The Pro

Une fois n’est pas coutume : je me ferai violence et parlerai d’un comics non sorti en France. Après, je l’ai trouvé en boutique, et il mérite que je revienne dessus.

Je ne sais pas si vous avez remarqué – si vous lisez les grandes séries de comics, cela vous a forcément sauté aux yeux – mais anti-héros mis à part, tous les super-héros exercent dans le civil une profession extrêmement respectable, voire une profession dans laquelle ils sont amenés à venir en aide à leur prochain ; nous trouvons notamment de nombreux scientifiques, d’anciens militaires – du genre GI Joe bien propre sur lui qui défend le monde libre – des policiers, des archéologues tombés par hasard sur des reliques magiques, des pilotes d’essai soumis à des rayonnements extra-dimensionnels, et pour faire plus dans le détail, Daredevil est un avocat défendant gratuitement les justes causes, Thor officie comme infirmier, et nous avons même une garde côte en la personne de l’ancienne Captain Marvel aujourd’hui nommé Photon. Après, nous avons bien quelques métiers moins altruistes mais plus glamours – chef d’entreprise millionnaire ou acteur – mais rien de véritablement compromettant.
Pourquoi ? Je veux dire, qu’un scientifique soit victime de ses expériences, je peux le comprendre. Mais la plupart ont reçu leurs pouvoirs par hasard. Alors pourquoi uniquement des boy-scouts ? Entre eux et les super-vilains (qui sont généralement vilains avant même de recevoir leurs pouvoirs), il y a un monde. Un monde comblé par The Pro, péripatéticienne de son état.

Tout commence lorsque The Viewer, sorte de Uatu (que les amateurs de Marvel connaissent bien) adepte du voyeurisme, décide de prouver que chaque être humain possède en lui la capacité de devenir un héros ; pour cela, il donne des pouvoirs à une pauvre fille obligée de jouer les prostituées, en plus de son boulot dans la journée, pour pouvoir nourrir son gosse. L’entité extra-terrestre contacte ensuite la League of Honor, afin qu’elle prenne cette nouvelle héroïne sous son aile.
Pour elle comme pour ses futurs coéquipiers, la rencontre va être rude.

Comme vous pouvez le remarquer, The Pro est un comics qui ne se prend pas au sérieux. Outre le concept, certains éléments mettent la puce à l’oreille, à commencer par la section « critique » sur la couverture : là où nous pouvons lire habituellement des propos tels que « Best. Comics. Ever » – Wizard (ndlr : célèbre magazine américain consacré aux comics), ici nous pouvons admirer des appréciations d’autres auteurs qui en réalité se brocardent par critiques interposées. Second détail marquant, le trait de Amanda Conner, très cartoon, qui tend à un délire collant à la perfection aux parodies des héros de la Justice League of America que croisera notre personnage principal. Enfin, il y a le contenu, qui malgré ses relents d’héroïsme n’hésite pas à proposer quelque chose de bien graveleux, à l’image d’une super éjaculation qui va transpercer un avion. Il s’agit donc d’une œuvre assez sale, et particulièrement vulgaire, puisqu’il emprunte au langage fleurie de notre chère professionnelle.
Malgré le délire, il existe un fond de sérieux dans cette histoire. L’héroïne ne comprend pas les membres de la League of Honor, trop loin de son quotidien et de celui des petites gens ; comme elle le dit, si vraiment ils arrivaient à rendre le monde meilleur avec leurs simagrées, cela ferait longtemps qu’elle ne serait plus obligée de vendre son corps pour nourrir son fils. Ils ont beau avoir la tête de personnages de cartoons, ces héros lui paraissent ineptes, inutiles, et incapables de régler quoi que ce soit contrairement à ce que tous leurs beaux discours supposent.
Nous assistons là à une confrontation directe entre des super-héros révolus et la dure réalité. Avec du sexe en plus.

Cela ne vous rappelle rien ? The Boys bien sûr ! Aurais-je oublier de préciser que nous retrouvons ici Garth Ennis, scénariste ne supportant pas les super-héros et n’hésitant pas à le faire savoir ? C’est tout moi, ça… Évidemment, la déstructuration du mythe du super-héros orchestrée sur fond de sexe et de violence, cela ressemble un peu à du réchauffer, mais ce qu’il faut savoir, c’est qu’il a écrit The Pro 4 ans avant The Boys. Nous y retrouvons les mêmes bases, mais The Pro apparait finalement plus comme un prototype qu’autre chose, Garth Ennis poussant le concept beaucoup plus loin dans son œuvre la plus récente, et avec un ton général qui se veut plus sérieux même si restant dans le même registre.

Au final, je retiendrai de ce graphic novel son ton irrévérencieux, son délire, la super-héroïne la plus improbable de la galaxie, et une fin hélas! un peu décevante. Son message, lui, s’éclipse un peu, la faute à sa courte durée – il ne compte que 72 pages en tout et pour tout – et à The Boys, où Garth Ennis exploite plus en profondeur ses idées. Cela reste une curiosité, pour amateurs de comics, surtout grâce à son excellent personnage principal et à quelques scènes désopilantes.

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