La Mélodie du Ciel

Ceux qui ne s’intéressent pas à l’actualité ont probablement raté le principal sujet de discussions enflammées des amateurs d’animation japonaise, lors de cette saison d’Hiver : So.Ra.No.Wo.To. Alias La Mélodie du Ciel pour sa version française, puisque la série a été proposée en simulcast par Kaze.
Il faut dire que cet anime avait tout pour faire parler de lui.

Plusieurs raisons ont fait que, avant même le début de la saison d’Hiver, La Mélodie du Ciel était très attendu de nombreux spectateurs. La première de ces raisons : les ambitions affichées autour de ce projet. En effet, cet anime est le premier à bénéficier de la nouvelle case horaire créée en partenariat entre A-1 Pictures, TV Tokyo, et Aniplex : Anime no Chikara. Leur but consiste à créer des animes originaux (dans le sens où il ne s’agit pas d’adaptation), volonté qui a tout de suite été interprétée comme un soucis de « sauver l’animation » avec des titres ambitieux. Comprenez par là des titres qui s’extirperaient de l’actuel mouvance « moe » et proposeraient des histoires élaborées.
Et les premiers échos de ce projet donnaient espoir aux fans les plus exigeants, notamment les premiers designs signés Mel Kishida, et l’utilisation comme décor d’une ville espagnole classée au Patrimoine Mondiale de l’UNESCO.
Malheureusement, quand ces mêmes fans ont vu que le chara design ressemblait à celui de K-On (archétype moe comme beaucoup d’entre eux détestent), que les personnages faisaient dans la caricature, et que l’histoire s’orientait vers la tranche de vie, ils ont crié au scandale, et copieusement dénigré la série, ce qui explique qu’il en fût énormément question sur les blogs, forums, et chat/chan, chacun s’obligeant à donner son avis.
Pour ma part, si je considère que l’Anime no Chikara ne tient pas ses promesses – encore faut-il que nous les ayons correctement comprises – j’ai adoré La Mélodie du Ciel, malgré son côté perfectible.

Kanata vient de rejoindre l’armée, alors que l’armistice a été signée peu de temps auparavant. La voilà affectée à la forteresse de Seize, ville située à la frontière d’Helvétia où est stationnée l’Unité 1121.
Inutile d’en savoir plus pour commencer. Le premier épisode commence à développer l’environnement, et nous montre un pays – Helvétia – ravagée par la guerre, à l’architecture proche de celle de la vieille Europe, où tout est écrit en français. Kanata découvre Seize, puis les autres membres de son unité : Filicia, commandante et figure maternelle du groupe, Rio, la sempai de Kanata (qui comme elle souhaite devenir clairon), Noël, la géniale et taciturne mécanicienne, et enfin Kuréha, la boule d’énergie et de mauvais caractère sur patte. La forteresse consiste en de vieux bâtiments qui jadis auraient abrité une école, et la seule preuve tangible de son statut de base militaire – outre le fait que ses habitantes portent des uniformes militaires – tient en la présence d’un tank en pièces détachées dans un hangar.
Dès le départ, La Mélodie du Ciel donne une impression étrange, entre l’âge de ses soldats – Noël, Kuréha, et Kanata ont des allures de collégiennes – et une désinvolture qui rapproche plus ses héroïnes d’insouciantes jeunes femmes/adolescentes que de combattantes.

Je crois que pour vraiment apprécier cet anime, il ne faut pas le voir sur sa globalité, mais considérer chaque partie séparément. Non pas qu’il soit mauvais dans son ensemble, bien au contraire, mais mieux vaut ne jamais savoir vers quoi il va nous entraîner. Une de ses forces, finalement, consiste à entretenir le suspens d’un épisode à l’autre, utilisant pour cela des préviews ne donnant aucun indice sur les suites de la série ; le spectateur ne sait jamais ce qu’il va découvrir, si l’anime va continuer dans sa lancée ou si un scénario plus complexe va se mettre en place.
Car finalement, le problème, c’est que de nombreux spectateurs attendaient une histoire approfondie, vu la diffusion dans Anime no Chikara ; et de voir les héroïnes de K-On boire du thé à côté d’un tank inutilisable (pour résumer), cela les a un peu décontenancé…
Dans ses premiers épisodes, La Mélodie du Ciel propose en réalité une ambiance plus proche de la tranche de vie, voire de l’excellent Ailes Grises (Haibane Renmei). Nous suivons le quotidien des personnages dans un univers très élaboré, avec un passé complexe dont le spectateur doit progressivement démêler les secrets afin de mieux le comprendre. Pour utiliser un langage pseudo-intello, il s’agit d’un anime contemplatif, qui semble ne pas avoir d’autre but de nous plonger dans un environnement reposant et mystérieux, avec ses légendes et son histoire. Malgré tout, un scénario arrive à s’imposer sur la fin de la série, reprenant pour cela nombre de détails évoqués jusque-là.
Pour autant, je ne dirai certainement pas que le début ne consiste qu’en du remplissage, dans la mesure où j’ai pris beaucoup de plaisir à suivre les aventures de Kanata, à découvrir la richesse graphique – nous sentons qu’un gros travail a été effectué sur les décors – et le patrimoine de Helvétia, et à profiter de tout ce qui peut faire l’intérêt d’une tranche de vie.

Mais j’ai mentionné en tout début de l’article que cette série était perfectible, et je me dois d’expliquer. Je ne me plaindrai pas de son manque de scénario – même s’il existe et se cantonne à la dernière partie de la série – tout simplement car cela fait partie de son identité ; si cela ne correspond pas à ce que nous pouvions attendre de sa case horaire, je pense que cela vient soit d’une mauvaise communication de TV Tokyo/Aniplex/A-1 Pictures soit des spectateurs qui ont fait des plans sur la comète.
Non, je me plains plus du fait qu’elle possède une écriture un peu bâtarde. Tant que cela reste dans le contemplatif et que nous en oublions la possibilité même d’un scénario, aucun problème ; si, ensuite, un scénario arrive mais se retrouve cette fois entrecoupé de deux épisodes qui n’ont aucun intérêt, ni pour l’histoire, ni par leurs qualités propres (à l’inverse du début de l’anime), et que cela se termine brutalement, je suis moins d’accord. Car il faut le dire : il y a 2 épisodes inutiles (et tout simplement mauvais), pour une série qui en compte seulement 12 !!!
Pour moi, il existe vraiment une faille dans l’écriture.
Et c’est d’autant plus dommage que cet anime est capable de prouesses. Vraiment. Je trouve certains passages d’une très grande beauté. J’ai été ému, transporté par La Mélodie du Ciel ; je pense même pouvoir affirmé que j’ai reçu des baffes, notamment par les révélations qui ponctuent la série (même si celles-ci ne sont pas toujours très bien amenées). Les personnages, caricaturaux de prime abord, peuvent gagner une profondeur incroyable en quelques instants, en particulier Filicia et Noël, qui m’ont particulièrement touché.

J’avoue : un anime qui commence sur la tranche de vie et se termine sur un scénario, cela surprend. Les deux se marient mal, et cela donnera l’impression aux spectateurs les plus difficiles que les épisodes dans l’intimité des personnages font office de remplissage, alors qu’ils servent le propos. Et j’avoue aussi que La Mélodie du Ciel possède des défauts : une mauvaise gestion de l’histoire menant à 2 épisodes de rebuts, une dernière minute exagérée, et un ambiance parfois trop naïve pour un anime censé se dérouler dans un milieu militaire.
Mais au-delà de ces problèmes, j’ai trouvé à cet anime de très grandes qualités : un univers somptueux aux décors travaillés, beaucoup de bonne humeur (qui sait aussi laisser place à des moments véritablement dramatiques), une musique magnifique, quelques passages marquants, et pour finir un scénario qui, s’il n’a pas de véritable utilité, permet de fouiller le passé de certains protagonistes. Ce que je retiens surtout, c’est que quelque soit le style arboré par cet anime – à l’exception des 2 épisodes susnommés – j’ai toujours pris du plaisir à le regarder, je l’ai suivi avec attention et le résultat final, dans son ensemble, ne me déçoit absolument pas. Je comprends que ceux qui voyaient en Anime no Chikara un pourvoyeur de séries ambitieuses aient pu se sentir trahis, mais pris comme un titre reposant et sans prétention, La Mélodie du Ciel est un véritable bonheur.

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