La Romance des Trois Royaumes

Au Bord de l’Eau, le Voyage en Occident, l’Investiture des Dieux, la Romance des Trois Royaumes : les classiques de la littérature chinoise servent depuis longtemps de source inépuisable d’histoires et d’inspiration aux mangaka et à l’animation japonaise. Si certaines séries comme Ikkitousen s’éloignent radicalement du texte d’origine, d’autres tentent d’en proposer une lecture la plus fidèle possible : c’est le cas de Mitsuteru Yokoyama no Sangokushi.

La Romance des Trois Royaumes trouve son origine aux IIIème Siècle après JC, sous la dynastie Han, même si elle n’a été retranscrite sur papier que bien plus tard. Il s’agit d’une œuvre extrêmement vaste, si bien qu’il serait délicat d’en proposer un résumé. Cet anime ne reprend qu’une partie du texte d’origine : il commence lorsque Liu Bei, Guan Yu, et Zhang Fei se jurent fidélité, et de périr ensemble au combat, et se termine après la célèbre bataille de Chi Bi (celle racontée par John Woo dans son film Les Trois Royaumes). Sur ses 47 épisodes, cet anime couvre tout de même une période de 20 ans, pendant lesquels de nombreux personnages vont s’affronter pour prendre le contrôle de la Chine.

Cette œuvre se présente comme un mélange d’intrigues politiques compliquées, de batailles, et d’anecdotes.
Les intrigues politiques constituent la base du scénario ; elles impliquent d’innombrables personnages – dont il devient d’ailleurs difficile de retenir les noms et les implications – de nombreuses forces, des alliances éphémères, et de multiples trahisons. L’histoire est riche, complexe, mais souvent passionnante ; elle constitue un exercice de géo-politique tout aussi intéressant que peut l’être celui de la célèbre série Gineiden, elle-aussi reconnue pour la qualité de son scénario.
Les batailles apportent le côté épique que nous pouvons attendre de ce genre de récit guerrier. Bien souvent, cela m’a fait penser à l’Iliade d’Homère, à la différence qu’aucun dieu ou demi-dieu n’intervient dans l’histoire. Il est tout autant question de combats singuliers que de stratégies militaires, ce qui les rend vraiment réussies.
Les anecdotes, enfin, permettent de donner vie aux personnages, de nous montrer leurs côtés humains mais aussi à quel point certains arrivent à être exceptionnels. Nous conter par exemple comment un seigneur de guerre accepte de passer plusieurs heures sous un soleil de plomb juste pour recruter un stratège de génie, cela peut paraître futile mais cela nous montre le côté résolu des protagonistes. Les détails donnent de la vie à l’ensemble, et même une forme de crédibilité.
Pour en revenir aux personnages, ce grand récit regorge de personnalités fortes et diverses, dont le calme Guan Yu, le fougueux Zhang Fei (et ses larmes viriles), le génial Zhuge Liang, ou le puissant Lu Bu. Il y en a pour tous les goûts, et si je devais utiliser une expression récente, je dirais même que nombre de personnages (tous ceux qui ne sont pas des traîtres) sont totalement GAR. Par contre, si vous cherchez des figures féminines fortes, vous vous êtes hélas! trompé de série, même si certaines tirent momentanément leur épingle du jeu, comme Diao Chan.

La très grande force de cet anime réside donc dans son matériel de base : son scénario. Pour le reste, malheureusement, je me montrerai moins enthousiaste.
La réalisation est assez scolaire : elle se contente de mettre en image le récit, mais ne va pas plus loin. Certains apprécieront son style sans fioriture qui ne nuit pas à l’histoire, pour ma part je regrette qu’elle ne mette pas plus en valeur les personnages et les passages épiques. Son plus gros problème, c’est qu’elle souffre d’une très forte auto-censure, ce qui s’avère dommage pour les nombreuses scènes de bataille ; l’équipe en charge de la série met du temps avant de trouver un moyen de créer des affrontements réussis sans pour autant montrer la moindre goutte de sang ni la moindre blessure.
La musique va dans le même sens que la réalisation : elle est correcte, ne nuit pas à l’ensemble, mais ne possède aucun thème mémorable qui aurait permis de mettre en valeur les passages les plus marquants de l’histoire.
Au final, ne reste que le scénario, et l’animation n’apparaît presque que comme un accessoire pour servir les romans d’origine.

J’aurais un petit reproche personnel à faire. L’anime aurait pu se contenter d’adapter la Romance des Trois Royaumes en tant que telle, mais ses créateurs ont choisi de se réclamer de la version de Mitsuteru Yokoyama, le célèbre auteur qui – non content d’avoir inventer les premiers robots géants – a retranscrit les classiques de la littérature chinoise en manga. Pour ce que je connais de l’histoire d’origine, son adaptation ne me semble pas différente de l’original. Cela ne pouvait donc être que dans le design que nous aurions dû voir une différence, mais je n’ai pas souvent retrouver le trait old school du mangaka (à la différence de l’anime de Giant Robo). Il faut dire que le chara design a été confié à Shingo Araki, et j’ai trouvé que le style de Yokoyama finissait malheureusement par disparaître sous le style de celui-ci. Mais pour ceux qui ne supportent pas le graphisme des années 60, cela sera plutôt un avantage.

Tout Mitsuteru Yokoyama no Sangokushi repose sur l’immense qualité de son histoire riche et passionnante, quoiqu’un peu complexe (les noms chinois n’aident pas à faciliter la compréhension). Cet anime accuse son âge et son manque d’ambition, mais il n’en demeure pas moins prenant et intéressant. Pour tout amateur de grands récits et d’aventures épiques, il mérite le détour.

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6 commentaires pour La Romance des Trois Royaumes

  1. Afloplouf dit :

    Des nouvelles du « remake » qui devait sortir l’année dernière ?

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  2. gemini dit :

    Il est en cours de diffusion, en Chine. Aucune version japonaise n’existe, et évidemment aucun fansub. Mais les critiques ne sont pas bonnes, pour ce que j’en ai lu.

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  3. Afloplouf dit :

    Arf dommage (autant pour l’absence de fansub que pour les critiques), le scénario de base est pourtant riche. Je me souviens encore d’une longue soirée avec des étudiants chinois où ils nous avaient expliqué en large cette guerre.

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  4. Celui de l’année dernière c’est du « Remake HK » xD

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  5. Aer dit :

    En large ? Ah ah ah

    Moi qui m’attendait à un article déjanté sur Ikkitousen.

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  6. Ialda dit :

    Je ne connais que par le manga de manga de Yokoyama, feuilleté à plusieurs reprises au bookoff, et que je trouve particulièrement aride comme le reste de ce que je connais de son travail… Ishinomori savait créer des mises en page plus dynamiques à mon goût.

    Les 3 films sont toujours dans ma wishlist 😉

    Sinon je me permet de refaire de la pub pour mon titre préféré ayant trait à sangokushi : The Ravages of Time, ou la rencontre entre un scénar astucieux limite à la Death Note et un classique de la culture classique chinoise !

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