Cutie Honey

L’ancien blog de Mata-Web étant désormais à l’abandon – ses anciens contributeurs ayant depuis créé leurs propres plate-formes – j’ai décidé, à l’occasion de l’ouverture de Chapelier Fou, qu’il était temps de remettre ici mes anciens articles de la collection « Trésor Enfoui », à commencer par celui sur Cutie Honey.

Quand Tetho m’a parlé de son projet de créer une rubrique « Trésors Enfouis » sur le blog, je me suis demandé quelle voie il allait prendre. Serait-ce un support par lequel de vieux anime-fans – de ceux qui ne se sont toujours pas remis du passage du cellulo à l’ordinateur – raconteraient à quel point c’était mieux avant, ou plutôt un moyen pour des archéologues de l’animation de faire découvrir ou re-découvrir des œuvres méconnues ? A priori – et c’est tant mieux – cela devrait tendre vers la seconde solution.

Pour ma première rédaction sur un Trésor Enfoui, je tiens à vous parler d’un anime que j’affectionne tout particulièrement : Cutie Honey.
Comment ? Cutie Honey serait un Trésor Enfoui ? Mais elle est connue, pourtant. En effet, l’héroïne elle-même est connue, notamment grâce au film live et la dernière série d’OAV qui l’accompagnait. Mais dans le fond, qui connaît les nombreux animes dévolus à la Guerrière de l’Amour ? Sans parler des « nombreux animes », un m’intéresse particulièrement aujourd’hui ; en l’occurrence, le premier, diffusé pour la première fois en 1973. Et je parie que peu de gens se souviennent que près de 15 ans après sa création, il fut diffusé sur TF1, dans le Club Dorothée, sous le nom de Cherry Miel. D’où l’intérêt de revenir dessus.

Honey Kisaragi est la fille unique du célèbre professeur Kisaragi ; elle vit dans un pensionnat pour jeunes filles, mais espiègle comme pas deux, elle n’hésite pas à faire régulièrement le mur pour retourner chez elle. Jusqu’au jour où sa vie bascule : suite à une énième escapade, elle découvre son père gisant dans son laboratoire, victime des Panther Claw (Panthères Grises), une organisation criminelle. Avant de mourir, le professeur révèle à Honey qu’elle n’est pas vraiment sa fille, mais un robot ; et grâce à la puissance de son AI System (Catalyseur Multiplicateur), elle a le pouvoir de changer d’apparence à volonté et de se transformer en Cutie Honey (Cherry Miel). Elle jure de prendre sa vengeance sur les assassins de son père, et elle n’aura pas à les chercher : si le professeur a été tué, c’est justement car les Panther Claw visaient le AI System ; comprenant qu’il est entre les mains de Honey, ils vont tout faire pour le récupérer.

Cutie Honey a été prévu, à l’époque, comme un projet multi-support : il y aurait un manga de Go Nagai, un anime – réalisé par Tomoharu Katsumata (UFO Robot Grendizer, Devilman, Wingman), avec notamment Shingo Araki (Saint Seiya, Versailles no Bara, Ulysse 31) au chara design, Takeo Watanabe (Mobile Suit Gundam, Alps no Shojo Heidi, Candy Candy) à la musique, et Ken Ishikawa (Getter Robo) lui-même à l’adaptation du manga, bref un casting impressionnant – et une chanson interprétée par Yoko Maekawa en guise de générique. Ah ! Le générique de Cutie Honey… Une musique entraînante et inoubliable, des paroles un peu osées, et une responsabilité dans le succès de la série ; il faisait partie intégrante du projet, et a été conservé – sous différentes versions – dans tous les animes estampillés « Cutie Honey » qui lui ont succédé.

Venons-en maintenant à ce qui fait que de cet anime un Trésor Enfoui, comprenez par là une œuvre dont il faut se souvenir.
Le concept de la série est simple, il est le même que pour les autres séries télévisées de Go Nagai datant des mêmes années : il s’appuie sur un schéma de type sentai. Un ennemi arrive, Cutie Honey le met sur orbite. Simple, mais efficace ; et contrairement aux autres séries susnommées, Cutie Honey est un anime court – seulement 25 épisodes – ce qui permet de ne pas trop user le spectateur, même si celui-ci enchaîne les épisodes. Mais si ce devait être là son seul point fort, il aurait autant valu parler de Grendizer ou de Devilman.
La première particularité de Cutie Honey reste qu’il s’agit d’un anime profondément ancré dans son époque. Dans les mauvais côtés comme les bons. En fait, il y a surtout un mauvais côté : l’animation. Pour faire simple, la technique employée est la même que celle de Hanna et Barbera pour des séries telles que Scooby-doo ou Capitaine Caverne ; c’est vraiment représentatif de l’époque, mais c’est une animation pauvre. Heureusement, le côté seventies ne s’arrête pas là ! Les graphismes et les couleurs utilisées possèdent une puissante inspiration pop / flower power, avec des tons flashy et des associations qui nous paraîtraient aujourd’hui improbables ; cela ressemble un peu à un film d’Austin Powers, à la différence que si ce-dernier est une caricature de ces années-là, Cutie Honey est en une véritable représentante. Cela crée un style graphique un peu psychédélique qui change de tout ce que nous pouvons voir de nos jours ; cet anime fonctionne comme une formidable machine à voyager dans le temps.

Evidemment, la musique vient se poser sur l’ensemble pour renforcer cette empreinte des années 70. Mais leur influence se ressent aussi dans l’ambiance : c’était une époque de liberté, notamment sexuelle, et malgré le fait que ce soit un anime télédiffusé – qui devrait donc se montrer convenable – les allusions autour de notre héroïne libertine vont bon train. Par exemple, elle sera à de nombreuses reprises victime de l’intérêt tout particulier que lui porte Ms Alphonne (Mlle Alphonsine), la vice-directrice du pensionnat.
Les responsables de cet anime nous offrent un témoignage de leur temps à travers lui.

Au-delà de son époque, Cutie Honey a un autre atout dans sa manche : son héroïne. Honey, en théorie, est une magical girl comme peuvent l’être Creamy ou Sally la Petite Sorcière ; en témoigne sa capacité à se transformer et à changer d’apparence. Néanmoins, non seulement elle est plus vieille que les représentantes classiques du genre, mais surtout elle a un comportement qui va avec cette différence d’âge : elle est plus extravertie, c’est une fille libérée qui ne s’en laisse pas compter. Forte et n’étant pas contre l’utilisation d’un minimum de violence pour vaincre ses adversaires, cette héroïne sexy a un caractère bien trempé, et n’est pas du genre à attendre bien sagement que le premier rôle masculin – Seiji Hayami (Serge Tatami) – lui vienne en aide ; au contraire, c’est plutôt elle qui doit voler à son secours. Et une héroïne japonaise qui ait du tempérament, cela reste rare ; pour autant, elle ne perd jamais sa féminité, à la différence de certaines de ses contemporaines, comme Oscar de Jarjayes (Versailles no Bara) ou Saphir (Ribbon no Kishi), chez qui « féminité » et « courage » semblent contradictoires, et qui doivent parfois choisir entre ces deux possibilités.
Avec son ambivalence, Honey est un personnage qui a su plaire autant aux filles – qui trouvent en elle un modèle de courage et de féminisme – qu’aux garçons – qui peuvent savourer les scènes d’action tout en se délectant de la plastique parfaite de la belle combattante ; d’autant plus que lors de chaque transformation, elle se retrouve un court instant dénudée. D’ailleurs, il n’y a pas que lors de ses transformations qu’elle dévoilera son anatomie, ce qui pour l’audimat est un atout de taille.

Voilà : Cutie Honey rassemble de l’action, une héroïne hors du commun, un peu d’érotisme, et une ambiance des années 70 autant dépaysante que surréaliste. Et c’est ce qui en fait un Trésor Enfoui.
Malheureusement, qui dit « Trésor Enfoui » induit le fait que ce soit un anime difficile à se procurer. Il s’agit là d’un des rares animes diffusés dans le Club Dorothée à ne pas être disponible dans le commerce. Seule existe une VHS de 3 épisodes éditée en 1988 par AB Video, facilement trouvable sur les sites d’enchères ou d’occasions, mais c’est tout ; et évidemment, c’est très insuffisant. Aucune édition DVD ne semble prévue à ce jour ; à vrai dire, en France, le film live est le seul avatar de la série qu’il vous sera facile d’acquérir. Il en va de même pour la Z1, où aucune édition n’existe de la série de 1973. Reste une solution, mais si vous parlez le japonais.

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