Guide de Références pour mieux comprendre 20th Century Boys

Qui ne connait pas 20th Century Boys ? Comptant parmi les succès manga de ces 10 dernières années, il nous parle – notamment – de Japonais profondément marqués, dans leurs enfances, par les grands classiques des années 60. Très franchement, il peut être abordé et apprécié sans rien savoir de la culture nippone de cette décennie ; mais comme nous la connaissons tout de même mal, je vous propose de revenir sur certaines de ces références.

Pourquoi utiliser un robot télécommandé ?
Le robot imaginé par Kenji et ses amis dans leur carnet de prédiction est-il piloté ou télécommandé ? Pour nous autres Européens, la question ne se poserait même pas : un robot géant a toujours un pilote. Pour un Japonais de plus de 50 ans, c’est tout-de-suite moins évident.
Quand on y pense, pourquoi parler de robots géants alors que, techniquement, ce ne sont certainement pas des robots au sens où nous l’entendons traditionnellement. Astro Boy est un robot. Mais une machine avec un pilote… Cela ressemble plus à une arme. Et en effet, les premiers robots géants n’avaient pas de pilote.
Né à la fois du succès des séries de SF de l’époque et de la passion naissante du public japonais pour le gigantisme (à la Godzilla), Tetsujin 28-go est le tout premier robot géant. Créé par Mitsuteru Yokoyama en 1956, ce robot aux proportions exceptionnelles est télécommandé à distance par un jeune garçon : Shotaro Kaneda ; tout se fait par l’intermédiaire d’une télécommande, dont la préservation devient dès lors un enjeu de taille. La série connait un immense succès d’abord en manga, puis en drama, et finalement en anime puisqu’il s’agit d’un des tout premiers à être télédiffusés. L’auteur n’en reste pas là et signe par la suite un autre grand succès : Giant Robo.
Le robot géant piloté, tel que nous le connaissons à l’heure actuelle, n’apparait qu’en 1972 sous le crayon de Go Nagai, sous les traits de Mazinger Z.
Vous comprendrez que pour des enfants des années 60 élevés au Tetsujin 28-go, un robot géant ne pouvait pas avoir de pilote ; la question ne se posait même pas. D’autant que le dessin du robot en question, dans le carnet de prédictions, ne laissait aucun doute quant à l’influence de Tetsujin 28-go sur celui-ci.

Qu’est qu’une bombe à anti-protons ?
En cas d’échec, Ami avait prévu de détruire le monde à l’aide d’une bombe à anti-protons. Une idée saugrenue au premier abord, mais parfaitement logique compte-tenu – là encore – de l’époque à laquelle ce projet a été imaginé.
Kenji et ses amis – mais aussi Ami et ses « disciples » – nous ont démontré que, même si leur carnet de prédictions se veut original, tout vient en réalité soit d’œuvres populaires de l’époque, soit de détails de leur environnement. Cette fameuse bombe ne fait pas exception.
Dans un sens, nous pouvons l’appeler « l’inévitable référence à Osamu Tezuka », puisque l’idée provient de sa série Wonder 3. Débutée en 1965, parallèlement en manga et anime, Wonder 3 narre les aventures de 3 extra-terrestres : Bokko, Pukko, et Nokko. Sous l’apparence respective d’une lapine, d’un canard, et d’un cheval, ils ont pour mission d’observer les êtres humains et de déterminer si, de par leur nature belliqueuse, ils représentent une menace pour les autres races de l’univers. Si tel est le cas, si à leurs yeux les Terriens ne méritent pas de vivre, ils doivent détruire la planète à l’aide de la fameuse bombe à anti-protons.
Nous saisissons bien le parallèle entre la série et la psychologie d’Ami : pour lui, si la population le rejette, alors elle n’a pas le droit de vivre et la Terre peut bien disparaître.

Qui est Yabuki Joe ?
Là, nous touchons probablement à une des références les plus connues, même pour ceux qui n’entendent rien aux séries des années 60. Il faut dire que le manga dont Joe Yabuki est le héros, Ashita no Joe, fait parti des œuvres majeures du manga japonais mais aussi de l’animation. L’impact auprès du public japonais de cette série – créée en 1968 par Tetsuya Chiba et Asao Takamori – ne possède que peu d’équivalents ; une anecdote bien connue souligne la démesure qui a entouré ce manga à son époque : aussi incroyable que cela puisse paraître, à la mort d’un des personnages principaux, de nombreux fans organisent spontanément un enterrement fictif.
Maintenant, savez-vous quel est le point commun entre Jojo’s Bizarre Adventure, Tengen Toppa Gurren Lagann, Bakuman, ou encore Kimengumi High School ? Ils font tous, à un moment, une allusion directe à Ashita no Joe. Pour moi, il s’agit certainement d’une des séries dont nous ressentons le plus l’influence dans les productions nippones, ce qui prouve encore une fois à quel point elle a pu marquer le public japonais. Encore plus fort : même Osamu Tezuka y fera référence dans son manga Triton ; c’est d’ailleurs son propre studio, Mushi Productions, qui réalisera le premier anime tiré du manga, sous la houlette du génial Osamu Dezaki.
Ashita no Joe raconte l’histoire de Joe Yabuki, gamin voyou mais débrouillard qui va trouver le salut au travers de la boxe. Dans 20th Century Boys, Kenji – qui se fait alors appelé Yabuki Joe – demande à quelqu’un de dire « relève-toi Joe » pour l’aider à se relever, car il s’agit de la phrase prononcée par le mentor de Joe, Danpei Tange, lorsque son poulain se trouve à terre et ne trouve plus le courage de se battre.

Quelle est cette pose bizarre que prennent les héros sur la couverture du premier tome ?
Sur cette illustration, les personnages imitent Ultraman, célèbre héros d’un tokusatsu (série live avec des effets spéciaux) qui fût diffusée au Japon entre 1966 et 1967, devenant là-bas un monument de la culture populaire.
Dans le futur, une force de police spéciale, équipée d’armes de haute technologie, est chargée de lutter contre les aliens et les monstres géants qui tentent d’envahir notre monde. Mais quand la situation devient désespérée, Shin Hayata se transforme en Ultraman grâce à sa Beta Capsule. La fameuse pose reprise ici correspond à celle qu’il prend lorsqu’il déclenche son Spacium Ray, son attaque la plus connue.

Et à part ça ?
Il y a certainement, dans ce manga, des références que je n’ai pas remarqué ; d’ailleurs, si vous en avez, n’hésitez pas à l’indiquer afin de mettre à jour ce billet. Preuve en est une allusion furtive à un autre classique de l’époque : Cyborg 009, manga (puis anime) créé en 1964 par Shotaro Ishinomori. L’histoire de 9 hommes et femme enlevés par une organisation terroriste puis transformés en cyborgs dotés de pouvoirs fabuleux ; après avoir échappé aux griffes de leurs ravisseurs, ils jurent de lutter contre l’organisation partout où ce sera nécessaire.
La référence en question nous prouve que l’auteur en a placé à de multiples endroits, et que les enfants ont décidément pris toutes les sources d’inspiration à leur disposition pour écrire leur fameux carnet. En l’occurrence, cela concerne les pistolets lasers décrits dans le carnet : le dessin correspond exactement à celui utilisé par 009, le héros du manga, et ses compagnons. Un détail.

Avant d’en terminer, impossible de ne pas revenir quelques instants sur les influences musicales de l’auteur et de ses personnages, avec quatre chansons cultes : celle qui a poussé Kenji à se lancer dans la musique, deux dont la fin dramatique de leurs artistes fait redouter aux rockeurs leur 27ème anniverse, et enfin celle dont est tiré le titre du manga.

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3 commentaires pour Guide de Références pour mieux comprendre 20th Century Boys

  1. Sirius dit :

    Très sympa ce petit guide. Ça permet de mieux cerner le petit univers de Kenji et ses amis durant leur enfance et c’était de loin pas évident.

    Je me souviens d’une scène où Otcho (autour de 1995-2000 je ne sais plus) tombe sur un Jump dans le présent, le feuillette et dis un truc du genre « tiens, Adachi a fini Touch? » (mais ce manga a quand-même été publié dix ans après les faits de 1970). Et surtout quand il attire son attention sur le petit signe au fond de chaque page du magazine qui nous apprend un peu comment il a inventé le dessin de la fameuse bannière.

    Bref, c’était juste une remarque qui me vient sur le moment. Vive 20th Century Boys ! (le manga car la chanson n’est pas à mon goût…)

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  2. Kenji Junior dit :

    Salut,
    Dans les références musicales, tu peux citer Marillion.
    Dans le tome 19 ou 20 Kenji écrit une chanson et dit quelque chose comme « Ce ne serait pas du Marillion? »
    Il me semble qu’il y a une autre référence à cet excellent groupe dans un des premiers tomes.

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  3. Mackie dit :

    la référence musicale ultime d’Urasawa dans 20th Century Boys, c’est surtout Bob Dylan, dont le mangaka est fan absolu. Un homme, une guitare, et une chanson qui va changer le monde : c’est une vision romantique et idéalisée qui renvoie directement aux années 60, lorsque le jeune Bob Dylan était le gourou de toute la génération des Beatniks puis des Hippies.

    On peut aussi évoquer Lennon, qui enregistrait « Give peace a chance » devant les caméras venues le filmer lors du « bed in » dans un hotel…

    L’histoire de Kenji enfant achetant une guitare classique (pensant qu’il va pouvoir reproduire le son d’une électrique), c’est une anecdote de la jeunesse d’Urasawa lui-même…

    Dans le manga, Kenji chante sa chanson en disant : c’est un mélange de Lennon et de Dylan. Puis la chanson est enregistrée sur cassette avec comme auteur-compositeur-interprète : Bob Lennon !

    J’ai lu quelque part qu’Urasawa a finalement rencontré Dylan, et que l’entretetien a été publié dans un magazine japonais…

    Dylan est lui-même fortement influencé par Woody Guthrie, chanteur folk militant et « working-class hero », qui avait collé sur sa guitare classique, un sticker indiquant : « cette machine tue les fascistes ».

    Une chanson peut-elle changer le monde? Urasawa y a cru, et le raconte dans son manga…

    à noter enfin que la chanson de « Bob Lennon » alias Kenji a vraiment été enregistrée, et que c’est Urasawa qui tient le rôle (et gratouille la guitare…) :

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