The Surrogates

Appelé Clones dans sa version française, The Surrogates est un comics de Robert Venditti et Brett Weldele, récemment adapté en long-métrage par Hollywood avec Bruce Willis dans le rôle titre. Comme elles l’avaient déjà fait pour Wanted, les éditions Delcourt profite de la promotion du film pour publier la version d’origine. Tant mieux, car si les critiques de la version avec le célèbre acteur sont loin d’être élogieuses, l’album mérite de que nous nous y intéressions.

En 2054, l’usage du clone fait partie du quotidien des habitants de la Géorgie Centrale. Désormais, il est possible de travailler et de vivre en société sans sortir de chez soi : la réalité virtuelle et la technologie robotique ont donnée naissance au clone, un être artificiel contrôlable à distance et qui nous renvoie une vision de l’extérieur à travers un flux de données.
Le clone a révolutionné le monde moderne. A travers leur clone, les hommes et les femmes peuvent donner d’eux l’image qu’ils souhaitent ; les préjugés n’ont pas disparu pour autant, mais un clone permet de s’y conformer selon ses désirs, une femme peut incarner un homme pour obtenir un travail dans un milieu essentiellement masculin, un politicien caucasien devenir afro-américain selon l’électorat qu’il souhaite toucher.
La criminalité a baissé de manière spectaculaire. Le recrutement de nouveaux policiers ne rencontre aucune difficulté, ceux-ci ne risquant plus leur vie mais au pire la destruction de leur clone. Les meurtres ont presque disparu, puisque les actes les plus violents se limitent le plus souvent à la mise hors-service d’un clone, crime puni par une amende et non par une peine de prison ; la sur-population carcérale n’existe que dans les souvenirs.
Les clones ont même permis d’améliorer la santé publique. Plus personne ne se blesse à son travail puisque chacun travaille par l’intermédiaire de son clone. Les gens n’entrant plus directement en contact en dehors de chez eux, la propagation des maladies est rare. Le tabac ne représente même plus un danger, car ce sont désormais les clones qui fument et renvoient les sensations associés à leurs opérateurs.
Mais même dans une société parfaite, il existe toujours des réfractaires au progrès. Les Dreads forment une communauté isolée dans une « réserve » allouée par le gouvernement de Géorgie Centrale, qui rejète totalement l’utilisation des clones.
La situation change lorsque deux clones sont retrouvés détruits, apparemment suite à un violent choc électrique. En analysant les données recueillies par les victimes avant leur désactivation, les policiers en charge de l’affaire découvre qu’il s’agit d’une agression perpétrée par un autre clone.

Ce qui est amusant avec ce comics, c’est que la bande-annonce de son adaptation à elle seule permet de comprendre que leurs scénarii respectifs ne se ressemblent pas particulièrement. Pour le reste, objectivement, il y aurait des choses à redire. L’histoire et son univers possèdent leur part d’originalité, ils sont très intéressants, mais quelqu’un qui a l’habitude de ce genre de littérature vous dira que ce n’est pas la première fois qu’un auteur se penche sur un tel sujet, pour un résultat parfois bien plus surprenant, bien mieux développé ; même si les romans et les comics d’anticipation – car The Surrogates appartient bien à cette catégorie – ne sont pas nécessairement les plus connus du grand public, il en existe un nombre conséquent. De la même manière, proposer l’histoire sous la forme d’une enquête policière n’est jamais qu’un moyen vieux comme le monde pour nous présenter les enjeux, les acteurs majeurs, et les subtilités de ce monde futuriste. Bref, rien de nouveau sous le soleil.
Ça, c’est ce que j’aurais dit si j’avais voulu être purement logique et objectif, mais force est de constater que ce graphic novel marche parfaitement tel qu’il est conçu ses auteurs. Ceux-ci s’appesantissent essentiellement sur le rapport que les hommes ont avec les clones, pourquoi ils ne peuvent plus s’en passer, et ce qui arrive à ceux qui ne veulent pas se conformer à cette mode. Même si l’enquête est relativement prévisible, l’ensemble dégage une atmosphère prenante ; Robert Venditti et Brett Weldele arrivent à parfaitement exploiter leurs idées pour donner une œuvre cohérente, prenante, et somme toute intéressante même s’il existe déjà de nombreuses variations sur ce même thème.
Le dessin a quelque chose de surprenant, à la fois minimaliste – d’aucuns le trouveront même brouillon – mais efficace, chaque passage étant sous la domination d’une couleur particulière qui donne aux pages une grande homogénéité. C’est particulier, et si nous pouvons être surpris voire déstabilisés au début, les spécificités du trait de Weldele finissent par disparaître au profit de l’histoire et du plaisir de lecture.

The Surrogates ne révolutionnera probablement pas le monde des comics. Ni celui du cinéma, je suppose… Toujours est-il qu’il s’agit d’un excellent album ! Une histoire d’anticipation franchement intéressante, fort bien menée par des auteurs de talent et servie par un trait particulier mais finalement attachant. Malgré le faible nombre de pages, ce comics remplit parfaitement sa mission : apporter un excellent moment de lecture.

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