Cinéma de Quartier (9) : Cinéma Soviétique et Blaxploitation

Ouais, le titre est bizarre. Mais je vous inspire à jeter un coup d’oeil quand même, il n’y a que de la bonne came dans cet article.

Bronenosets Potyomkin (1925)
Pendant la Révolution Russe de 1905, les marins du cuirassé Potemkine se languissent de pouvoir prendre part au combat, aux côtés de leurs frères ouvriers. Lorsque le commandant s’en prend à l’équipage car celui-ci refuse de manger de la viande avariée, les marins se mutinent.
Le Cuirassé Potemkine s’inscrit dans une rétrospective sur la Révolution de 1905, commandée par le gouvernement soviétique de l’époque. Et ce qu’il faut bien reconnaître à son réalisateur, le grand Sergei Eisenstein, c’est qu’il sait aussi bien filmer que faire de la propagande, puisqu’il s’agit du but avoué de ce long-métrage. Les deux se mêlent pour un résultat vraiment réussi : c’est parce qu’elles nous montrent la fougue d’hommes résolus à conquérir leur liberté que certaines scènes gagnent une puissance prodigieuses, tandis que d’autres scènes choquent en nous dépeignant l’horreur de la répression exercée par le régime tsariste. Les thèmes se prêtent à la création de moments épiques et forcément d’anthologie, comme lorsqu’un marin appelle ses camarades à la révolte.
Mais le passage le plus fort, et probablement l’un des plus connus du cinéma russe, reste l’affrontement des habitants d’Odessa et des soldats du Tsar, à force d’innombrables morts et de femmes en pleurs, sur l’escalier Richelieu, aujourd’hui rebaptisé escalier Potemkine. De nombreux films font référence à cette séquence mythique, dont The Untouchables (Les Incorruptibles) de Brian de Palma.
En bonne œuvre de propagande, Le Cuirassé Potemkine s’en prend de manière à peine déguisée au Tsar, aux Cosaques, aux riches, et aux contre-révolutionnaires, tandis qu’il magnifie les pauvres, les ouvriers, les sans-grades, et les révolutionnaires, d’une façon qui peut difficilement être prise au sérieux, mais qui permet au réalisateur de créer des scènes aussi grandiloquentes que soignées, parfois même audacieuses. J’aime cette époque du cinéma où presque tout restait encore à inventer, et où les réalisateurs n’hésitaient pas à expérimenter de nouvelles façons de filmer, même si la qualité n’était pas toujours au rendez-vous ; ce qui n’est pas le cas ici, bien au contraire.
Lors de l’Exposition Universelle de 1958, Le Cuirassé Potemkine a été sacré meilleur film jamais tourné.

Coffy (1973)
Coffy a travaillé dur pour devenir infirmière, et offrir à sa petite sœur un avenir. Quand elle découvre qu’elle utilise son argent pour acheter de la drogue, elle décide de se venger de ceux qui l’ont poussé à la toxicomanie.
En tant qu’amateur de cinéma, je suis un touche-à-tout. Et parmi les genres que j’apprécie, il y a la Blaxploitation, un mouvement né au début des années 70 après le succès de Sweet Sweetback’s Baadasssss Song. Sans être un manifeste de la culture noir, ce cinéma compte bien donner aux acteurs afro-américains des rôles bien plus valorisants que ceux proposés traditionnellement par Hollywood : ils incarnent désormais des personnages badass, puissants, mais vertueux, en lutte constante contre des méchants blancs mais aussi quelques méchants noirs. Ces productions accumulent les poncifs et les stéréotypes et se déroulent principalement dans un monde fait de ghettos, drogues, putes, flingues, macs, ripoux, et musique funky. La plupart datent des années 70, ce qui contribue à apporter au genre une identité visuelle bien particulière.
Coffy la Panthère Noire de Harlem, un des plus grands succès de la Blaxploitation, casse évidemment certains codes de base, puisque point ici de super mecs virils en bois d’ébène, mais une héroïne pleine de charme et de colère, sachant manier aussi bien les armes que sa féminité. Elle aura plus de remords après avoir dézingué un dealer ou un mac, mais elle ne risque pas de s’arrêter pour autant.
A la fois violent, cru, et délirant, il s’agit d’un film tout simplement super agréable à regarder. Et si j’aurai envie de dire qu’il est tarentinesque, c’est tout simplement car Quentin Tarentino fait de multiples hommages à la Blaxploitation, en particulier dans Kill Bill et surtout Jacky Brown, où Pam Grier – l’actrice interprétant Coffy – fait une apparition.
Détail fort appréciable : Coffy la Panthère Noire de Harlem sent tellement bon les années 70 avec ses tenues funky et ses coupes afro qu’il en devient presque difficile de ne pas le prendre comme une parodie, alors qu’il s’agit vraiment du témoignage d’une époque. Cela ne fait qu’aujouter encore à la puissance visuelle et au délire de ce film, qui est décidément un véritable régal.

Black Dynamite (2009)
Lorsqu’il apprend que son frère a été tué par des dealers, Black Dynamite jure de faire payer les salauds qui ont fait ça.
Avec Coffy, nous avions le produit d’origine. Avec Black Dynamite, nous avons à la fois le détournement et l’hommage à la Blaxploitation, accompagnés d’un voyage dans le temps pour arriver en plein cœur des années 70. Et cela me fait plaisir de voir qu’aujourd’hui encore, il est possible de ressusciter à l’écran cette époque foutrement funky.
Alors déjà que la Blaxploitation allait loin dans la surenchère et l’exploitation de clichés, ce film là va encore plus loin, vers des horizons encore inconnus. Le héros est super badass, super viril, héros du Viet-Nam, ancien agent de la CIA reconverti comme mac et militant Black Panthers, expert en armes et en kung-fu. Ses ennemis veulent sa tête, les femmes veulent son corps. Et il est ultra énervé, car son petit frère, celui-là même qu’il avait juré de protéger alors qu’il tenait la main de sa mère mourante, a été assassiné comme un chien pour une histoire de drogue, par des ordures qui vont jusqu’à refiler leur came à des orphelins. Et pour couronner le tout, il parle comme Robert Downey Jr. dans Tropic Thunder.
Le seul truc qui manque pour vraiment faire revivre le genre, c’est quelques chattes en chaleur ; il y en a, mais c’est presque ridicule par rapport aux classiques des années 70 (le politiquement correct est quand même passé par là). Mais pour le reste, nous avons le droit aux costumes loufoques, à la musique rythmée comme il faut, aux coupes afro, et même à un traitement de la photographie qui nous donne l’impression de voir un film d’époque. Black Dynamite est un bon gros délire comme je les aime, avec des personnages totalement caricaturaux, des réflexions alambiquées, un complot des blancs contre les noirs, des scènes d’action bien viriles, et un combat final juste monstrueusement jouissif contre le plus grand criminel blanc imaginable dans les années 70. Ce n’est certainement pas de bon goût, c’est complétement exagéré mais de manière parfaitement assumée, bref c’est un film tout bonnement génial et extrêmement plaisant. Même si vous n’avez jamais touché à la Blaxploitation, il faut voir Black Dynamite !

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2 commentaires pour Cinéma de Quartier (9) : Cinéma Soviétique et Blaxploitation

  1. Deuz dit :

    Je voulais trop voir Black Dynamite mais j’ai été asphyxié par des tonnes de partiels et de projets à rendre ! Maintenant, il ne passe plus vers chez moi, snif… Je me rattraperai sur le DVD. Article très sympa (les deux autres films ont l’air trés cool aussi, faudra que j’essaye de les voir).

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  2. Faust dit :

    Je m’étais déjà intéressé à black Dynamite grâce à un article élogieux sur Nanarland…
    Il faudra que je le mate quand il passera sur Canal !

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