Dédicaces Payantes : mode d’emploi

La première fois que je l’ai vu – avec Alan Davis – j’ai été surpris et même énervé. Pourtant, avec le temps et après quelques recherches, je me dis qu’il s’agit du meilleur système envisageable : payer un auteur en échange d’une dédicace.

Aux USA, il est question de commission. Vous payez pour qu’un auteur vous dessine le personnage de votre choix ; seulement le buste ou le corps en entier, les tarifs varient en fonction de votre demande.
Cela peut choquer, pourtant le système est parfaitement établi outre-Atlantique. Et il fonctionne. N’allez pas voir là l’expression de la cupidité des auteurs, mais plus un moyen de s’en sortir. Dessinateur de comics : un métier qui ne rapporte pas nécessairement des milles et des cents. D’où les commissions : par ce moyen, les lecteurs financent les auteurs qu’ils apprécient, et leur montrent qu’ils les soutiennent. En échange, l’auteur réalise le dessin de leur choix, une œuvre unique et personnalisée. Et ça a de la gueule.

Dans la conjoncture actuelle, cela me semble une solution qu’il faudrait voir appliquée plus souvent en France ; pas uniquement pour les comics, mais aussi pour les autres formats BD.
Sur les dernières conventions auxquelles j’ai pu assister, de nombreuses séances de dédicaces font plus penser à de l’abattage ; ou, si vous préférez, à du travail à la chaîne. Bonjour, au revoir, une signature sur une lithographie préparée pour l’occasion, et au suivant. Si vous avez de la chance, vous aurez votre nom écrit par l’auteur, à côté de la signature. Non seulement c’est totalement impersonnel, mais en plus, si c’est juste pour dire bonjour et avoir une signature, cela ne présente pas un grand intérêt.
En parallèle, outre le fait de financer l’artiste, la commission possède de multiples avantages : le dessinateur prend le temps d’effectuer un dessin, de surcroit selon les désirs du lecteur. De plus, l’aspect économique va servir de filtre, et repousser ceux qui ne sont pas vraiment intéressés par l’artiste (et n’auraient souhaité une dédicace uniquement car il était disponible) et une partie des chasseurs de dédicaces.

Certains me diront que ce système n’avantagera que ceux qui ont les moyens financiers de se payer ces dédicaces. Ce à quoi je répondrai que le système actuel avantage déjà ceux qui ont les moyens : les billets privilèges hors de prix (achetés avant même de savoir quels seront les invités) et les obligations d’achat (souvent sans garantie réelle mais avec un simple tirage au sort à la clé) constituent déjà des formes de paiement. Et elles possèdent de nombreux effets pervers : les billets privilèges essayent de récupérer des dédicaces d’artistes qui ne les intéressent pas, afin de rentabiliser et au détriment d’autres personnes plus intéressées, il sera parfois nécessaire de prendre des titres dont nous disposons déjà, cela rapporte beaucoup moins à l’auteur, et surtout, cela se limite trop souvent à une simple signature sur ex-libris.
Une anecdote, racontée par mon vendeur de manga : le tome de Death Note qu’il a le moins vendu (de très loin), c’est celui sorti pour la Japan Expo à l’occasion de la venue de Takeshi Obata, car plusieurs de ses clients habituels en ont pris plusieurs exemplaires afin d’obtenir la dédicace, puis ont revendu leur surplus à leurs amis.

Malheureusement, le système de commission n’a strictement aucune chance de s’imposer en France. Pour plusieurs raisons. La première raison, c’est la culture : cette pratique n’est ancrée ni dans les mœurs européennes, ni dans celles asiatiques à ma connaissance. Pire, de nombreux lecteurs considèrent que, en achetant un livre, ils rendent service à l’auteur donc que celui-ci peut bien leur faire une dédicace en compensation. L’autre problème, c’est que cela rémunère l’auteur au détriment des organisateurs et des éditeurs. Or, qui fait venir les auteurs étrangers en France ? Vous m’avez compris.

La pratique de la commission n’a pas de beaux jours devant elle, d’autant plus que certaines conventions européennes interdisent désormais les dessinateurs de comics d’y avoir recours dans leurs murs. Dommage, parce qu’il représente probablement la solution à une politique de la dédicace qui, clairement, va dans le mur.

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6 commentaires pour Dédicaces Payantes : mode d’emploi

  1. locogitatio dit :

    Après la dé-dramatisation des sp voilà que l’auteur justifie les dédicaces payantes. Mais où va – t – on ?
    Ça va un peu de défendre l’auteur « qui ne se fait pas trop de sous et qui doit survivre pour manger », c’est une insulte pour eux de tomber dans un tel misérabilisme. Le problème il est peut être aussi dû aux éditeurs qui exploitent tout simplement ces auteurs, mais après tout ils l’on choisit. Je te renvois à l’excellent article du comptoir de la BD : http://lecomptoirdelabd.blog.lemonde.fr/2010/10/28/game-over-sur-les-droits-dauteur/
    Je rappelle aussi qu’il existe d’autre moyen que les éditeurs/profiteurs maintenant que la BD numérique et l’internet sont très avancé simplement y’a peut être plus de risque, mais bon quitte à choisir entre se faire exploiter et essayer de percer comme un grand….. Je sais bien que dans ce dernier cas c’est super difficile mais tout est difficile dans la vie.

    Maintenant attention, je crois qu’il faut faire la différence entre « dédicace » et « dessin personnalisé » « portrait »…etc dans ce dernier cas il ne s’agit pas d’une dédicace mais bel et bien d’un travail qui mérite salaire.

    Bref encore un article creux

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  2. locogitatio dit :

    Mouais en fait mon lien n’est peut être pas si utile que ça puisque ça traite quand même de la France et ça doit être différent ailleurs, mais ça a au moins le mérite de montrer certains abus.

    Pour être plus dans le sujet, pourquoi à l’heure actuelle de la scanlation qui ne respecte plus aucune éthique, les auteurs ne la court-court-circuiteraient pas directement (ainsi que les éditeurs) en proposant leur planche sur ces mêmes schémas contre rémunération, je sais ça parait fou et pourtant…..

    Tu peux virer si tu le désire la dernière phrase de mon précédent commentaire, c’est insultant puéril et je m’en excuse, ça ne me plait pas trop mais dans le feu de la rédaction je me contrôle pas 😀

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  3. Corti dit :

    Tiens, c’est marrant, ton argumentation est sans doute la raison qui fait que je ne fais jamais les dédicaces. La signature sur un libris, je trouve ça du foutage de gueule, et avoir un dessin fait en 30 secondes chrono qui est bof au final, ça ne m’intéresse pas. Des fois, les auteurs s’en sortent bien, je le reconnais, mais je suis plus dans le mood de Crisse dans ce domaine. C’est que, pour lui, les dédicaces sont un échange entre lecteur et auteur et que donc, faire un truc à la chaîne comme le fait Froideval (si mes souvenirs sont bons), ça ne le botte pas. Je suppose que cet état d’esprit vient du fait que la seule dédicace que j’ai, est une que Fournier avait fait à mon frère et moi quand j’étais petit sur Bizu. C’était des trucs bien plus personnels vu que, bien qu’ils ne nous avaient jamais vu, il avait fait des dédicaces en relation avec le sport que l’on pratiquait à l’époque (moi, du tir à l’arc, et mon frère, de l’équitation). En somme, il y avait eu une vraie recherche à essayer de nous faire plaisir.

    Alors maintenant, l’abattage à la chaîne des dédicaces… Ben voilà quoi. Donc, payer pour, ce n’est pas quelque chose qui me choquerait.

    locogitation > Pour les comics, les dédicaces ne servent pas à mettre du beurre dans les épinards pour leurs auteurs, mais plutôt de pouvoir mettre des épinards dans leur assiette pour accompagner leur beurre, de ce que j’en sais.

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  4. Ialda dit :

    Assez d’accord avec l’article.

    J’avoue que je suis partisant du système des commissions : payer pour avoir un beau dessin, ça rentre dans une logique connue qui est celle du service. Ça permet d’avoir quelque chose de personnalisé qui dépasse la simple signature sur le libris imprimé à la chaine. Et je suis d’accord avec l’argument du ‘filtrage’.

    (un de mes artistes préférés traine sur DA et accepte les comm’, je craquerai un de ces jours… quand j’aurais une bonne idée du dessin que je veux lui demander)

    A contrario, la logique façon JE qui vise à monétiser ce qui était gratuit avant (même si souvent détourné par les happy-few qui ont les moyens de griller la queue devant tout le monde) m’apparait vraiment comme du foutage de gueule. Mais vu la vitesse à laquelle partent les précieux billets, c’est une démarche qui a probablement de l’avenir.

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  5. Plumy dit :

    Une dédicace n’a rien à voir avec une commission. Une dédicace, c’est un petit dessin et / ou une signature que fait un auteur lors de l’achat de son œuvre, une bafouille pour avoir un petit « made in l’auteur » dans on livre ou sa bd.
    Une commission, c’est payer quelqu’un pour qu’il réalise une œuvre qui lui prendra autrement plus de temps qu’un gribouillis au stylo en vitesse. Ça sera peut-être un crayonné, ou un dessin encré, ou en couleur, qu’importe, le prix sera adapté au temps passé dessus. C’est un travail payé, tout simplement, pour la confection d’un original que l’on possède ensuite. Vendre son art, quoi de plus logique ?

    Les commissions ont largement cours dans les pays francophones dans le milieu amateur, je ne sais pas ce qu’il en est du milieu professionnel . Attention à ne pas tout mettre dans le même panier.

    Je me suis peut-être écartée du thème de ton post, mais voir « commission » et « dédicace » mis dans le même panier, j’étais obligée de réagir.

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    • Gemini dit :

      Quand je parle de dédicace, je pense avant tout au dessin dans le cas du dessinateur (et à un petit mot quand il s’agit d’un auteur/scénariste) ; mais cela ne se fait presque plus, du moins dans les conventions auxquelles j’ai pu assister dernièrement.
      Donc, si c’est un problème de terminologie, tu peux dire que je pense qu’il vaut mieux avoir un système de commission qu’un système de dédicaces (pour les dessinateurs), dans la mesure où ce-dernier tend de plus en plus à un simple abattage sans âme afin de satisfaire les clients.
      Désolé pour la méprise ^^

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