Shin Kaitei Gunkan

Dernièrement, j’ai fait plusieurs articles en vrac sur les animes, mais cela faisait quelques temps que je n’avais pas consacré un billet à un anime en particulier. Shin Kaitei Gunkan – aussi appelé Super Atragon dans sa version américaine – mérite vraiment un article entièrement consacré, tant cette œuvre m’a fait forte impression. Pourtant, je n’en avais jamais entendu parler avant, et seules ses similitudes avec Blue Submarine n°6 m’ont donné envie de le regarder.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, l’armée japonaise conçoit le Râ, un sous-marin révolutionnaire que son équipage décide de ne pas utiliser par peur de sa puissance. Confronté à un vaisseau similaire du côté américain, le Liberty, la bataille qui s’en suit détruit les deux bâtiments. Seuls arrivent à s’en sortir le second du Râ, et Annette, une mystérieuse jeune femme présente sur le navire japonais.
De nos jours, un cylindre noir gigantesque apparait en Antarctique. Son origine serait liée à celle du Râ.

Une fois n’est pas coutume, je vais commencer par dire quelques mots sur l’équipe responsable de ce projet, sorti en 1995 et comptant 2 OAV de 50 minutes chacune. En consultant les (très) rares sources d’information à son sujet – cet anime, malgré des qualités que je vous détaillerai ci-dessous, n’a apparemment pas laissé une grande trace dans l’histoire de l’animation japonaise – je me suis rendu compte qu’il avait été produit dans le même studio que Giant Robo, et avec plusieurs similitudes au niveau de ses concepteurs, comme si le projet avait été mené en parallèle de la célèbre série d’OAV. Il a été réalisé par Kazuyoshi Katayama, directeur de l’animation sur Giant Robo (et futur réalisateur de Big O), secondé par Mitsuo Fukuda, futur réalisateur de Mobile Suit Gundam Seed. Ayant travaillé sur les deux animes, nous retrouvons le compositeur Masamichi Amano, dont les musiques à connotation militaire s’accordent parfaitement à l’ambiance de Shin Kaitei Gunkan. De même que Makoto Kobayashi, l’excellent mecha designer, et ses vaisseaux à mi-chemin entre réalisme et fantastique. Ce n’est par contre pas le cas du chara designer, le célèbre Yoshikazu Yasuhiko (chara designer officiel des séries Mobile Suit Gundam de l’Universal Century), qui propose des personnages au style sobre, avec un léger côté oldschool séduisant.
Un casting de qualité, et j’ai trouvé que la technique suivait, avec en particulier une animation soignée. La mise en scène n’est pas à la hauteur de celle de Giant Robo – d’un autre côté, le réalisateur et le temps de production diffèrent – mais difficile de rivaliser sur ce plan.

Dans les faits, et sans revenir sur le plan purement technique (même s’il mérite des éloges), Shin Kaitei Gunkan c’est quoi ? J’aurais très envie, pour commencer, d’évoquer ses ressemblances avec Fushigi no Umi no Nadia : les deux animes se rejoignent par l’implication d’un sous-marin extrêmement performant, piloté par un héritier de Juzo Okita, et destiné à sauver le monde contre une menace dont il ignore tout ou presque. Bon, c’est un peu plus subtil que cela, mais dans les deux cas, nous pouvons tout-à-fait parler de la quête presque solitaire d’un mecha hors du commun et de son équipage. Cela implique bien évidemment son lot de confrontations, et de ce côté, le choix des mechas dévolus à leurs adversaires fait preuve d’originalité en s’éloignant des canons du genre ; j’ai tout particulièrement apprécié la Lentille Gravitationnelle, dont les spécificités apportent quelques scènes véritablement impressionnantes.
Le scénario de Shin Kaitei Gunkan est intelligent dans le sens où il mène le spectateur de surprise en surprise. Même si certains points sont cousus de fils blancs (notamment l’identité du capitaine du Râ), il développe des idées intéressantes et ne nous balance pas toutes les révélations en bloc à la figure, nous laissant le soin de démêler les tenants et aboutissants aux côtés du personnage principal.

J’avoue avoir un peu de mal à détailler ce qui m’a autant plu dans cet anime, qui rejoint la liste des meilleurs titres que j’ai pu voir depuis le début de l’année, et qui constitue certainement ma meilleure surprise récente vu que je n’avais jamais entendu parler de cet anime auparavant. J’ai été séduit par sa technique – qui s’exprime notamment à travers d’impressionnantes batailles – la qualité de son scénario, et finalement son ambiance générale sérieuse, qui propose des personnages crédibles et sait ne pas tomber dans l’exagération et le délire pour le délire. Ce n’est pas classe (quoique le mecha principal possède une sacrée allure) et impressionnant comme l’est Giant Robo, juste particulièrement soigné et doté d’une histoire intéressante, accrocheuse, et parfois surprenante ; suffisamment pour passer un excellent moment. Et puis, quand même, je tiens à signaler que le vaisseau principal, c’est quand même un cuirassé de classe Yamato en version sous-marin et doté d’une foreuse à l’avant ! Une foreuse, quoi !

Avant de refermer ce court billet qui ne rend absolument pas justice à ce superbe anime totalement méconnu (je suis le premier à le reconnaître), quelques explications complémentaires.
Quand on commence à avoir de la bouteille niveau anime, certains réflexes apparaissent. En l’occurrence, nous parlons de Shin Kaitei Gunkan, ce qui implique probablement un Kaitei Gankun premier du nom. J’ai donc fait quelques recherches.
A l’origine Kaitei Gankun (Atragon pour nos amis anglophones) est un film de Ishirô Honda, sorti en 1963. Lui-même adapte un light novel de Shunrô Oshikawa, Kaitei Okoku, illustré par Shigeru Komatsuzaki et publié en 1899 dans un magazine destiné aux jeunes lecteurs. L’histoire d’origine est fortement inspirée de l’œuvre de Jules Verne, ce qui pourrait expliquer les points communs avec Fushigi no Umi no Nadia, qui s’en réclame officiellement ; néanmoins, l’histoire dans ces deux versions semble ne posséder comme lien avec l’anime que la présence du sous-marin (et son design dans le cas du film), ainsi qu’une similitude au niveau des « méchants », mais cela ne va pas plus loin. Il faut toutefois rajouter qu’aussi bien le roman que le film ont connu un grand succès au Japon, mais aussi aux USA (d’où l’existence d’un titre anglais différent). J’essayerai peut-être de voir le film un jour, mais il ne semble pas avoir prodigieusement bien vieilli…

Entre nous, ce billet manque clairement de passion. Pour vous dire la vérité, je n’avais pas la moindre idée de comment aborder ma critique, donc je ne comptais pas écrire sur cet anime. Mais j’ai considéré que je devais en parler malgré tout. Il s’agit presque d’un devoir moral.
J’ai regardé Shin Kaitei Gunkan par le plus grand des hasards, et sans en avoir jamais entendu parler ; après coup, mes recherches m’ont permis de constater que peu de personnes le connaissent. Pourtant, il s’agit vraiment d’un anime exceptionnel. Il mérite d’être découvert par une nouvelle génération de spectateurs. Il mérite que nous en parlions. Alors j’en ai parlé, malgré tout, afin d’essayer de donner envie à d’autres de voir ce qu’il avait à proposer.
Si vous ne devez retenir qu’une seule chose de cet article, retenez ce court plaidoyer de ma part, et considérez-le comme ma volonté de faire partager une série injustement oubliée.

NB : Je viens de regarder Otaku no Video et de revoir Daicon IV, et j’ai pu m’apercevoir qu’en réalité, le vaisseau de Kaitei Gunkan apparaît à de nombreuses reprises, que ce soit sous forme de maquettes ou de références. Il possède donc une importance au Japon bien plus grande que je l’imaginais.

Cet article, publié dans Animes, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

5 commentaires pour Shin Kaitei Gunkan

  1. Tetho dit :

    Le Gôten, vértiable nom du Râ, apparait en fait dans pas mal d’œuvres (films, toku, animes…). Son apparition récente la plus remarquée (et remarquable) est dans Godzilla Final Wars, où il joue un rôle majeur dans l’intrigue. Plus généralement c’est un engin assez connu et souvent parodié/copié (le Kurogane dans SRT est un Gôten plus vrai que nature).

    Faudra que je vois ces OVA en tt cas.

    J'aime

  2. Guilhem dit :

    « Entre nous, ce billet manque clairement de passion. »
    Franchement, pas du tout :]

    Ou alors c’est parce que tu y parles de Giant Robo que je le sens passionné… =P

    J'aime

  3. Guillaume dit :

    Son apparition la plus remarquée et remarquable est plutot dans le film eponyme de HONDA datant de 1963. L’idée était alors de profiter du succes des films a effets speciaux (et de l’apport de la magic team de Tsuburaya prod) en mélangeant adroitement deux choses imparables à l’époque : le kaiju eiga et une novelisation d’aventure pulp shonen à la mode (kaitei okoku, je crois). Le résultat est un film pulp kitchouille de tres bonne facture. Et le monstre géant (un serpent de mer) sera réutilisé dans la série Godzilla, avant que la Atragon lui meme fasse une apparition remarquée dans le final opus de Godzilla, comme un des nombreux éléments distinctifs du kaiju eiga universe made in Toho / Honda / Tsuburaya.
    De maniere générale c’est une constante de la pop culture jap et son imagerie traverse les decennies comme une des grosses références.

    J'aime

  4. Ping : FFenril.info | L’Epitanime 2011 en 11 questions-réponses

  5. Ping : Sama Awards, ça m’a surpris | Les chroniques d'un newbie

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.