Cinéma de Quartier (14) – Spécial « laissons parler la poudre »

Cela fait quelques temps que je n’avais pas parlé cinéma. Le secret, je crois que c’est avant tout de tomber sur des films qui vous donnent envie d’en parler, pour une raison où une autre. Et là, dernièrement, j’avais envie d’écrire, et j’ai eu l’occasion de voir des long-métrages que j’avais envie d’aborder. Que demander de plus ?

Croix de Fer (1977)
Sur le Front de l’Est, alors que l’armée soviétique continue son avancée, un officier peu enclin à respecter sa hiérarchie se retrouve face à un nouveau supérieur, dont le seul but semble de gagner la Croix de Fer.
Les films américains sur la Seconde Guerre Mondiale, il en existe des dizaines et des dizaines. Mais des films américains sur la Seconde Guerre Mondiale qui se place du côté de l’armée allemande, ça, c’est beaucoup plus rare, et cela mérite d’être noté. C’est le cas pour Croix de Fer.
Derrière l’apparent exercice de style se cache en réalité une idée qui permet de donner de la guerre une image radicalement différente de ce que Hollywood propose habituellement. Quand il s’agit d’évoquer l’armée américaine, les studios s’en tiennent toujours à un certain devoir de réserve, afin de ne pas trop froisser un état-major qui leur sert aussi souvent de sponsor. Tandis que là, le réalisateur met en scène des affrontements entre des Allemands et des Russes, ce qui laisse infiniment plus de liberté ; les premiers étant les anciens « méchants » et les seconds l’étant devenu pendant la Guerre Froide. Aucune raison de se brider, car personne ne viendra pleurer sur leur sort pas toujours enviable. Cela ne tourne pas pour autant en « regarder comme ils sont méchants, à la différence de nos gentils soldats » ; et c’est en cela que Croix de Fer est une réussite. D’une part, les héros – car ce sont effectivement des héros – sont des personnages humains et attachants, blagueurs et bagarreurs mais rompus au combat. D’autre part, le premier rôle a été confié à James Coburn – qui porte bien son nom, car il a effectivement une grosse paire de coburnes – un habitué du film de guerre, notamment présent dans La Grande Evasion ; son regard et son visage buriné font merveille, et le classent sans problème dans la même catégorie qu’un Bronson, un Eastwood, un Marvin, et bien entendu un Wayne, soit des héros typiquement américains.
Ici, les hommes sont des hommes, et non des allégories ou les produits d’un système. Il y a des salopards, des braves gars, et des types qui n’ont tout simplement rien demandé. Les conditions de vie sont déplorables, l’horreur et la peur omniprésentes, et le réalisateur Sam Peckinpah (Pat Garrett & Billy the Kid, La Horde Sauvage) en profite pour montrer les pires ignominies de la guerre – en cela, ce film devient très impressionnant – dénoncer les abus d’autorité, et même aborder un thème normalement absent de ce genre de productions : l’homosexualité chez les soldats (qui n’existe évidemment pas dans l’armée américaine).
Tout cela fait de Croix de Fer une des productions les plus violentes et tragiques que j’ai pu voir sur le sujet. Et une réussite.

La Bataille d’Alger (1966)
Dans les années 50, à Alger, le FLN se lance dans une série d’action afin de réclamer l’indépendance de l’Algérie.
J’ai découvert ce film par le plus pur des hasards. Alors que je regardais L’Avocat de la Terreur, un documentaire sur maître Vergès, j’ai aperçu des images de ce film intercalées en tant que documents d’archive. Après quelques recherches, j’ai appris qu’il s’agissait d’un film connu et plébiscité à l’étranger (Lion d’Or à Venise), mais totalement inconnu en France. Pour des raisons qui se comprennent assez bien : la Guerre d’Algérie, cela reste un sujet extrêmement sensible chez nous, alors que – et là, ils nous surpassent – les Américains ont appris à vivre avec la défaite au Vietnam et leurs exactions sur place, produisant au passage de nombreux films durs et réalistes. Tandis que La Bataille d’Alger, production italo-algérienne, a été interdit en France, puis a connu une brève diffusion en salle avec d’être retiré face à la pression de certains groupes.
Pourtant, s’il y a bien une chose à reconnaître à La Bataille d’Alger, malgré ses antécédents – il a été produit par un membre du FLN, qui incarne même un des personnages – c’est qu’il ne sombre jamais dans le manichéisme. A aucun moment il ne s’agit des gentils Algériens contre les méchants Français, ni même d’une révolution aux allures romantiques : chaque camp se bat pour des raisons qu’il juge valables, et nous explique son point de vue ; il va sans dire que chacun commet des actes terribles, et que ce film ne fait en aucun cas l’apologie des attentats, bien au contraire. Mais il faut croire qu’il aura tout de même réussi à choquer la population française de l’époque (notamment car il évoquait la torture), d’où son interdiction partielle et sa grande confidentialité.
La Bataille d’Alger possède plusieurs atouts qui en font une œuvre exceptionnelle : l’intérêt historique, bien entendu, mais aussi la qualité de la reconstitution. Ce film n’a été tourné que peu de temps après l’indépendance algérienne, dans les lieux réels, et au moyen des témoignages de ceux qui ont vécu les événements en direct. Il semble y avoir un sincère soucis de réalisme, qui non seulement se ressent mais aussi rend le résultat encore plus marquant.
Magistralement réalisé, tourné en VO absolue, La Bataille d’Alger a tout du grand film, injustement méconnu car traitant de sujets que l’opinion publique préfère, aujourd’hui encore, oublier (il suffit de voir l’accueil de Hors-la-Loi au dernier Festival de Cannes).

Lucky Luke (1991)
Lucky Luke arrive à Daisy Town, ville nouvelle en proie à une effroyable vague de crime.
Cette version des aventures du célèbre cowboy solitaire, avec Terence Hill dans le rôle titre, n’a pas forcément bonne presse. Mais toujours plus que celle avec Jean Dujardin, qui reste un divertissement affligeant malgré quelques très rares bonnes idées. Une différence fondamentale entre les deux : la plus récente essaye d’introduire des éléments nouveaux autant que ridicules (notamment autour de notre héros), tandis que celle de 1991 respecte scrupuleusement le mythe, à tel point que le scénariste semble manquer cruellement d’imagination.
Cela ne surprendra personne : le Lucky Luke réalisé par Terence Hill – je vous jure que c’est lui qui réalise – surclasse largement son successeur, et je l’ai même trouvé largement meilleur que ce que les critiques à son sujet sous-entendaient. En terme de contenu, les habitués du personnage n’auront que peu de surprises, puisque ce long-métrage reprend le film d’animation Daisy Town et le mélange à l’album « Le 20ème de Cavalerie ». Cette adaptation se fait bien souvent à la blague près, ce qui permet de capitaliser sur un humour qui a prouvé son efficacité ; néanmoins, j’avoue que certains gags sont passés trop vite pour vraiment être appréciés (les plumes de Renard à Deux Plumes), et ne feront rire que ceux qui les ont déjà croisés dans les albums ou les versions animées. J’ignore si Terence Hill lui-même apprécie la série, mais il s’y montre particulièrement fidèle, allant même jusqu’à délaisser ses légendaires baffes, le personnage qu’il interprète n’en donnant pour ainsi dire jamais ; par contre, il campe un Lucky Luke plus moralisateur qu’à l’accoutumée, et ne peut échapper à la grande tradition d’introduire un premier rôle féminin.
Lucky Luke respecte correctement l’esprit de la BD d’origine, et dispose de moments vraiment drôles. Malheureusement, Terence Hill possède des lacunes en tant que réalisateur, et l’enchainement des scènes ne se fait pas non plus sans heurts. De quoi gâcher une partie du capital sympathie de ce film, même si l’acteur joue les Tarantino avant l’heure, et a cette bonne idée de reprendre ici quelques grandes musiques de spaghetti westerns, signées notamment par Ennio Morricone ; les Dalton se retrouvent affublés du thème de la Horde Sauvage, tiré de l’excellent Mon Nom est Personne (avec le même Terence Hill), ce qui fait toujours plaisir à entendre.
En terme d’adaptation des aventures de Lucky Luke, le mieux reste clairement l’animation, avec des titres aussi inoubliables que Daisy Town, La Ballade des Dalton, Tous à l’Ouest, ou la dernière série télédiffusée du Studio Xilam. Mais ce Lucky Luke reste un divertissement plus qu’acceptable, pour les fans comme pour les autres. Je n’ai pas boudé mon plaisir, loin s’en faut.

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2 commentaires pour Cinéma de Quartier (14) – Spécial « laissons parler la poudre »

  1. Mackie dit :

    à noter que la Bataille d’Alger (excellent film, je trouve aussi) possède un atout qui le classe dans la catégorie des bons films « cinéma de quartier » : une b.o. signée Ennio Morricone.

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  2. Gemini dit :

    Stakhanoviste comme il l’était, ce n’est même plus surprenant de voir des films avec des musiques de Ennio Morricone ; surtout quand des réalisateurs – Tarantino est le plus connu, mais d’autres aussi – reprennent ses anciennes compositions. Mais cela fait toujours plaisir, même si cela devient un peu redondant à force d’utilisations abusives.

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