Twilight Q

Avec le recul, j’en viens vraiment à considérer le format OAV comme la plus grande révolution des années 80 en matière d’animation japonaise, notamment car il a permis de créer des titres très expérimentaux. Twilight Q s’inscrit clairement dans cet esprit.

A l’origine, Twilight Q est un projet lancé dans la seconde moitié des années 80, destiné à offrir un terrain d’expression à de jeunes réalisateurs talentueux. Mais, suite à de mauvaises ventes, seules deux OAV furent finalement produites, et commercialisées en 1987 : Reflection et File 538.
Ces deux OAV n’ont aucun rapport l’une avec l’autre, si ce n’est la présence de rares noms communs entre les équipes responsables ; parmi eux, le compositeur Kenji Kawai. Pour le reste, ces animes possèdent des styles radicalement différents, et ne se rejoignent vraiment que dans leur aspect fantastique ; le nom du projet, Twilight Q, se réfère à la série Twilight Zone (La 4ème Dimension), dont chaque épisode explorait une nouvelle facette du genre.
Ce que l’histoire retiendra de cette série, c’est avant tout la présence d’artistes brilants, parmi les plus importants de l’époque, et que leur réunion poussera certains d’entre eux à fonder le collectif HEADGEAR, qui devait ensuite se lancer dans la création de la célèbre licence Patlabor.

Reflection est la première des deux OAV. La réalisation a été confiée à Tomomi Mochizuki, alors célèbre pour avoir participé (souvent en temps que principal réalisateur) à quelques-uns des grands succès populaires des années 80, tels que Kimagure Orange Road (Max & Compagnie), Maison Ikkoku (Juliette je t’aime), et Magical Angel Creamy Mami (Creamy Merveille Creamy) ; pour l’occasion, il est entouré de deux de ses collaborateurs habituels, et futurs membres fondateurs de HEADGEAR : le scénariste Kazunori Ito et la chara designer Akemi Takada.
Alors qu’elle pratique la plongée sous-marine, Mayumi découvre un appareil photo accroché à un récif. Par curiosité, elle décide de faire développer la pellicule, laquelle ne contient qu’une seule photo, la montrant elle au bras d’un garçon qu’elle n’a jamais vu.
Ce que j’ai trouvé intéressant dans cet anime, c’est son atmosphère mystérieuse. Je ne saurais trop l’expliquer, mais elle m’apparait mélancolique, presque nostalgique, tandis que l’héroïne contemple cette photo, évoquant un souvenir qui ne s’est pas encore produit. Cela donne, étrangement, une première moitié à la fois simple et envoutante, très agréable à regarder, et parfaitement servie par une animation de qualité et l’excellent chara design de Akemi Takada. La seconde moitié, par contre, s’avère un peu moins digne d’éloge, peut-être plus brutale, avec une fin décevante. Reflection aurait pu être une bonne OAV d’ambiance, sur le thème de l’amour, mais son scénario constitue son maillon faible, ne donnant finalement qu’un titre agréable à regarder mais malheureusement anecdotique.
Ce que je retiendrai surtout de cet anime, c’est la présence de Akemi Takada, dont je suis un grand admirateur. Et certaines images sur la jaquette du DVD (voir ci-dessus) semblent indiquer qu’elle a produit, pour l’occasion, quelques illustrations dans la veine de ce qu’elle dessinait dans les années 80, donc du plus bel effet. Et j’aimerais bien trouver lesdites illustrations.

Sur le papier, File 538 donne beaucoup plus envie. Il faut dire que le scénario et la réalisation sont signés Mamoru Oshii, chez qui le format OAV ne peut représenter que le terrain de jeu idéal pour sa nature aussi géniale que fantasque.
Pendant un été brulant, tandis que les cas de disparitions d’avions en plein vol se multiplient, un détective privé accepte d’enquêter sur un étrange père et sa fille.
J’ai tantôt évoqué la possibilité de créer des animes fort expérimentaux grâce aux OAV, mais avec Mamoru Oshii, il faudrait presque le prendre au pied de la lettre. Là où le premier anime de Twilight Q paraissait simple et presque classique, il n’en va bien entendu pas de même avec File 538, qui toucherait presque à l’extrême inverse. Concrètement, il ne s’agit pas d’un anime facile à suivre ; le rythme est lent, l’animation inexistante sur de nombreux passages – lesquels ne sont marqués que le monologue du personnage principale – et le scénario bien particulier. Nous retrouvons les thèmes habituels de Mamoru Oshii, comme la mémoire, le souvenir, la réalité, et le rêve, ce qui donne une œuvre au final pas toujours facile à aborder. Après une entrée en matière spectaculaire et magnifique, l’ensemble plonge dans une ambiance plus sombre, plus sale, et plus étouffante, où le réalisateur s’amuse à perdre le spectateur. Et il y arrive (presque trop bien), peut-être plus à cause de sa lenteur excessive que grâce à son histoire. Cela donne naissance à quelque chose probablement plus proche de l’œuvre d’art que de l’anime dans le sens où nous l’entendons habituellement. Un titre intéressant, à condition de s’armer d’une certaine dose de patience.

En lui-même, le projet Twilight Q était ambitieux et attirant. Le résultat ne souffre pas de défauts rédhibitoires, et dispose même de largement assez de qualités pour mériter d’être vu au moins une fois. Mais cela n’ira hélas! pas plus loin. Reflection manque d’ambition mais se laisse suivre sans déplaisir, tandis que File 538 tend vers un objectif plus artistique, quitte à perdre le spectateur en chemin ; il y aurait dans cette série une logique autre que celle de laisser des artistes donner libre cours à leur imagination, nous pourrions dire que ses épisodes manquent cruellement de cohérence… Ne reste qu’une anecdote dans la grande histoire de l’animation.

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5 commentaires pour Twilight Q

  1. Guilhem dit :

    The Twilight Zone est le titre original de La Quatrième Dimension, et non d’Au-delà du Réel dont le titre original est The Outer Limits (si je me souviens bien…)

    Il faudra que je jette un coup d’oeil à cette OVA, tiens, histoire de pas mourir trop idiot…

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  2. Guilhem dit :

    Tiens, mes balises ont disparu…

    C’est pas grave, c’était une plaisanterie de toutes façons… ^^

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  3. Gemini dit :

    Tes « balises » ? Ô_o
    Bon, je corrige pour The Twilight Zone 😉

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  4. LORIDON dit Le vieux scaph' dit :

    Très bien le dessin avec le tuba

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  5. LORIDON dit Le vieux scaph' dit :

    Belle présentation

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