Pink Lady !

J’aurais aussi pu vous parler de la Nouvelle Vague.  Sauf que non, j’ai décidé de consacrer ce billet aux « Pink Lady« .

Pour savoir ce que veut dire « Pink Lady« , il faut interroger le dictionnaire. Et là, nous trouvons 3 définitions :

1/ Variété de pommes rouges

2/ Bande de pouffes dans Grease

3/ Idoles japonaises des années 70

Je suis persuadé que vous vous demandez de quoi je vais parler, parmi ces 3 possibilités. Procédons par ordre et méthode :

– Les pommes, je n’ai rien contre. Mais Death Note, ce n’est pas mon truc.

Grease est un excellent film, par contre je n’ai jamais pu supporter « French Kiss » et sa bande.

– Ne reste plus que les idoles.

J’avoue : la véritable prouesse aurait été de ne pas succomber à la tentation de parler – encore une fois – d’un produit culturel « made in Japan », mais j’ai un faible pour le disco et les années 7o.

Comme la jaquette ci-dessus et cette vidéo vous le font comprendre, Pink Lady est un duo (un concept qui existe aussi chez nous). Mais là il s’agit du Japon, et dans ce pays de barbares, ils sont bien incapable de faire comme tout le monde… Mais là encore, je suppose que la vidéo vous a donné une bonne idée de l’ampleur du désastre.

Mie (Mitsuyo Nemoto) et Kie (Keiko Masuda) sont deux amies d’enfance nées dans la préfecture de Shizuoka. En Mars 1976, sous le nom de Pink Lady, elles se produisent dans un télé-crochet : Star Tanjô, l’équivalent japonais de la Nouvelle Star. Elles réapparaissent quelques mois plus tard, après un re-looking et avec des chansons « pop » entraînantes. Le succès ne se fait pas attendre. Les particularités de Pink Lady : un style qui évoluera vite vers le disco, musique particulièrement à la mode à l’époque, des chorégraphies plus au moins synchrones, et de jolis minois.
Avec elles apparait l’idole moderne.

Les chiffres sont là pour attester de leur succès assez phénoménale à la fin des années ’70 : 9 de leurs titres se hissent jusqu’à la première place des charts japonais, et parmi eux, 5 dépassent le million de singles vendus ! Une opération on ne peut plus rentable, vous en conviendrez.
Évidemment, leurs producteurs n’ont pas franchement cherché à limiter l’influence de leurs deux idoles à la musique, et les Pink Lady sont vite devenues de véritables publicités ambulantes : shampoing, ramen, leur effigie se voit collée à toute une gamme de produits dérivés. Et ça marche : il suffit qu’elles se retrouvent associées à une marque quelconque pour que ses ventes explosent.

En 1978, les Pink Lady franchissent l’Océan Pacifique pour effectuer leur premier concert à l’étranger, à Las Vegas. Dans la foulée, elles sortent leur premier film, leur premier single en langue anglaise (alors qu’elles sont incapables d’aligner 3 mots en anglais), et même leur propre anime : Pink Lady Monogatari – Eiko no Tenshitachi, produit par Toei Animation. Pour Mie et Kie, tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles.

Sauf que tout cela ne pouvait pas durer. En même temps, ce sont des idoles : ces bêtes-là tiennent rarement longtemps.
Le début de la fin sonne en 1978, lorsque le duo – ou plutôt leurs producteurs – refuse de se produire dans l’émission phare de la Saint-Sylvestre : Kohaku Uta Gassen. Au contraire, elles poussent le vice jusqu’à présenter un programme dédiée à leur propre gloire, sur une chaîne concurrente. Non seulement elles font un flop, mais elles deviennent bien entendu indésirables chez Kohaku Uta Gassen, qui a tout de même réalisé une audience 9 fois supérieure…

Avec leurs ventes qui commencent à baisser, le groupe décide d’aller voir aux USA si l’herbe y est plus verte (comme les Dollars). Elles sortent un album entièrement en langue anglaise – sans pour autant avoir amélioré leur maîtrise de ce dialecte de sauvages – dont un des titres, Kiss In The Dark (une reprise d’un standard des années ’60), se classe parmi le Top 40 des meilleures ventes de single. Hélas! leurs autres tentatives se soldent par de cuisants échecs.
Mais leurs producteurs ne se découragent pas, et créent l’émission Pink Lady and Jeff, où elles partagent la vedette avec le comédien Jeff Altman. Là, le trio d’animateurs enchaîne chansons et sketchs, mais cela s’avère difficile avec deux Japonaises dont le niveau en anglais reste décidément au ras des pâquerettes ; elles devaient apprendre par cœur des dialogues sans les comprendre, ce qui les épuisaient considérablement, sans compter qu’elles avaient interdiction de chanter en japonais.
Après 6 semaines de diffusion, Pink Lady and Jeff est déprogrammé, sans surprise, et reste aujourd’hui considéré comme une des pires émissions jamais diffusées aux Etats-Unis.

Entre le déclin de la musique disco et leur propre déchéance, la situation empire pour Pink Lady ; en 1981, le duo se sépare.

De nos jours, le groupe est considéré comme culte au Japon, et conserve aussi un véritable noyau de fans aux USA. Un statut qui pousse Mie et Kie à reformer régulièrement Pink Lady, le temps d’un album et de quelques concerts.

Chacune de leur côté, les deux idoles ont connu des carrières différentes, sans qu’aucune des deux ait jamais retrouvé le même succès qu’en duo.
Keiko n’a pas véritablement percé en solo, et ne réapparait que sporadiquement en compagnie de sa compère de toujours.
Mitsuyo, quant à elle, s’est trouvé de nouveaux compagnons de scène : le week-end, elle endosse son costume de dominatrice, se maquille à la truelle, et va chanter des génériques d’animes avec ses amis bizarres. Mais je vous laisse juger.

Jusqu’en 2007, les Pink Lady étaient le groupe féminin ayant vendu le plus d’albums au Japon (et ailleurs) ; leur record a été battu par les Morning Musume, qui reprennent régulièrement des chansons du légendaire duo. Deux d’entre elles, Ai Takahashi et Risa Niigaki, ont interprété Mie et Kie en 2008, dans un film retraçant leur vie.

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Un commentaire pour Pink Lady !

  1. Seywhat dit :

    « Et reste aujourd’hui considéré comme une des pires émissions jamais diffusées aux Etats-Unis ». Ahah la musique nippone est souvent difficilement exportable !

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