidéos. J’ignore s’il s’agit des seuls domaines qui les intéressent au point de vouloir en parler – enfin d’écrire dessus – mais finalement, cela leur permet de demeurer toujours à peu près dans le même esprit. Je sais que j’en serais incapable : à l’origine parti dans l’idée d’écrire un blog sur ces sujets précis, je me suis vite dit que je pourrais en profiter pour parler de tous les sujets dont j’ai envie, et Dieu sait s’ils sont nombreux… Niveau lisibilité zéro, mais au moins c’est la définition même du blog personnel.

Bon, c’est pas tout ça ! Les plus observateurs auront compris rien à l’évocation du titre de ce billet de quoi il allait réellement être question. Pour les autres, j’espère que l’affiche et la musique leur auront mis la puce à l’oreille. Le sujet du jour, donc : Le Professionnel.
Hier, je regardais le documentaire sur Bébel, un peu déçu devant l’état de délabrement d’un de mes acteurs fétiches, quand j’ai eu soudain envie de me passer quelques-uns de ses classiques manquant encore à ma culture : Pierrot le Fou – et pourtant j’ai vu A Bout de Souffle, et croyez-moi c’est pas triste – Un Singe en Hiver, 100000 Dollars au Soleil, le Marginal, L’As des As, et bien entendu Le Professionnel, film immortalisé par une sublime musique de Ennio Morricone intitulée Chi Mai. Là, je viens de regarder Le Professionnel, d’où le titre du billet, la musique, l’affiche, vous saisissez le concept.

Josselin Beaumont, alias Joss, appartient à l’élite du service action. Envoyé dans un pays d’Afrique pour se débarrasser du nouveau dictateur local, la situation politique change avant qu’il puisse accomplir sa mission, et ses supérieurs le « donnent » en signe de bonne volonté. Joss se retrouve arrêté, présenté comme un fou furieux agissant sur un coup de tête, jugé, et condamné aux travaux forcés. Pendant deux ans, il subit l’enfer du pénitencier, avant de réussir une évasion flamboyante. De retour à Paris, il contacte ses anciens patrons : dans moins de 3 jours, il aura abattu la cible qui lui avait été assignée lors de sa mission, alors que celle-ci se trouve en voyage diplomatique dans la capitale.

Je ressors de ce film assez marqué par ce que je viens de voir. Déjà, parce qu’il incarne pour moi la fin d’une époque. Sur l’affiche, aux côtés du nom de Belmondo, nous retrouvons ceux de Lautner et Audiard, duo qui incarne pour le cinéma français ce que Dezaki et Sugino étaient à l’animation japonaise. Seulement ici, tout leur style habituel ne se ressent qu’à travers le personnage de Picard, agent formateur sur le déclin, un pied dans le plâtre, dont la verve un peu crue et directe agace prodigieusement ses collègues ; Picard est un homme du passé, le dernier d’une lignée dont il n’y aura plus aucun représentant. Et il en va de même pour ce long-métrage : sans ces noms et sans ce personnage, difficile voire impossible de reconnaitre l’œuvre des créateurs des Barbouzes et des Tontons Flingueurs, tant sa noirceur, sa froideur, et son drame le rapprochent plus d’un polar que d’un classique avec Lino Ventura ; une musique signée Ennio Morricone et un affrontement contre Robert Hossein digne d’un western italien viennent compléter le tableau.

En dehors de cette réflexion, Le Professionnel est un film saisissant. Il raconte le baroud d’honneur d’un homme seul contre le monde entier, qui ne réussit à avancer que grâce à un honneur mal placé et une idée de vengeance. Belmondo campe un personnage à sa mesure : sûr de lui, roublard comme pas deux, tantôt charmeur tantôt distant selon les circonstances. Un personnage qui impressionne pas un culot et un sang-froid sans pareil, et qu’une magnifique scène finale gravera à jamais dans nos mémoires. Robert Hossein incarne l’antagoniste de notre Bébel national, un inspecteur méthodique, effrayant, et sournois ; et il n’y a pas à dire : il s’en sort très bien, malgré l’omniprésence de Belmondo.
D’ailleurs, si l’acteur restera dans la mémoire collective comme l’homme du tac tac badaboum, affublé d’un haut-de-forme et d’un caleçon à cœur, Le Professionnel ne demeure pas moins un film cruel et oppressant, mais qui arrive malgré tout à ménager quelques passages plus légers, grâce au charme et à l’intelligence de notre héros. Et il y a des nibards.
Je n’ai jamais eu de doute quant au talent de Bébel, mais ce film le met en valeur comme rarement : son personnage impressionne, et surtout le scénario s’avère à la hauteur du personnage. Avec en prime toute l’expérience d’un duo mythique du cinéma français.
Aujourd’hui le cinéma français est peut-être mort, mais hier il nous aura offert des chefs d’œuvre comme celui-ci.

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