Best of the Best

Pour affronter l’équipe Sud-Coréenne, la Fédération Américaine de Karaté organise un tournoi afin de sélectionner les 5 meilleurs combattants du pays. Mais il leur faudra plus que leur courage pour vaincre leurs redoutables adversaires.

Le film américain d’arts martiaux constitue-t-il un genre à part entière ? Et si oui, quelles sont ses caractéristiques ? Ayant atteint son apogée dans les années 80/90, il semble reposer sur plusieurs sagas, lesquelles sont composées d’un film ayant connu un succès suffisant pour que des producteurs, pas toujours fort scrupuleux, décident d’y adjoindre des suites, ne reprenant le plus souvent qu’un seul personnage et/ou acteur. Rarement les deux. Parmi ces sagas, il convient de citer bien évidemment Karate Kid, mais aussi Ninja Kick, Kickboxer, Bloodsport, Karate Tiger, ou encore Best of the Best.

Comme Karate Kid a provoqué un véritable engouement pour le genre et qu’il visait en premier lieu le public adolescent – lequel devait se retrouver dans le personnage un peu looser de Daniel – la plupart de ses représentants semblent destinés eux-aussi à de jeunes spectateurs. Le schéma type comprend l’entraînement du héros, une relation maître-élève profonde, une rivalité, et un tournoi. Pour autant, certains sortent de ce scénario caricatural, notamment Ninja Kick dont le premier volet ressemble plus à une version de Maman j’ai raté l’Avion avec 3 gamins adeptes des arts martiaux. Et il va sans dire que tous n’ont pas comme héros un adolescent.

Best of the Best – dont le premier opus a été distribué dans certains pays en tant que quatrième volet de Karate Tiger – se démarque donc de la concurrence en présentant non pas un mais cinq combattants, lesquels ont déjà atteint l’âge adulte depuis quelques temps et sont arrivés au sommet de leur discipline, du moins dans leur pays. Là où des titres comme Karate Kid ou Karate Tiger s’arrêtent à de petits tournois locaux, celui-ci propose une compétition officielle internationale.
Des choix qui doivent lui apporter ses propres spécificités.

Le scénario a été écrit par Phillip Rhee, qui assure aussi le rôle titre. Il possède un avantage de taille : tout comme JCVD – acteur culte du genre – ou Chuck Norris, il s’agit d’un véritable combattant, qui a suivi un entraînement aux arts martiaux bien avant de se lancer dans le cinéma. C’est loin d’être le cas pour tous les acteurs qui apparaissent dans ces films.
Phillip Rhee étant un novice – même s’il nous offre une prestation plus que correcte – la crédibilité du casting est apportée par Eric Roberts (le frère de Julia), qui a connu plusieurs succès cinématographiques dans les années 70/80. Il n’a aucune formation aux sports de combat, mais il donne suffisamment bien le change pour que cela ne se remarque pas. Par contre, si son regard froid et sa présence à l’écran font merveille lors des scènes de combats, il sur-joue à plusieurs reprises, en particulier lors de séquences dramatiques qui ne possèdent d’ailleurs pas un grand intérêt dans le scénario. Autant dire qu’à ces moments là, il devient rapidement ridicule.
Le casting compte aussi parmi ses rangs James Earl Jones, acteur à la filmographie impressionnante dont le plus grand apport au cinéma reste probablement d’avoir prêté sa voix à Darth Vador – puisqu’ils étaient 3 à donner vie au personnage – dans la mythique trilogie Star Wars. D’où l’intérêt de voir ce film en VO.

Moins de choses à raconter sur le reste de l’équipe, sinon que le dernier adversaire est interprêté par Simon Rhee, le frère de Phillip, cascadeur professionnel et lui-aussi véritable combattant. Les autres karatekas américains sont incarnés respectivement par Chris Penn – encore un « frère de », cette fois de Sean Penn – surtout connu pour ses rôles de vilain ou de balourd mais sans formation au combat, John Dye, dont il s’agit apparemment du rôle de sa vie (c’est dire), et David Agresta, pour sa seule incursion dans l’univers du cinéma. Et pour ajouter une touche (inutile) de féminité dans ce monde de brutes, la très blonde Sally Kirkland se retrouve incorporée au casting.

Rien de bien exceptionnel jusque-là, donc, si ce n’est une histoire un peu plus sérieuse que chez les autres films du genre. Parfois trop, d’ailleurs, puisque les problèmes liés au personnage incarné par Eric Roberts n’apportent pas grand chose à l’intrigue ; ceux du héros, par contre, possèdent un véritable intérêt, puisque amenant à une des fins les plus poignantes et mémorables du cinéma américain. Rien que ça.
Mais même sans cette fin remarquable, Best of the Best mérite parfaitement son nom car il s’agit sans doute du meilleur long-métrage américain consacré aux arts martiaux. Il tire sa force d’un scénario simple et efficace, et surtout d’une réalisation qui a assimilé les ficelles du genre, en comprend les mécanismes, et sait sur quels points s’appesantir pour contenter les spectateurs. Quitte à être ridicule, elle n’hésite pas un seul instant à abuser des effets de style et du decorum, comme en témoigne en particulier toutes les scènes d’entraînement des Coréens, entrecoupées avec celles des Américains, pendant lesquelles le public les voit recourir à des méthodes caricaturales, presque farfelues, potentiellement dangereuses, mais toujours impressionnantes : courir dans une montage enneigée, faire des séries de pompes sur les poings dans un temple, méditer sous une cascade, et autres joyeusetés du même acabit. Certains pourront ne pas supporter autant d’exagération, mais ceux qui se montreront réceptifs apprécieront sûrement.
Ce film bénéficie aussi du style typique des productions hollywoodiennes de la fin des années 80 – pour le meilleur ou pour le pire, selon les goûts – avec notamment plusieurs incursions de chansons pop.

Best of the Best donne une grande importance à l’entraînement, ainsi qu’à la naissance de l’esprit d’équipe des Américains malgré leurs personnalités respectives, mais le combat reste le maître mot. Il commence par un tournoi rapidement expédié mais avec quelques belles actions – Phillip Rhee nous prouve dès le départ ses qualités de combattant – comprend une bagarre dans un bar impressionnante et bien jouissive comme il faut, et s’achève comme de bien entendu par le tournoi contre la Corée du Sud, là encore avec avec quelques moments de qualité même si tous les participants ne sont pas mis en valeur de manière équitable ; la prestation de Chris Penn éclipse totalement celles de John Dye et de David Agresta, Eric Roberts a encore droit à une dose de drame peu utile, tandis que Phillip Rhee affronte son frère dans un duel particulièrement réussi, malgré les piètres talents d’acteur de ce-dernier. S’en suit un final magnifique, viril, et émouvant.

Dépassement de soi, amitié virile, courage, combats : si le genre existe, et s’il a des qualités, alors Best of the Best les possède toutes. Malgré un certain côté kitsh et un peu trop de drame par moment, il n’en demeure pas moins un film d’arts martiaux bourrin, passionnant, superbement réalisé, et agrémenté d’une fin exceptionnelle.

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