Cinéma de Quartier (8)

Je n’ai pas choisi cette image de Clint Eastwood pour régler des comptes. Sauf si cela se montre nécessairement. En clair : ne m’obligez pas à m’en servir.
Vous aurez remarqué que mon blog a rompu avec son rythme de croisière, pourtant conservé depuis sa création (en dehors des périodes de problèmes techniques). Est-ce la faute à un manque de motivation ? Certainement. Quant à l’origine de ce manque de motivation, elle vient d’une sorte d’atmosphère générale qui englobe une partie de blogosphère depuis quelques temps, et que je trouve déplaisante. Cela a conduit à l’apparition d’un nouveau terme, « blogchanien » (je suis moi-même référencé sur Blogchan), même si personne ne pourrait définir ce qu’est exactement un tel personnage. Pour certains, cela correspondrait à une sorte de narutard nouvelle génération abruti aux adaptations de visual novel, au moe, aux memes de 4chan, et qui – pire que tout – ignore que les animes existaient déjà avant Cowboy Bebop, sorte de point zéro considéré comme l’ancêtre de l’animation moderne. Non, je ne caricature pas du tout.
Quant à moi, je reviens dès que j’ai retrouvé ma motivation, et en attendant je fais me faire un film de guerre, Mobile Suit Gundam ZZ, et un anime réalisé par Osamu Dezaki.

Invasion Los Angeles (1988)
Nada parcourt les USA et accumule les petits boulots mal payés. Un jour, il découvre une paire de lunettes de soleil qui lui révèlent une effroyable vérité : il voit le monde tel qu’il est réellement.
Malgré le grand nombre de films que j’ai pu voir, je connais mal l’œuvre de John Carpenter ; Le Village des Damnés m’a déçu, et son Ghost of Mars fait un peu trop série Z à mon goût. Par contre, je l’ai beaucoup plus apprécié avec ce Invasion Los Angeles.
Je pense que nous avons tous imaginés cela d’une façon ou d’une autre, à un moment de notre vie : que la société nous manipule pour que nous consommions et nous reproduisons, que les riches exploitent les pauvres comme s’ils étaient des animaux, et autres délires anti-capitalistes. Ce film en donne une représentation concrète. Le résultat, s’il parait totalement kitsch à l’écran – la fin des années 80 ne pardonne pas, même si cela n’atteint pas le niveau de l’extraordinaire V – possède un petit quelque chose d’extrêmement jouissif, annonciateur de Matrix dans sa paranoïa « ce monde ennuyeux n’est pas le véritable monde », digne héritier des films de George A. Romero dans sa dénonciation du capitalisme à outrance.
Mais derrière sa couche d’originalité et de messages, Invasion Los Angeles est surtout un long-métrage très plaisant à suivre, parfaitement divertissant. Nous admirons la croisade plus ou moins solitaire d’un homme qui « sait » et se montre bien décidé à dézinguer les responsables de cette société inique où l’individu lambda n’a le droit que de fermer sa gueule, où la police est à la solde des puissants. Résistance, réseaux secrets, SF, action, ce film mélange tout cela et le résultat est vraiment convaincant, cela se laisse regarder avec plaisir. Ce n’est sans doute pas le film le plus profond qui existe, mais difficile de faire meilleure spectacle au cinéma avec un budget qui ne semble pas mirobolant.

20th Century Boys 2 (2009)
Pour changer, aucun résumé puisque ce film fait suite au premier opus de la trilogie ; en révéler ne serait-ce que le début revient à dévoiler de nombreux points importants du scénario à ceux qui ne l’ont pas encore vu.
Autant le premier film s’en tirait très bien, arrivant à concilier avec justesse les événements majeurs du manga et les contraintes d’un long-métrage, autant cette suite souffre de nombreux défauts. Apparemment, les scénaristes se sont rendus compte qu’ils n’arriveraient pas à faire tenir l’intégralité de l’œuvre d’origine en seulement 6 heures de bobine. Alors ils font des coupes franches, modifient certains détails sans altérer les autres. Et c’est souvent totalement raté, incompréhensible, brouillon, etc… A certains moments, je me demande si le public qui ne connait pas le manga comprendra tout. Non pas que le scénario de Naoki Urasawa soit gravé dans le marbre et ne puisse être retouché ; il aurait été possible de changer des passages sans perdre la cohérence d’ensemble. Seulement, force est de constater que pour le coup, il y a eu un certain nombre de boulettes commises, des révélations manquantes (même si apparemment une sera finalement gardée pour la fin), des personnages qui n’apparaissent pas là où ils devraient apparaître, etc… Le Cahier de Prédiction semble devenir une véritable œuvre prophétique tant plusieurs événements donnent l’impression de se dérouler de manière étrangement fortuite, là où le manga faisait toujours très attention à maintenir du réalisme et mettre la réalisation des prédictions sur le compte de la volonté de certains protagonistes.
Pour le reste, c’est toujours aussi étonnant : il y a un budget, des effets spéciaux, et des acteurs qui se ressemblent vraiment d’une génération à l’autre (enfant / adulte) de manière même bluffante. Sauf que mettre des moyens importants au service d’un scénario fait de bric et de broc, cela ne sert pas à grand chose je le crains…
20th Century Boys au cinéma, un beau gâchis quand même.

L’Attaque du Métro 123 (2009)
Walter Garber, aiguilleur pour le métro de New-York, pensait vivre une journée comme les autres. Mais tout bascule lorsque que le Pelham 123 s’arrête au milieu d’un tunnel.
Un film d’action d’un genre assez classique : d’un côté nous avons Denzel Washington, dans un rôle d’intermédiaire et de négociateur involontaire, et de l’autre un autre monstre sacré nommé John Travolta, qui en cette année 2009 incarne LE concept ultime du super-méchant pour film Hollywoodien : le trader terroriste. Ils sont forts les scénaristes américains ; il ne manquait plus qu’il soit arabe, musulman, et français, nous avions la totale. Pour le reste, c’est du grand classique : une prise d’otage – cette fois dans un métro, pour la touche d’originalité – une demande de rançon, Denzel Washington qui négocie. Celui-ci n’est certes pas aussi intelligent et charismatique que dans Inside Man, mais c’est aussi ce qui le rend plus humain et crédible. D’ailleurs, nous avons ici une sorte de paradoxe : il est dommage que nous ayons affaire à un acteur vieillissant et bedonnant, bien loin de ses rôles les plus avantageux, et de l’autre, c’est ce qui en fait un personnage attachant.
Le gros problème de L’Attaque du Métro 123, c’est que nous avons finalement une grosse débauche de moyen pour pas grand chose… Même si Tony Scott n’a pas la filmographie de son frère, il a tout de même plusieurs belles réussites à son actif, telles que True Romance (avec un scénario de Quentin Tarentino), USS Alabama, et Man on Fire. Les deux premiers rôles sont de bons acteurs, connus et reconnus ; Denzel Washington a même participé à quelques heures de gloire de Tony Scott. Il y a un budget conséquent par derrière, cela se sent (il suffit de voir les noms des acteurs susnommés). Tout ça pour quoi ? Un film tout juste divertissant, au scénario déjà vu – il n’apporte rien de nouveau, hormis le fait de se dérouler dans le métro – et dont la confrontation entre deux artistes de talent tombe un peu à plat. Avec ces ingrédients de base, il y avait vraiment quelque chose de bon à tirer de ce long-métrage, malgré une histoire quelconque. Alors je ne sais pas si le réalisateur est passé à côté de son sujet, mais L’Attaque du Métro 123 déçoit un peu car il n’est pas à la hauteur de ses enjeux. Il se laisse regarder facilement malgré sa durée, mais sera probablement vite oublié.

Je termine avec quelques avis rapides :
¤ Le Parrain (1972) : Un classique du cinéma que je voulais voir depuis déjà pas mal de temps. Une écriture excellente, des acteurs formidables, une réalisation de toute beauté : bien que le film dure tout de même près de 3 heures, je n’ai absolument pas vu le temps passé. Le Parrain s’est montré à la hauteur de sa légende, et en plus il parait que le second opus est encore meilleur.
¤ Taxi Driver (1976) : J’ai fait l’erreur de voir ce film en VF, donc il faudra que je le revois en VO pour pouvoir jouir totalement de Robert de Niro et de ses répliques cultes. Cela reste un excellent film, même si la fin m’a décontenancé ; je ne m’attendais pas du tout à une telle conclusion.
¤ Lesbian Vampire Killers (2009) : Le titre laisse présager du pire. En réalité, je vois plus ce film comme un détournement du pire. Cru, crade, drôle, foncièrement caricatural, et affublé de FX aussi médiocres que les actrices sont plantureuses, j’ai pris un plaisir fou à voir ce film, à prendre avec un second degré absolu. Immanquable.
¤ The Surrogates (2009) : Je cherche encore l’intérêt d’avoir modifier le scénario par rapport à l’excellent comics d’origine ; certes, il introduit quelques idées nouvelles, mais au détriment de certains points de réflexion développés par les auteurs. Là où le film m’a vraiment surpris, c’est dans son identité visuel, son côté Barbie/Ken très marqué, c’est une réussite. The Surrogates va un peu plus loin que le simple divertissement, j’ai pris du plaisir à le regarder malgré mes appréhensions.
¤ Zombieland (2009) : Désormais mon film comique préféré sur le thème des zombies. Il va plus loin que la parodie pure en proposant pas mal de bonnes idées – le passage avec l’acteur « surprise » est délectable – et une réalisation de qualité. Un film drôle, bourrin, parfaitement divertissant : je n’ai pas boudé mon plaisir.
¤ Invictus (2010) : Le thème, bien trop politiquement correct et mélodramatique à mon goût, ne m’attirait absolument pas. Mais Clint Eastwood oblige, je ne pouvais passer à côté. Et effectivement, il faut tout le talent de ce grand artiste du 7ème Art pour que ce film ne sombre pas dans le pathos… Ce n’est clairement pas sa meilleure œuvre en temps que réalisateur, et le haka manque ici cruellement d’intensité, mais les prestations de Morgan Freeman et de Matt Damon apportent énormément d’intensité et de relief à cette histoire intéressante mais convenue. Grâce à ses acteurs et à son réalisateur, cela reste un film d’un très bon niveau.
¤ Sherlock Holmes (2010) : C’est vraiment du Sherlock Holmes ? Nous n’en sommes pas encore au niveau du Capitaine Nemo indien et karatéka de La Ligue des Gentlemen Extraordinaires, mais j’ai tout de même eu du mal à reconnaître le célèbre détective privé ; il faut dire qu’en matière de film, j’en reste à The Hound of the Baskervilles, daté de 1959. Robert Downey Jr fait du Tony Stark, ça castagne de partout et ça va vite, mais l’intrigue fonctionne tout de même très bien. Pris comme un pur divertissement moderne à la sauce action hollywoodienne, cela passe sans trop de problème.

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4 commentaires pour Cinéma de Quartier (8)

  1. IcingSugar dit :

    Décidément, il n’y a que moi qui ait trouvé « Zombieland » chiant à mourir. 😀 Personnellement, je lui préfère largement « Dance of the Dead » qui lui est débile à souhait.
    « Lesbian Vampire Killers », mon copain a envie de le voir, tellement ça a l’air médiocre. Je ne vais pas lui refuser ça. Je lui ai quand même fait voir « Giant Octopus Vs Mega Shark ». 😀
    Enfin pour Sherlock Holmes, j’ai un gros doute. Et je ne suis pas fan des classiques que les ricains manipulent à tort et à travers pour que ça rentre dans leur critère d’amour. Je regarderais, mais je ne suis pas pressée plus que ça de le voir.

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  2. IcingSugar dit :

    Ha ! et au fait. Fut un temps où j’étais sur Blogchan. Mais depuis que j’ai changé d’adresse, même si j’ai fait la demande, je n’y apparait plus. je sais que la chose est abandonnée (ai-je lu à droite à gauche).
    Quoiqu’il en soit, je ne me sens pas du tout visé par les critères que remplit un blogchanien. Mais j’ai entendu parler du fait qu’il y avait « baston » plus ou moins. Pour des raisons obscures, car en fait, je ne m’intéresse pas à ce genre de frasque. 😀
    En tout cas, si tu es énervé par ce genre d’histoires, à moins que tu y es le nez en plein dedans, tente de faire abstraction. Ce serait dommage de laisser le Carambar pour ça. 🙂

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  3. Maieh … être référencé sur Blogchan ne fait pas de toi un « blogchanien » … tout comme lire et aimer Na-roue-tau ne fait pas de toi un « narutard ».

    Sinon, à quand le « Cinéma de Quartier » spécial le film d’Astro Boy ou comment Tezuka se retourne dans sa tombe ? 😛

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  4. gemini dit :

    Icing >> J’ai bien aimé Dance of the Dead aussi, mais je trouve que les deux n’ont pas grand chose à voir, sinon leur traitement comique du thème des zombies. J’apprécie les deux, avec probablement une préférence pour Zombieland, moins axé teen movie. Quant à Lesbian Vampire Killers, c’est du pur délire pas prise de tête pour deux sous, certes un peu crade mais terriblement appréciable.

    Drig >> Si cela peut te rassurer, le succès de Astro Boy a provoqué la ruine du studio Imagi. Quant à moi, je ne compte pas regarder ce truc ; j’ai envoyé Amrith le voir à ma place.

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