Compte-rendu de la Conférence de Shoji Kawamori à la MCJP

Parfois, dans la vie, il peut nous arriver des petits trucs sympa. Il y a deux ans, conférence de Go Nagai à la Japan Expo. L’année dernière, conférence de Shoji Kawamori à la MCJP.
En bon méchaphile, je n’aurais manqué ça pour rien au monde.

Shoji Kawamori est né le 2 Février 1960 à Toyama.
Alors qu’il est encore au lycée, il fréquente le Studio Nue avec son ami Haruhiko Sato – futur Haruhiko Mikimoto – tandis que le studio travaille sur la seconde série de Uchû Senkan Yamato ; de fil en aiguille, il a l’occasion de signer le mecha design d’un épisode de Uchû Kaizoku Captain Harlock (Albator 78). Suite à cette expérience, il décide de poursuivre sa carrière dans l’animation, et occupe le poste de mecha designer à plusieurs reprises, notamment sur Ulysse 31 alors qu’il poursuit ses études universitaires ; bien avant Basquash, un de ses derniers animes en date, il a déjà l’occasion de travailler avec une équipe française.
Il gagne une autre dimension avec Super Dimension Fortress Macross. Officiellement crédité comme mecha designer de la série, qui marque un nouveau tournant dans la série de mécha, il a de son propre aveux introduit le concept de « guerre réglée sans violence » ainsi qu’une idole, assurant qu’il prendrait ses responsabilités en cas d’échec. Depuis, il a créé plusieurs autres séries estampillées Macross, dont dernièrement Macross Frontier, anime pour lequel les producteurs lui ont spécifiquement demandé de remettre une idole, alors qu’il avait eu du mal à imposer l’idée à l’origine.
Devenu réalisateur et scénariste, nous lui devons notamment le célèbre Vision d’Escaflowne, mais aussi le très personnel Arjuna, ou encore Sousei no Aquarion et ses étranges « gattai ». En dehors de ses projets les plus personnels, il signe le mecha design du film Ghost in the Shell et de certains méchas de Patlabor pour Mamoru Oshii, introduit le concept des robots surfeurs dans Eureka seveN, et œuvre aussi – toujours en tant que mecha designer – sur Dangaioh et Blue Submarine n°6, pour ne citer que ces animes-là. Bref, il ne chôme pas, et son amour des séries de robotto en fait un des fers de lance du genre.
Dernièrement, nous le retrouvons comme superviseur de Basquash, anime qu’il est venu officiellement présenter au public français à l’occasion de sa conférence à la Maison de la Culture du Japon à Paris, le 4 Juillet dernier. Ce jour-là, je quitte la Japan Expo pour rejoindre la MCJP en début de soirée, où je retrouve Ben Becker (que je ne reconnais pas sur le coup car il ne ressemble pas assez à son personnage fétiche) et rencontre Hikaru-san.
Comme pour le film Eureka seveN la veille, la projection de Basquash devait se dérouler comme suit : une présentation de l’anime par l’invité, la projection – en l’occurrence des 2 premiers épisodes – puis une séance de question/réponse.

Bon, j’avais prévu de faire une vidéo de la conférence… A la place, vous avez droit à un fichier audio.

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Je suis navré, la qualité sonore n’est pas au rendez-vous… Et pour ne rien arranger, il manque la suite, qui comprend à la fois les questions du public, mais aussi une interview d’un membre de l’équipe française par Shoji Kawamori lui-même.

A partir de maintenant, je vais devoir m’appuyer sur mes souvenirs. Et cela fait depuis Juillet dernier que j’aurais dû écrire cet article, donc les souvenirs en question laissent un peu à désirer.
Je vais passer rapidement sur l’intervention du Français : Bertrand Piocelle. Elle ne fût pas inintéressante, car il nous expliqua que l’équipe française avait fourni un important travail en amont, bien avant le début de la production des épisodes, et souvent sur des points de détail. Si lui avait quitté les locaux japonais pour revenir au pays, c’est tout simplement que son travail était terminé ; le travail en question avait consisté essentiellement à l’élaboration graphique de la série, en particulier la création de la typographie bien particulière de Basquash. Un détail, vous dis-je, mais qui indique le degré de minutie des créateurs de cet anime, minutie qui a d’ailleurs favorablement étonné Shoji Kawamori, plus habitué aux cadences infernales auxquelles s’astreignent les animateurs nippons.

Concernant les questions du public, vous comprendrez que je ne revienne que sur les points qui m’ont marqué, puisque mes souvenirs les concernant sont plus vivaces.
Je n’ai évidemment pas pu m’empêcher de poser moi-même une question. La veille, j’avais demandé au réalisateur du film Eureka seveN pourquoi les caleçons dans les animes étaient systématiquement blanc à rayures bleues, ce qui prouve que je n’ai pas peur de poser les questions qui dérangent. A la base, j’avais prévu de lui demander pourquoi le réalisateur de Basquash, Shin Itagaki, avait été évincé de la série, juste pour voir comment il réagirait à cette question (puisqu’il était de notoriété publique que le principal sponsor de la série n’avait pas apprécié sa façon d’oublier de mettre en valeur leurs produits) ; malheureusement, quelqu’un me devança, et Shoji Kawamori de répondre qu’il y avait eu une divergence d’opinion avec le réalisateur, provoquant son départ (une réponse aussi polie que japonaise).
Ma question portait sur son amour pour les idoles. Plus exactement, je lui ai demandé si celles de Basquash, qui cette fois sont aussi pilotes de méchas, constituaient une évolution logique de son utilisation d’idoles dans ses animes. Il a répondu que plus qu’une évolution, cela l’intéressait tout simplement d’en faire aussi des pilotes ; mais il avait déjà créer un personnage à la fois chanteur et pilote, il y a de nombreuses années : Basara, dans la série Macross 7.

La partie m’ayant le plus impressionné concerne sa série Chikyû Shôjo Arjuna. L’anime lui-même ne fait pas partie de mes favoris (loin s’en faut), mais je dois bien avouer que son contenu écologiste extrême interpèle quant aux intentions de son créateur, d’où l’intérêt d’en apprendre plus à son sujet. Cela ne manque heureusement pas, et un des trop rares spectateurs demande à Shoji Kawamori quelles sont les origines de la série. Il nous explique qu’après avoir travaillé sur Vision d’Escaflowne, il était surmené et a sombré dans la dépression. C’est à partir de ce moment qu’il a commencé à s’intéresser à l’écologie, et découvert des formes de médecines alternatives surprenantes ; il nous raconte une anecdote, selon laquelle il a rencontré un vieux médecin indien qui, rien qu’en le touchant, a réussi à dire ce qu’il avait mangé dernièrement (probablement du riz…). Il a ainsi pris conscience de l’importance de la qualité de la nourriture que nous ingérons. Tout cela l’a conduit à réaliser Chikyû Shôjo Arjuna ; et aussi extrême que sa vision des choses puisse paraître dans cet anime, pour l’avoir vu en parler avec un enthousiasme fou – signe qu’il possède une importance toute particulière pour lui – je pense pouvoir affirmer qu’il croit profondément à toutes les thèses qu’il y défend. Franchement, il avait même l’air un peu dérangé en parlant d’écologie et – excusez du terme – de charlatanisme, mais j’ai une tante suisse qui y croit aussi, alors j’ai l’habitude. Et puis, si ça lui fait du bien, pourquoi pas…

Voilà. Après d’autres questions portant sur divers sujets, en particulier sur Basquash – dont les mensurations des personnages féminins étonnent le public qui n’avait pas déjà vu ces épisodes – la soirée s’achève. Nous voyons Shoji Kawamori sortir rapidement de la salle, comme s’il fuyait quelque chose. Autant dire que nous pensions que pour lui demander une dédicace, c’était mort ; mais c’était sous-estimer la sympathie de cet artiste, qui en réalité nous attendait dehors de pied ferme, un feutre noir à la main.
Il semblait y avoir peu de connaisseurs de son travail dans la salle, hormis quelques inconditionnels de Macross au deuxième rang et votre serviteur. Dans l’ensemble, peu de personnes ont assisté à cette soirée, et dans le lot, nous pouvions compter plusieurs membres de la famille de Bertrand Piocelle ; je trouve cela un peu dommage, puisqu’il est rare de voir un artiste possédant une carrière aussi riche que celle de Kawamori en France, mais d’un autre côté, cela donnait lieu à une ambiance plus conviviale, le réalisateur était accessible, et nous avons pu discuter avec Bertrand après la conférence. Je ne regrette absolument pas de m’être déplacé, mais reste surpris par le peu de monde présent, d’autant plus que pour le film Eureka seveN le jour précédent, beaucoup plus de personnes avaient fait le déplacement ; mais de mémoire, nous n’étions que trois à être venu à ces deux soirées (Sbebiwan, ma sœur, et moi).
En tout cas, si la MCJP réitère l’expérience, je ferai tout pour être présent, car j’ai vraiment apprécié l’initiative.

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3 commentaires pour Compte-rendu de la Conférence de Shoji Kawamori à la MCJP

  1. Guilhem dit :

    Coïncidence ? J’ai justement écris hier un billet sur le livre « Kawamori Shoji Design Works » publié en mars 2006 – vu que mon planning de publication est assez chargé jusque-là, il ne paraîtra néanmoins que le 6 juin…

    Il y a un moment que l’idée me trotte dans la tête mais vu que je suis toujours overbooké, j’oublie jusqu’à ce que je m’en souvienne, puis j’oublie sous les impératifs du boulot, etc. Bref, ça te dit un échange de lien entre nos 2 blogs ? Parce qu’on a quand même pas mal d’intérêts en commun j’ai l’impression – ou plutôt j’en suis sûr ;]

    Et un grand merci pour ce billet comme d’habitude très informatif

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  2. Guilhem dit :

    Le Dino Bleu, s’il te plaît

    Et merci de ta confiance… :]

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