Cinéma de Quartier (6)

Sixième édition du cinéma de quartier, avec un échantillon des derniers films que j’ai eu l’occasion de voir.

Arsenic and Old Lace (1944)
Un célèbre critique de théâtre vient de se marier. Alors qu’il passe chez ses tantes leur apporter la bonne nouvelle, il découvre le cadavre d’un homme, que les deux vieilles dames lui annoncent le plus calmement du monde avoir assassiné.
Le pauvre Cary Grant se retrouve dans une maison de fous. Littéralement. La plupart des personnages de cette comédie déjantée sont complètement fêlés, siphonnés, bons à enfermer, et tout ce que vous voulez ; et chez certains, cela se voit plus que chez d’autres. En découlent de nombreuses situations délirantes, et des dialogues non moins étonnants, avec au centre un Cary Grant complètement dépassé par les événements et sur le point de péter les plombs à son tour, obligé de jongler entre une foule de problèmes : un frère qui se prend pour un président mort, un autre frère psychopathe avec le visage de Boris Karloff, des tantes dérangées, un flic dramaturge et persuadé d’être talentueux, ou encore un médecin étrange interprété par Peter Lorre.
Par contre, nous sentons bien que ce film est tiré d’une pièce de théâtre : tous les événements se déroulent au même endroit – les rares scènes extérieures étaient dispensables – et en une seule nuit, provoquant une accumulation de situations et de personnages, qui tend parfois à l’indigestion ; ce qui convient aux codes inhérents à l’art de la scène ne donne pas nécessairement un résultat de qualité sur grand écran, mais Arsenic and Old Lace s’en sort tout de même avec les honneurs, même si j’ai trouvé certains passages un peu lourds (alors que lesdits passages ne m’auraient sans doute pas dérangés dans une pièce de théâtre).
Je continue de faire le tour des classiques des années 40, et même si ce film ne vaut pas un bon Humphrey Bogart – reste Peter Lorre en prix de consolation – il a le mérite d’être original, plaisant, et très bien écrit.

Attack of the Killer Tomatoes (1978)
Les Etats-Unis sont envahis par des hordes de tomates qui attaquent et dévorent la population. Le gouvernement doit mettre en place une équipe spéciale pour les combattre.
Quand j’étais gamin, je me souviens que M6 diffusait un dessin-animé intitulé « La Guerre des Tomates » ; apprenant qu’elle était tiré d’une série de films, j’ai décidé d’y jeter un coup d’œil.
L’entame nous met directement dans le bain : selon elle, Les Oiseaux a fait rire car dépeignant une situation improbable ; mais lorsque des événements semblables se sont effectivement produits, plus personne n’osait rire. Le message est donc le suivant : une attaque des tomates, cela peut sembler invraisemblable, mais le jour où cela arrivera, cela nous paraitra beaucoup moins invraisemblable.
Attack of the Killer Tomatoes est un vrai bon film de série Z : scénario très improbable, effets spéciaux moisis, acteurs médiocres, bref tout est réuni pour faire un navet. Sauf que les responsables de ce long-métrage en ont conscience, et s’en amusent énormément ; ils n’ont pas pour ambition de faire quelque chose de sérieux, mais une parodie du genre « attaque de monstres » typique des années 50, et pour cela ils enchaînent les gags et les blagues potaches. La meilleure preuve reste l’équipe « d’experts » réunis pour contrer les tomates : un parachutiste cinglé muni d’un sabre, un expert en déguisement mais certainement pas en camouflage (il est du genre à penser passer inaperçu habillé en Abraham Lincoln), un championne de natation d’Allemagne de l’Est, et un plongeur qui garde son masque et ses palmes même en dehors de l’eau.
Le problème, c’est que je pense que beaucoup n’arriveront pas à supporter la lourdeur de l’humour, l’aspect catastrophique des effets spéciaux, et la longueur de ce film, qui pourtant regorge de petites trouvailles, dont une qui me fait penser que Tim Burton est un plagiaire (vu que nous retrouvons ici la meilleure idée de Mars Attack). A noter que la chanson du film est tout simplement excellente.
Je me suis bien amusé, les personnes avec qui j’ai regardé Attack of the Killer Tomatoes beaucoup mois.

Redbelt (2008)
Terry dirige une école de ju-jitsu. Malgré les ennuis financiers et la pression de son entourage, il refuse d’utiliser son art en compétition.
Un des films les plus étonnants que j’ai eu l’occasion de voir depuis pas mal de temps. Avec son scénario de départ, il semble que Redbelt va évoluer de la manière suivante : des soucis d’argent, un tournoi à gagner pour renflouer le dojo, et des combattants toujours plus puissants à affronter. Sauf qu’il va beaucoup plus loin que cela.
Ce qui importe ici, c’est moins le combat que l’esprit du combat, et le personnage de Terry, loin des archétypes des films d’action justement car il ne s’agit pas d’un film d’action. Il serait plus juste de parler du destin d’un homme qui, à trop vouloir apporter son aide et sa bonne volonté à son prochain, va subir une longue descente aux enfers. Le scénario est finalement très travaillé, pour ne jamais sombrer ni dans le mélodrame, ni dans le vulgaire prétexte à se taper dessus ; ça change. Pour autant, il reste quelques zones d’ombre, Terry étant la victime d’une sorte de conspiration qui n’aurait pourtant pas lieu d’être ; je trouve un peu dommage d’avoir enchaîné des déboires dont certains manquent de crédibilité à mes yeux, mais je serais presque prêt à faire des concessions dans la mesure où cela permet de s’appesantir encore sur notre « héros ». Toujours dans le registre des reproches, j’ai trouvé les dernières secondes du film un peu exagérées.
Au-delà du scénario, le réalisateur arrive à surprendre par l’opposition des personnages : ceux qui combattent pour l’art face à ceux avides d’argent et de gloire, les naïfs face aux manipulateurs. Il y a une véritable subtilité dans le traitement des personnalités et des sentiments ; certes, Terry s’en prend plein la gueule, mais cela apporte une crédibilité à l’ensemble : dans la vie réelle, tout ne se règle pas par des coups de point.
En parlant de coups de point, il faut bien comprendre qu’il s’agit d’un film d’arts martiaux avec très peu de combats, et les rares semblent parfaitement réalistes, à la fois dans le talent des combattants que dans la façon dont ils sont filmés, sans les fioritures comme le ralenti. Ajoutez à cela des acteurs convaincants – même Tim Allen, dont le rôle sort de son registre habituel, tire son épingle du jeu – et vous obtenez un film qui n’est à mon sens pas parfait, mais captivant et poignant.

Monsters VS Aliens (2009)
Susan était une femme normale jusqu’à ce qu’une météorite lui tombe dessus, la transformant en géante. Confinée dans un endroit secret avec d’autres monstres cachés par le gouvernement américain, elle est finalement sollicitée lorsqu’un robot alien attaque et qu’aucune arme conventionnelle ne semble en mesure de le stopper.
Et bien, en voilà une bonne surprise ! Dernière production des studios d’animation de Dreamworks, je peux dire qu’ils ont fait du bon boulot. En tout cas, ils m’ont comblé : j’ai passé un excellent moment devant Monsters VS Aliens.
Techniquement, c’est impeccable. En même temps, de leur part, c’est une habitude. Pour le reste, il s’agit d’un film drôle avec toutefois une bonne dose d’action, relativement prévisible mais je lui pardonne volontiers. Car ici, nous sommes en plein dans le cinéma de référence. Bon, je ne crois pas que ce soit un film créé pour mettre des références, mais il en est rempli à ras-bord et pour celui qui sait les apprécier, c’est un régal : toute une flopée de films de SF ou tout simplement de films de monstres y passent à la moulinette, avec notamment Rencontre du 3ème Type – à l’occasion d’une désopilante scène avec le président américain – ou encore ET, et surtout avec une multitude de clichés comme la créature géante, le monstre des marais, le savant fou, la caricature de militaire américain, j’en passe et des meilleurs.
Alors il y a des moments très convenus – ceux avec Dereck, notamment – mais jamais vraiment de longueurs, et beaucoup de bonnes idées bien marrantes qui donnent de la saveur à ce film au scénario certes un peu léger, mais compensé par ce que je prends comme l’enthousiasme de ses créateurs. Ce n’est pas forcément exceptionnel, mais cela fait vraiment passer un très agréable moment.

Numéro 9 (2009)
Une petite poupée de chiffon se réveille dans une pièce dévastée. Dans le monde qu’il découvre, tout n’est que désolation, et les seules présences sont celles de ses semblables, et d’un étrange monstre.
Je suis très partagé envers ce film. Grosso modo, chaque bonne idée est perturbée par un défaut plus ou moins gênant.
Le film commence, et dégage une ambiance oppressante du meilleur effet. 9 déambule dans un monde détruit, mort, et qui n’hésite pas à déstabiliser le spectateur. Il mélange ingénieusement univers post-apocalyptique et années 40, malheureusement l’ensemble se trouve perturbé par une symbolique un peu « facile », en particulier des drapeaux qui nous en rappellent d’autres bien connus, et qui plombe un petit peu l’originalité de l’ensemble. Par la suite, nous en découvrons un peu plus sur le monde, et le scénario se lance pour de bon. Suivre les aventures de 9 et de ses compagnons est agréable, car l’histoire elle-même est originale ; mais si je devais considérer l’ensemble d’un point de vue critique, j’aurais envie de dire que j’avais l’impression de voir un jeu-vidéo dont je n’aurais pas tenu la manette. Une autre façon de présenter la chose serait de dire que le scénario est constitué de quelques éléments clé, et que le reste fait plus office de remplissage, avec des phases de recherche, d’exploration, d’action, etc… Bon, ce n’est pas le seul film avec un schéma similaire, mais ici, je ne sais pas si cela vient de l’animation 3D ou pas, cela m’a particulièrement sauté aux yeux. Dans le même registre, la fameuse « machine » du film n’a pas la puissance que nous pouvons attendre d’elle. Et surtout : la fin part dans un délire vraiment dommageable. A partir d’un point de l’histoire, le scénariste aurait pu développer quelque chose de vraiment intelligent et touchant, mais choisit finalement une conclusion un peu trop consensuelle, à mille lieux de la puissance émotionnelle qu’elle aurait pu dégager.
Numéro 9 est un film plutôt bon dans l’ensemble, mais perturbé par de nombreux défauts.

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6 commentaires pour Cinéma de Quartier (6)

  1. Windspirit dit :

    J’approuve pour Redbelt. C’est du Mamet, quoi.

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  2. A noter que « Attack of the Killer Tomatoes » a eu droit à pas moins de 3 suites (dont une qui se passe en France) qui n’ont peu/pas d’intérêt en soi …
    Sauf peut-être « Return of the Killer Tomatoes » où on a droit à du George Clooney avec les cheveux encore bruns et une coupe FULL 80’s !
    What else ? (c)(r)(tm)

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  3. gemini dit :

    Return of the Killer Tomatoes reste clairement en-dessous du premier opus. Il ne vaut que pour quelques gags, George Clooney contraint de faire des pizzas au beurre de cacahouètes, et l’as du déguisement grimé en Kadhafi. Mais un plus gros budget fait perdre à l’ensemble le côté purement délirant de Attack of the Killer Tomatoes.

    Petit morceau choisi de Attack of the Killer Tomatoes : http://www.youtube.com/watch?v=N_cL-EVgYQE

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  4. Grimm dit :

    Un gâchis, Numéro neuf n’aura été qu’un gros gâchis et c’est bien dommage.
    Par ailleurs, je me suis fait suer devant Arsenic and Old Lace. Humour un peu lourd… en fait, lourd dans son ensemble. Manque d’habitude, je suppose.

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  5. gemini dit :

    Grimm >> Je vois ce que tu veux dire par « un peu lourd ». J’avoue que je ne reverrais pas ce film tous les jours.

    Ialda >> Cela risque d’être un problème, il y a plein d’escaliers à l’asile.

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