Mobile Suit Gundam ZZ

Suite directe de Mobile Suit Z Gundam, Mobile Suit Gundam ZZ jouit d’une réputation sulfureuse, et ne semble gravé dans le souvenir des spectateurs qu’au travers de son premier générique de début au nom évocateur : « Anime Janai » (« ce n’est pas un anime »). Pourtant, il reste un passage plus ou moins obligé pour tout amateur de l’Universal Century.

Quelques rappels des faits pour commencer. Z s’achève sur un combat meurtrier, qui laisse une partie importante de son casting sur le carreau. D’aucuns diront que le scénariste, s’apercevant qu’il avait conservé trop de protagonistes inutiles pour la prochaine série Gundam, aurait décidé d’effectuer un grand ménage ; d’où un final dramatique au possible, qui doit permettre à ZZ de partir sur des bases nouvelles.
Dans ce contexte, nous découvrons Judau Ashta, jeune habitant des colonies, sa sœur Leina, et ses amis Iino, Elle, Beecha, et Mondo. Suite à une série d’événements, ils vont être amenés à rejoindre l’Argama, et à prendre sur eux la lutte contre Neo Zeon et les forces de Haman Karn.

Comme pour prendre le contre-pied des derniers épisodes particulièrement sombres de la série précédente, ZZ démarre sur un improbable délire, où Bright Noa se fait attaquer par un poulet, où les ennemis perdent en glissant sur des peaux de bananes, où les personnages se battent à coup d’oranges, et où le plus haut gradé de Neo Zeon – Mashymre Cello, dont l’attitude tend à la bouffonnerie – passe des épisodes entiers à se pâmer devant la rose que lui a offert Haman Karn. Tout cela sans compter sur l’arrivée de Chara Soon, pilote à la coiffure digne de Lucile, Amour, & Rock’n Roll, qui semble péter les plombs dès qu’elle monte à bord d’un MS…
Les nouveaux héros ne sont pas en reste. Dans un premier temps, loin des préoccupations de la guerre, ils décident de voler le principal Gundam de l’Argama afin de le vendre en pièces détachées, et il leur faudra de nombreux épisodes avant de lâcher l’affaire. Surtout, Judau Ashta est un personnage principal surprenant ; là où Amuro et Kamille avaient un minimum de bon sens, Judau fait au début de la série preuve d’une désinvolture sans égale (même s’il évoluera énormément par la suite). Et s’il est rapidement considéré comme un Newtype, cela semble plus résulter de sa chance insolente et du talent inné de ses adversaires à accumuler les bourdes ; il faudra longtemps au spectateur pour déterminer s’il possède un véritable potentiel, ou si son inexpérience seule le transforme en danger public. Même Bright Noa, pourtant éleveur de têtes à claques depuis la première série Gundam, aura bien du mal à se faire respecter de Judau et ses amis.

Malgré l’aspect guerrier omniprésent, impossible de prendre au sérieux cette soupe comique et ses personnages déconcertants, où même un héros de la Guerre d’Un An finit immanquablement par être tourné en ridicule. Les deux camps ne peuvent compter que sur des hasards heureux ou une guigne monstrueuse pour déterminer l’issue de leurs combats.
Si suivre ce début au style bâtard n’est pas nécessairement déplaisant – Judau se révélant un premier rôle finalement assez attachant – cela ne peut que surprendre tant il existe un décalage entre le sérieux de la situation et la façon délirante de l’aborder, que ce soit dans le scénario ou la réalisation.

La donne commence à changer vers la moitié de la série, lorsque les belligérants sacrifient au traditionnel voyage sur la Terre, et que surviennent les premières coupes dans le casting. La politique fait aussi une entrée remarquée, là où le début de l’anime s’intéresse plus à des escarmouches et à l’évolution des nouvelles recrues de l’Argama.
Malheureusement, si le scénario s’étoffe et que l’ombre de Z refait surface, tout ne va pas pour le mieux. Déjà, cela n’empêche pas plusieurs intervenants de rester des boulets irresponsables, certains nous faisant largement douté de la santé mentale de ceux qui les ont placé à des postes à responsabilités.
Niveau politique, c’est très embrouillé : ZZ a beau être la suite directe de Z (cela aurait pu être sa seconde saison), l’AEUG semble avoir changé de statut entretemps, pour devenir le gentil toutou de la Fédération. Laquelle Fédération mène des rapports ambigus avec Neo Zeon – il faudra attendre Mobile Suit Gundam Unicorn pour avoir quelques explications concrètes à ce sujet – et vis-à-vis de la population terrestre. Neo Zeon qui, de son côté, décide de se livrer de manière gratuite à un événement habituellement considéré comme une ignominie, mais qui cette fois passe étonnamment bien. Allez comprendre…
Même certaines disparitions manquent cruellement d’impact. Un personnage peut être pleurer pendant de nombreux épisodes avant de s’avérer bien vivant, tandis qu’une des figures majeures de la licence – présente depuis le premier épisode de Mobile Suit Gundam 0079 – peut disparaître sans que cela n’émeuve particulièrement.

A la vue de tous ces éléments, ZZ apparaît comme une série très paradoxale. Le scénario est globalement bon – du moins possède-t-il de bonnes idées – mais traité un peu n’importe comment ; de nombreuses scènes sérieuses possèdent un aspect gag, mais cette légèreté rend aussi cet anime parfois plus agréable à suivre qu’un Z, pourtant plus abouti.
Dans le même genre, prenons les personnages. Cela pouvait apparaître comme du fanservice, mais utiliser les protagonistes de 0079 dans Z était parfaitement logique : même si, au début, ils ont été attirés par la guerre contre leur volonté, leur statut justifiait qu’ils prennent part d’une façon ou d’une autre à la suite des événements. Mais dans ZZ – qui commence, en terme de chronologie, deux ou trois jours après Z – il n’y a plus personne. Un peu comme s’ils s’en foutaient royalement, malgré la gravité des événements. Évidemment, il en reste quelques-uns. Mais très peu. Les autres survivants – qu’ils apparaissent pour la première fois dans 0079 ou Z – sont partis en vacances et ont débranché leurs portables.
Tandis que du côté des méchas, par contre, c’est l’orgie : l’Argama se ballade tranquillement avec le Zeta, le Mk-II, le Hyaku Shiki, et le ZZ – le petit nouveau – et n’hésite pas à tous les envoyer au front en même temps. Cela fait plaisir.

La réputation de Mobile Suit Gundam ZZ d’anime Gundam mal-aimé se justifie d’elle-même, au fur et à mesure que le spectateur progresse dans l’histoire. Sans posséder des défauts rédhibitoires, il souffre de nombreux petits détails plus ou moins handicapants, à commencer par un ton qui tranche radicalement avec celui de Z (donc qui risque de déplaire fortement), des ennemis d’une inefficacité – voire d’une bêtise – digne des Troupes de Vega dans Goldorak, une fâcheuse tendance à tuer le suspens en annonçant à l’avance les noms des victimes dans les titres d’épisode, et quelques passages tout simplement grand-guignolesques.
L’ensemble se laisse suivre sans déplaisir, et réserve quelques moments véritablement bons. Indispensable pour ceux qui ont aimé Z et pour les amateurs de l’Universal Century – même si ceux ne supportant pas son côté délirant devront se faire violence – il ne présente aucun intérêt pour les autres.

Avant d’en terminer, quelques mots sur Mobile Suit Gundam Unicorn (c’est d’actualité), aussi appelé Gundam UC – ce qui lui convient parfaitement, dans la mesure où il marque le renouveau de la continuité des premières séries Gundam.
Primo, il s’adresse clairement aux fans. C’est du moins mon avis, en tant que personne qui connait les titres auxquels il fait suite. Il demande une connaissance de l’histoire de l’UC – sur la Guerre d’Un An, ainsi que sur les protagonistes majeurs du conflit – donc des séries qui la racontent.
Secundo, il nous prouve que Gundam est une licence bien trop sérieuse et importante pour être confiée à Yoshiyuki Tomino, lequel nous a maintes fois montré qu’il avait les idées de base, mais pas les capacités de scénariste et de réalisateur nécessaires pour correctement exploiter cet univers.
Toute la différence existant entre ZZ et UC suffit à démontrer en quoi l’absence de Tomino à la production de cette nouvelle série constitue un atout de taille. D’un côté, nous avons un anime brouillon, aux forces mal définies – cf paragraphes précédents – et de l’autre un anime qui dès le début nous donne des informations claires et cohérentes. D’ailleurs, des explications apportées lors de la récente seconde OAV permettent d’expliquer certains aspects des anciennes séries, comme sur les relations entre Neo Zeon et la Fédération.
A un tiers de la série, Mobile Suit Gundam Unicorn s’impose déjà comme une référence en matière de Gundam d’une part, et d’animation d’autre part.

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7 commentaires pour Mobile Suit Gundam ZZ

  1. Tetho dit :

    La situation de l’AEUG n’est pas confuse, bien au contraire. Après la bataille de Gryps 2 l’AEUG a vaincu les Titans qui avaient réunit sous leur pouvoir toutes les forces fédérées. Mais Haman avait été assez lucides pour se retirer avant de subir de fortes pertes et peut donc s’emparer du pouvoir. L’AEUG étant trop affaiblie pour combattre seule, elle est obligé de s’allier à la fédération pour contrer Neo-Zeon et renforce donc le gouvernement qu’elle était censé renverser.
    C’est dire si avec le bon ton ZZ aurait pu être une série forte.

    Pour Gundam UC, faut pas oublier que cette série ne se construit que sur les fondations de ce qu’a établis Tomino, et que sans ce dernier et la vision qu’il a su imposer tout au long de la saga originel (First à Gyakushû). Et malgré le faux pas de ZZ, à travers First, Z et Gyakushû Tomino a montré qu’il avait « les capacités de scénariste et de réalisateur nécessaires pour correctement exploiter cet univers ».

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  2. Soren dit :

    Est-ce que ZZ est indispensable pour bien comprendre Gyakushu? Après avoir vu Zeta je suis passé directement à Gyakushu et je dois dire que le changement d’attitude et de camp de Char entre les deux me parait un peu brusque. C’est parce que j’ai zappé ZZ ou c’est juste pas très détaillé?

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  3. Gemini dit :

    Soren >> Char n’apparait pas dans ZZ. Hormis dans le générique…
    Néanmoins, il se produit des événements qui peuvent effectivement expliquer son comportement.

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  4. Tetho dit :

    Soren > indispensable, non. On peut comprendre le film en sautant ZZ (bcp de gens le font) et même avec la raison du comportement de Char est quelque chose que le spectateur devra s’expliquer tout seul (c’est un débat constant chez les fans). Mais ZZ peut aussi t’apporter des clefs pour construire ta réponse.
    Par contre pour Unicorn, ZZ est un passage obligé.

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  5. neokenji dit :

    T’as oublié de parler des indigènes de l’espace 😀

    Mais honnêtement, observer Bright en train d’essayer d’encadrer cette bande de gamins, ça faisait vraiment très mal et j’attendais avec impatience le moment où Bright finirait par cogner Judau. Et d’ailleurs, je ne me souviens s’il finit par passer à l’acte.

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  6. ZZ est une série mal aimée par les fans (qui voulaient quelque chose dans la continuité de Z … et puis présenter Judau comme l’évolution après Amuro et Camille … ça fait tâche :/), mais aussi mal aimée par Tomino. Pour preuve, la tentative de tuer définitivement ZZ avec « Z : A New Translation » dont la fin est faite pour permettre de passer directement à « Char contre Tic & Tac » et à « Unicorn » sans passer par la case ZZ.
    Après, ZZ permet surtout de prendre du recul par rapport à First et Z qui sont un peu trop « serious business » et donner une touche de légèreté et permettre le spectateur de souffler après ce qui s’est passé dans Z.
    Certains attribuent aussi la folie de ZZ aux humeurs instables de Tomino à l’époque (pour rappel, la légende dit que Tomino est parti en dépression nerveuse après Victory, le Gundam qui établit les records en terme de personnages principaux qui meurent … série dont il renie sa paternité).
    Sinon, pour ce qui est d’UC, l’une des forces du récit est d’expliquer clairement comment, malgré la Guerre d’un An, malgré les défaites militaires à répétition de Neo-Zeon, l’idéal de Zeon Deikun perdure encore. Aussi, de présenter les spacenoïds comme autre chose que des fanatiques national-socialistes qui suivaient aveuglement Girhen Zabi.

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  7. Amrith dit :

    Si tous les films-résumés de Tomino sont littéralement catastrophiques en dehors de la trilogie 0079, c’est probablement parce qu’il a mené cette dernière en binôme avec un autre réalisateur : l’anomalie est en effet si remarquable au milieu d’un amoncellement de foirages hallucinants que j’aurais du mal à mettre au crédit de Tomino la relative réussite structurelle des films.
    S’agissant de Z, la série représente l’écriture déficiente par excellence, celle desservant chaque minute une suite de concepts pourtant très intéressants : grandes déclarations qui ne sont suivies d’aucun effet – « A présent je ne vous appellerai plus Quattro », personnages les plus plus mal foutus de la décennie – Reccoa et Katz pour ne citer qu’eux – douze nouveaux MS par semaine afin de compenser des épisodes au cheminement chaque fois identique, les simplismes commerciaux à l’image des Titans pilotant des Zakus… Tomino n’excelle à vrai dire qu’une fois libéré des impératifs du story-telling, comme lors du discours de Dakar, et pour cause, c’est une suite d’idées exposée devant un micro.
    Et rebelotte avec « Char’s Counterattack », que n’importe quel cinéaste décrirait comme médiocre en tant qu’ensemble : le film tire son aura et sa qualité plaisante de plusieurs scènes cultes et bien pensées, mais ne possède aucun liant, aucune construction, tourne pour la cent-trentième fois autour d’un machin-drop, sans parler du traitement nullissime des personnages, aux motivations au mieux évasives, au pire inexpliquées. Tomino passe complètement à côté de son sujet en oubliant Sayla, Kamille et tous les protagonistes qui ont tenu un rôle dans l’existence de Char, au profit de Quess, Hathaway et autres parfaits inconnus dénués de toute ébauche de crédibilité, de charisme et dont le sort n’intéresse personne.
    Donc oui clairement, Tomino est une boîte à idées prolixe mais un scénariste et un réalisateur de second plan, un éternel amateur.

    S’agissant de ZZ, même problème : Tomino ne sait pas ce qu’il veut raconter, change d’avis en cours de route, loupe le coche à d’innombrables reprises. ZZ aurait pu être puissant s’il s’était concentré sur la lutte intestine à Neo-Zeon entre les partisans de Haman/Zabi et la faction de Toto – dont on sent à dix kilomètres qu’il reprend à mi-série ce qu’aurait été le rôle de Char si ce dernier n’avait pas été évincé de l’anime. Hélas, la puissance a été abandonnée aux seuls deux premiers segments de Unicorn.

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