Mirai Nikki ?

Parmi les nouveautés manga, Mirai Nikki semble se tailler la part du lion : de nombreux lecteurs en parlent, et les critiques sont globalement bonnes. Un phénomène amplifié par un plan marketing bien mené par son éditeur, qui n’a pas hésité à faire venir l’auteur à la dernière Japan Expo. Mais Mirai Nikki, c’est quoi ?

Yukiteru est un garçon introverti. Il parle peu et se contente d’observer ses camarades, notant chaque événement dans son téléphone portable sous la forme d’un journal. Son existence change du tout au tout le jour où il se trouve embarqué dans un jeu qui doit décider du prochain Dieu : 12 participants gagnent le pouvoir de lire le futur par l’intermédiaire de leur portable. Le dernier survivant remporte le jeu, et avec lui le titre de Dieu.

Mirai Nikki se présente donc comme un « survival game », concept relativement classique mais qui possède un important capital sympathie pour moi, et surtout un fort potentiel. Selon le talent du mangaka et la direction qu’il souhaite donner à son œuvre, il y a de quoi offrir aux lecteurs une histoire vraiment réussie et prenante, tel un Duds Hunt qui se serait développé sur plusieurs tomes et avec des personnalités véritablement marquantes, ou encore un Battle Royale moins trash que sa version manga.
Pour ce qui est du côté prenant, je reconnais que Mirai Nikki s’en sort très bien. Pour le reste, je reste dubitatif. Mais reprenons depuis le début.

Tout commence… par le dessin. La première chose qui saute aux yeux. Si je devais le décrire, je le trouverais assez proches du trait le plus récent de Yoshiyuki Sadamoto, avec des relents de Higurashi no Naku Koro Ni ; cela se ressent particulièrement dans certaines mimiques. Et dans certains comportements des protagonistes.
Le héros, il est assez difficile d’en parler. C’est un personnage mou, effacé, insignifiant,… Il serait trop facile de parler ici de caricature, tant ce type de caractère se retrouve fréquemment depuis plusieurs années. Mais au moins, cela signifie que nous allons nécessairement le voir évoluer, afin qu’il puisse arriver jusqu’au bout de l’histoire en un seul morceau.

Le début – l’accroche, devrais-je dire – remplit parfaitement son rôle en étant à la fois passionnant et intrigant : nous plongeons dans un monde qui est le notre, mais où le héros découvre l’existence d’un Dieu mystérieux aux grands pouvoirs. Le lecteur comprend vite que le but du jeu sera de faire s’affronter 12 personnages (ou peut-être plus ?) dans un jeu implacable et meurtrier. Comment voulez-vous ne pas apprécier ça ?
Mais ça, finalement, c’était avant que les adversaires apparaissent et que les duels commencent. Parce que bien vite, cela vire au grand n’importe quoi. Ma façon d’analyser les choses serait la suivante : l’auteur part sur des bases sérieuses, mais finalement fait ce que bon lui semble : peu lui importe que les personnages soient difformes et honteusement improbables, ou que les situations virent au délire. Ce qui compte, c’est moins la cohérence de son récit que sa perpétuelle progression et le rythme qui l’accompagne.

D’aucuns vous diront que c’est parfaitement voulu, je serais plutôt du genre à penser que le mangaka prend toutes les libertés qui l’arrangent sans se soucier du reste. C’est ainsi que nous avons un personnage qui fait sortir une moto de son rectum pour s’échapper, qu’un autre arrive à détecter le poison dans un aliment car il est légèrement plus lourd que quelques instants auparavant, et autres joyeusetés furieusement improbables ; la nature « divine » des téléphones portables ne permet pas de justifier ces situations, dans la mesure où celle-ci ne s’applique pas directement aux personnages.
La vérité, c’est que ni les amoureux de ce manga ni ses détracteurs ne peuvent savoir de quoi il retourne, si le mangaka a effectivement tenu à jouer sur le WTF après avoir induit son lectorat en erreur avec une entame crédible, ou s’il bidouille les événements comme cela l’arrange pour le bien des points clés de son récit. Dans le doute, je dirais qu’il s’agit d’une base de ce manga, mais ce n’est pas pour autant que j’apprécie ce style, pas plus que les personnages aussi délirants qu’un gamin assassin ou qu’un super-héros hypnotiseur.

Mais ce que je reprocherais en particulier à ce manga – et là, je sens que je vais me faire détester de toutes les futurs générations de fans de ce personnage – c’est Yuno. Et là, je reviens sur le côté « Higurashi » cité plus haut. Cette fille appartient à une catégorie appelée yandere : c’est une psychopathe, elle est tellement amoureuse du héros qu’elle est prête à tout pour concrétiser cet amour, en particulier à tuer tous ceux qui veulent du mal à l’élu de son cœur – elle arrive à couper en deux des humains d’un seul coup de machette, encore un effet du délire qui englobe ce manga – et plus si affinité. Ses mimiques ne laissent aucun doute sur sa santé mentale, comme si ses actions ne suffisaient pas…
Avec elle, Mirai Nikki gagne un côté violent plus assumé – même si le concept même implique un minimum de violence – et surtout plus gratuit, qui finit par s’inscrire non seulement de manière physique, mais aussi psychologique. Le passage le plus édifiant à ce sujet reste certainement l’enlèvement de Yukiteru. Bien entendu, Yuno n’est pas la seule pourvoyeuse de l’aspect malsain – et Dieu sait que je déteste ça – qui entoure ce titre, puisque d’autres personnages n’hésitent à jouer dans le même registre et à parsemer leur chemin de cadavres.

Mirai Nikki est donc un manga qui ne plaira pas à tout le monde. Il possède un certain nombre de qualités – au premier rang desquelles son rythme prenant, la découverte progressive des personnages et de leurs capacités qui semble parfaitement maitrisée par son auteur, et son concept simple mais efficace – mais tout autant de particularités qui ne lui apporteront pas que des adeptes. C’est le lot de toutes les œuvres atypiques.
Vous l’aurez compris : je me passerai fort bien de ce titre.

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18 commentaires pour Mirai Nikki ?

  1. French31 dit :

    Yuno active le mode berserk dès que Yukiteru est menacé. Leur adversaire voit alors en général apparaitre la mention « Joueur décédé » sur son journal du futur… Mouarf.

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  2. Toi aussi tu fait la blague de la moto qui sort du cul? Toi aussi, tu trouve que Yuno est une transfuge d’Hinamizawa? Gemini, tu es mon âme soeur!

    Malgré le fait que je trouve que oui, Mirai Nikki est souvent complètement WTF et malsain (alors que c’est un shonen…comme Hokuten no Ken et Baki), son rythme effréné son concept prenant et la mise en scène super nerveuse des plans minutieux des personnages à la fois calculateurs et bourrin en fond une lecture, en tout cas je trouve, jouissive.

    C’est un peu comme un film d’horreur à tendance burlesque, genre Brain Dead ou La Maison des 1000 morts. C’est tellement n’importe quoi qu’on ne peut qu’admirer.
    Mais je ne crois pas que tu aimes beaucoup les films d’horreurs, Gemini.
    En tout cas, vu comment tu parle du kidnapping de Yukiteru, tu n’aime ni les Saw, ni les Hostel (moi non plus, ça ne me fait plaisir comme film. sauf Saw 1, qui s’axe plus sur le suspens et la pression que les tortures).

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  3. On ne le dit pas de la même manière, mais on dit à peu près la même chose.

    Amusant de voir qu’on lance nos articles le même jour!

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  4. Amo dit :

    Ouais bah me voilà obligé de me battre sur deux fronts, c’est pas sympa !

    Non plus sérieusement, un article intéressant et dont je n’ai pas grand chose à redire, puisqu’il est très subjectif et que je peux pas décemment dire « eh Gemini t’as des goûts tous pourris », ça me ferait passer pour un fasciste à la solde du grand capital !

    Pour le coté violent, il revient effectivement de manière régulière et l’auteur n’est que peu gentil, donc forcément je comprends qu’on peut y mettre un peu de réticence si on apprécie peu les yanderes et autres effusions sanglantes bien que comparé à Higurashi, les scènes violentes sont… plus sympas.

    (mais bon, les deux derniers chapitres sont assez gores. MIAM LES OS DU BRAS.)

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  5. gemini dit :

    Quand je relis l’article, je le trouve quand même un peu trop consensuel. Dommage :/

    Sonocle Ujedex >> Je vomis Hostel et les films de Eli Roth dans leur ensemble. Saw, je n’ai même pas essayé mais cela ne m’attire pas ; pourtant, ma sœur a les DVD.

    Putois >> Désolé 😦 Ça c’est trouvé comme ça (et comme je ne change pas mon planning en fonction des articles des autres…)

    Amo >> L’important avec les goûts, c’est de les assumer. Pour le reste, ça ne se discute pas.

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  6. Rhô putain moi aussi je déteste les Yandere. Y’en a de plus en plus dans les mangas j’ai l’impression.

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  7. Tu es un traumatisé de Rumble Hearts ou de School days, Zali, c’est ça?

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  8. Icingsugar dit :

    En ce moment je suis en mode manga et surtout manga tout pourris. D’ailleurs dans le genre « manga dont tout le monde parle mais qui ne casse pas trois pattes à un canard », j’ai lu « Doubt », et pour un truc qui se voulait prenant, stressant et tout le patacaisse, je me suis sérieusement ennuyée.

    Le coup de la moto et du trou de balle m’intrigue ! Je vais y jeter un oeil. 🙂

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  9. Mister Kzimir dit :

    [Ironie]Comme je le disais hier à Amo , Je suis vraiment déçu par Saw 4.

    Le film est bourré de violence gratuite et de morts sauvages.
    [/Ironie]

    Non , sérieusement Gemini , tu reproche a Mirrai Niki de répondre a son cahier des charges , c’est ridicule.
    /me Facepalm

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  10. gemini dit :

    Mister Kzimir >> Je ne lui reproche de remplir son cahier des charges, mais le contenu de son cahier des charges si tu préfères. Si tant est que le simple fait de s’y tenir suffit à faire un bon manga, ce que tu sembles insinuer.

    Saw, j’en ai suffisamment entendu parler pour ne pas avoir envie d’y jeter un coup d’œil. Mirai Nikki, je ne connaissais absolument pas l’histoire, donc son contenu.

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  11. Mister Kzimir dit :

    >> Mirai Nikki, je ne connaissais absolument pas l’histoire, donc son contenu.

    Je suis atterré par cette phrase.
    Surtout venant de toi.

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  12. gemini dit :

    Là, je ne vois pas où tu veux en venir.

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  13. Amo dit :

    « Rhô putain moi aussi je déteste les Yandere. Y’en a de plus en plus dans les mangas j’ai l’impression. »

    Ouais ça a triplé en dix ans: y’en avait 0 avant, y’en a 2 maintenant. Dans School Days et Mirai Nikki :(.

    (dans Higurashi elles sont pas yandere :(.)

    (plus globalement: http://tvtropes.org/pmwiki/pmwiki.php/Main/Yandere )

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  14. Yggdrasill dit :

    Yandere =/= Yangire, et olol « uno est une transfuge d’Hinamizawa » non c’est sur qu’on a attendu Higurashi pour avoir des yangire.

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  15. Yggdrasill> peut-être pas, mais Higurashi est tout fait représentatif de ce genre de personnge. Surtout que la grosse machette ou la hache que se triballe Jigsaw…pardon, Yuno rappelle tout de suite une certaine Rena.
    Mais cette phrase n’est que simple humour référentiel et non pas un sous-entendu sur un éventuel manque de qualité ou d’originalité concernant le personnage de Yuno.

    Maintenant excusez-moi, mais je dois transformer des rectangle en cercle.

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  16. désolé du double post, mais en gros « [Yuno] est une transfuge d’Hinamizawa », c’est qu’une périphrase rigolote pour dire yandere ou yangire ou ma commode.

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  17. gemini dit :

    Yggdrasil >> Bof, les néo-nippologismes comme « coodere » et « yandere », je n’y comprends pas toujours tout et finalement je m’en passe très bien.
    Mais je me demande quand même en quoi les psychopathes ont quoi que ce soit d’attirant ^^’

    Mister Kzimir >> Finalement, le problème vient peut-être tout simplement du fait que je ne savais strictement rien de ce manga avant de le commencer, sinon que de nombreux lecteurs semblaient l’apprécier (et ce n’est pas l’interview sur Mata-Web qui aide à comprendre de quoi ça parle). A partir de là, je ne savais pas du tout quel était le « cahier des charges » de Mirai Nikki ; j’attendais d’être surpris par ce titre (ce qui est toujours mieux que d’être abreuvé de spoils par mégarde).

    Prochainement, j’ai prévu de voir Canaan, Zambot 3, Gun-doh Musashi, ou encore The Daughter of Twenty Faces, et j’ignore tout de leur contenu, sinon que l’un parle de robots géants des années 70, qu’un autre est considéré comme WTF, et que les deux derniers sont des titres récents apparemment appréciés.

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  18. > Tu es un traumatisé de Rumble Hearts ou de School days, Zali, c’est ça?

    Ouais, un peu. Et même du manga pour meccontemporrain en général, on dirait que tous les persos féminins importants ont en permanence leurs règles.

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