Ma Vie avec Tonkam

Dans la lignée de mon article sur Dorothée, en voici un sur l’éditeur Tonkam. Ou plus exactement, j’ai repris le titre d’un précédent article pour parler de Tonkam.

Je passerai rapidement sur l’historique de la société, car il ne s’agit pas du sujet qui m’intéresse. Pour bien saisir la suite de cet article, il suffit de savoir que l’éditeur fût un des pionniers du marché du manga en France, puisque créé en 1994 en partenariat avec la librairie parisienne éponyme. Dès ses débuts, il s’est distingué en proposant des auteurs nouveaux, à la différence de ses concurrents d’alors qui privilégiaient les versions papier des succès du Club Dorothée et de la déjà défunte Cinq.

Pendant longtemps, Tonkam n’a pas été un éditeur comme les autres.
J’ai plongé dans cet univers à la fin des années 90, sous l’impulsion du retour des animes à la télévision. Découvrant par hasard les manga en librairie, j’en devenais vite friand. Comme mon collège (puis lycée) se trouvait à proximité d’une grande librairie et d’une FNAC, je profitais de mon temps libre pour aller tranquillement bouquiner – parfois acheter – les publications de Glénat, Kana, Pika, Generation Comics (l’actuel Panini Comics), Akata/Delcourt, ou J’ai Lu. Vous remarquerez qu’il manque Tonkam. Et pour cause : leurs pourtant nombreux manga ne s’y trouvaient pas !

Je ne sais plus à quel époque j’ai découvert l’existence de cet éditeur. Internet n’était pas encore démocratisé, aucun de mes proches ne s’intéressait (même de loin) aux manga, donc je suppose que j’aurais vu leur publicité dans un magazine spécialisé de l’époque. Car la particularité de Tonkam venait alors de sa distribution : pour acheter leurs titres, il fallait passer par des boutiques spécialisées – il n’y en avait pas à moins de 100km de chez moi – ou par la vente par correspondance ; les publicités susnommées consistaient en des bons de commande à renvoyer à l’éditeur.

Nous avions une dualité : autant il n’était pas aisé d’acquérir leurs produits, autant leur catalogue faisait rêver, avec des titres comme X, Angel Sanctuary, Fushigi Yugi, Cats Eye, Family Compo, et tant d’autres.
En 2003, j’arrivais enfin à convaincre mes parents de recourir pour la première fois à l’achat par internet pour acheter tous les volumes de X. C’est quelques mois plus tard, dans une boutique de Nice, que je trouvais leurs manga en rayon pour la première fois. Plus tard, l’éditeur a changé son système de distribution, et le trouver dans de grandes enseignes ne présente aujourd’hui plus aucune difficulté ; je pense même que cette histoire peut surprendre ceux qui n’ont pas connu cette époque où Tonkam donnait au marché du manga une certaine image « underground ». Aujourd’hui, il dépend de la société Delcourt et tout a bien changé.

Si j’en parle, c’est car Tonkam va mal : après une année 2009 catastrophique – -24% de chiffre d’affaire malgré un marché du manga en France croissant – l’éditeur a décidé de fermer l’historique boutique Tonkam, à peine rentable. Si à la différence de quelques passionnés cela ne me touche guère, n’y étant jamais allé, j’en viens surtout à m’inquiéter de la santé à plus ou moins long terme de l’entreprise, bien qu’elle soit dans le giron de Delcourt.
Ce que je vois de Tonkam aujourd’hui m’inquiète : il ne possède plus de grande licence inédite, et la majeure partie de ses nouvelles publications consiste en des rééditions plus luxueuses de ses anciens succès. Leur titre le plus vendeur à l’heure actuelle, Vagabond, vient de s’achever au Japon, et il ne reste que deux volumes à sortir. C’est bien simple : je ne suis plus qu’une seule série chez eux, et le dernier volume date d’il y a 6 ans ; il s’agit bien entendu de X. Parmi les nouvelles licences, je n’attends que Royal Doll Orchestra et Aishite Night, tout le reste me laisse de glace. Néanmoins, certains de leurs titres plus anciens m’intéressent encore, même si j’ai pris la plupart de ceux que je souhaitais ; car des manga de Tonkam, j’en possède tout de même très exactement 200.

Une fermeture de ce grand éditeur me ferait mal, alors soutenez Tonkam, complétez les séries vous manquant. Car un jour, il sera peut-être trop tard.

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6 commentaires pour Ma Vie avec Tonkam

  1. meganekun dit :

    Tonkam était sans nul doute un précurseur dans le domaine du manga en france. Ils ont apporté Video Girl Aï et Shin Angel alors que Glénat et J’ai Lu s’assuraient des succès faciles en sortant des séries déjà connues par le truchement de leurs adaptations TV.
    Ils ont également été les premiers à sortir du shoujo de grande qualité avec X, Please Save My Earth (sommet du genre!) et, dans une moindre mesure, Ayashi No Ceres et Fushigi Yugi.
    Pareil pour le yaoi avec les cinq tomes de Zetsuai qui ne paraissait pas un choix très ‘vendeur’ à l’époque où personne ne savait trop quoi faire de ces mangas homosexuels pour filles.

    Mais ça fait maintenant bien longtemps que Tonkam a perdu cette image de défricheur. Leurs séries sont devenues de plus en plus médiocres tandis que les maisons d’édition plus grosses achetaient de nombreuses licences parfois plus risquées (on se souvient du flop des premiers Tezuka sortis par Glénat pour ne citer qu’un seul exemple) mais souvent de grande qualité.

    J’imagine que Tonkam ne pouvait pas rivaliser avec la plupart d’entre elles et dut se contenter des miettes. Et il me semble que plusieurs personnes en charge des choix éditoriaux s’est retrouvé chez Delcourt lors du lancement de la branche Akata. Qui se mit à publier d’excellentes séries et imposa la maison comme un incontournable du secteur.

    C’est bien triste mais, pour moi, Tonkam est mort depuis longtemps. Il est bien loin le temps où il fallait aller en boutique spécialisée pour découvrir des séries inconnues du ‘grand public’. Qu’il faisait bon être otaku à l’époque!

    Meganekun, nostalgique.

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  2. Gemini dit :

    Je te trouve bien dur, car l’éditeur a lancé quelques titres encore osés ces 10 dernières années, comme Angel Sanctuary ou Hikaru no Go, dont le contenu risquait de déstabiliser les lecteurs. Mais j’avoue que dans leurs publications actuelles, plus rien ne me tentent vraiment…

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  3. meganekun dit :

    Je n’ai accroché ni sur l’un ni sur l’autre à l’époque… Et puis ça commence à faire un moment aussi, non?
    Après, je t’avoue que je ne suis plus trop l’actualité du manga en France maintenant que j’ai accès aux versions originales. Ca a pris du temps mais ça me coûte beaucoup moins cher aussi!

    Meganekun, book-off addict.

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  4. Méta dit :

    Tonkam a encore quelques bons titres qui marchent comme Vagabond, Rosario + Vampire, Hellsing, Gantz pour ne citer qu’eux mais la maison d’édition a du mal à trouver des nouveautés séduisantes. Ils ne sont pas les seuls d’ailleurs (je pense à Kana aussi).

    C’est dommage en effet car leurs éditions sont souvent bonnes. Il manque un deuxième gros titre, qui dure bien longtemps pour les faire repartir 🙂

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  5. meganekun dit :

    Pourtant c’est pas les bons titres non-traduits qui manquent!

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  6. Gemini dit :

    Ce que j’ai remarqué lors de ma rédaction pour Alice au Pays des Shôjo d’un article sur l’histoire du genre, c’est que les titres les plus ambitieux sortis en France l’ont presque tous été il y a une dizaine d’années, tels que Angel Sanctuary (Tonkam), Basara, Please Save My Earth (Tonkam), ou encore Banana Fish. Des séries longues, sortant des canons du genre, mais qui ont su trouver leur public et réaliser de bonnes voire d’excellentes ventes.
    Depuis ? Les éditeurs ont changé de politique : ils ne se basent plus sur les chiffres de ventes japonais pour choisir leurs manga, mais considèrent ce qui pourrait marcher. A savoir, dans le cas des shôjo, les romances et les comédies, de préférence en milieu scolaire ; restent les autres titres des mangaka ayant déjà connu le succès, en particulier Kaori Yuki…
    Tonkam n’échappe pas à cette règle, d’autant plus depuis le départ d’un de ses fondateurs historiques. Le passé a pourtant prouvé que le public francophone était réceptif à des titres « différents », mais peut-être qu’avec l’explosion du nombre de publications, ceux-ci n’auraient plus vraiment l’opportunité de se faire connaître…

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