Gasaraki, entre guerre et danse traditionnelle

Je suis du genre à faire confiance aux noms pour choisir une série à regarder. Alors comment diable avais-je pu passer à côté de Gasaraki ? L’histoire et la réalisation sont de Ryousuke Takahashi (Flag), le chara design est signé Shukou Murase (Gundam Wing), et le mecha design est confié à deux des plus grands experts en la matière : Yutaka Izubuchi (Patlabor) et Shinji Aramaki (Bubblegum Crisis).
Ca donne envie.

J’ai commencé cet anime sans rien savoir dessus si ce ne sont les noms ci-dessus et le fait qu’il s’agisse d’une série avec des robots. Donc vous ne saurez rien non plus, ça vous laissera la surprise.
Comme il faudrait tout de même donner une ou deux précisions, je vais me contenter de vous décrire brièvement le premier épisode, dans l’espoir de piquer un peu votre curiosité. Tout commence avec un garçon (notre héros) qui doit réaliser une danse traditionnelle Noh sur le rebord d’une falaise, observé par une armée de scientifique ; et alors qu’il exécute sa danse, comme s’il entrait en transe, de mystérieux phénomènes se produisent et le sol commence à s’affaisser près de lui. Au même instant, d’autres scientifiques conduisent une expérience sur une jeune fille. Tout à coup, la fille apparaît dans l’esprit de notre héros et lui demande d’arrêter de danser, car il risque de faire revenir la terreur sur Terre. Et sous le regard incrédule de son entourage, il s’arrête effectivement. Et il y a des robots.
Voilà en gros pour le premier épisode. Vous n’avez rien compris ? Normal. Ne vous inquiétez pas, tout le reste de la série ne ressemble pas à ça.

Gasaraki, vous l’aurez saisi en lisant ce résumé du premier épisode, est un anime de mécha. Mais pas que. Pour parler franchement, j’en avais rarement vu avec un scénario aussi riche, autant d’implications, et surtout un tel univers mêlant magie et conglomérat militaro-industriel. Même s’il développe quelques thèmes extrémistes, je l’ai trouvé d’une rare intelligence, très original, et l’auteur se paye même le luxe de se montrer visionnaire à bien des égards. Là encore, je ne m’étendrais pas trop, juste le temps de dire que l’origine des méchas m’a plu, et que l’histoire elle-même aura réussi à me captiver tout au long des 25 épisodes, ce qui est assez fort. Je suis du genre à me disperser facilement ; là, cet anime est passé comme une lettre à la poste.

Pour une fois dans une série de méchas post-Evangelion, le héros n’est pas un adolescent dépressif qui va passer son temps à se lamenter sur sort. Bon, le héros est effectivement un adolescent ; et vu ce qui lui arrive, il aurait de quoi se plaindre, mais non : il va de l’avant, il essaye de surmonter ses problèmes et surtout de trouver des réponses à ses questions. S’il pilote aussi bien la première fois que nous le voyons monter dans un mécha, c’est qu’il a de l’expérience ; rien à voir avec ces héros qui tombe sur un mécha par hasard et sont super balèzes dès leur premier combat. Rajoutez à cela qu’il est fort en amitié et qu’il possède un certain courage sans pour autant être un surhomme absolument parfait, et vous obtenez un héros finalement original, humain sans être une larve car habitué à la dure.
Son alter-égo féminin n’est pas en reste, même si une petite phase de mutisme lui donne un côté Rei renforcé par sa couleur de cheveux.
Quant aux autres personnages, il y en a pour tous les goûts : du clone du Major Katsuragi au japonais ultra-nationaliste, en passant par les hommes d’affaire véreux et le président des Etats-Unis.

Donc Gasaraki est un anime prenant, techniquement au top pour l’époque (1998) et pour le format – je n’en attendais pas moins de l’équipe réunie sur cet anime – et j’ai pris beaucoup de plaisir à le regarder. Seulement, comme tout anime avec un scénario, il y avait un risque d’incohérences, et elles sont là.
Bon, déjà, je vais reprendre ma vieille rengaine sur la causalité : dans la vie réelle, tout effet a forcément une cause même si nous ignorons laquelle, alors que dans un anime, un effet peut ne venir que de la volonté d’un scénariste qui n’a aucune envie d’en inventer la cause. Ainsi, le passé de Miharu (l’héroïne) nous est inconnu, alors qu’il y aurait eu énormément de choses à expliquer, ainsi que sur tout ce qui l’entoure avant sa rencontre avec le héros. Jusqu’au bout, j’ai cru que nous aurions une explication rationnelle, mais que dalle.
Car quand je dis « jusqu’au bout », j’inclue évidemment le dernier épisode, alors que mieux vaut ne rien en attendre : c’est juste un gros, un très gros WTF. Une sorte de délire qui permet de passer sous silence les questions en suspens, et à abreuver les spectateurs d’un flot d’informations plus ou moins crédibles mais à ce point noyées dans des discours alambiqués que cela devient incompréhensible. Le but du jeu étant que le spectateur ne cherche plus à comprendre et accepte tout sans retenu ni analyse, c’est le fameux syndrome du « trop profond« . D’ailleurs, c’est justement là que le scénariste a dû vouloir nous la mettre dans ce dernier épisode : bien profondément.

Il est dommage que Gasaraki n’aille pas jusqu’au bout dans la qualité de son scénario, et se contente d’une forme de délire pour masquer sa propre incompétence. Heureusement, cela ne vaut que pour la tout fin de la série, ce qui est dommage mais qui ne la condamne pas dans son entier. Car pour le reste, il s’agit d’un anime de mécha qui sort des sentiers battus et possède de grosses qualités ; c’est toujours bon à prendre et je n’ai pas boudé mon plaisir.

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8 commentaires pour Gasaraki, entre guerre et danse traditionnelle

  1. le gritche dit :

    Cet anime au scénario effectivement ambitieux m’avait un peu laissé sur la touche à l’époque et je l’avais abandonné, le chara-design et la colorisation n’avaient pas aidé. Je crois que c’était les discussion sur ce que devrait être le Japon qui m’avaient le plus gavées.

    Je reprendrai bien mais ce que tu nous dit de la fin m’en dissuade totalement. Gasaraki me semble bien plus qu’une curiosité, pour autant ça ne s’avale pas comme du petit lait.

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  2. le gritche dit :

    Pardon pour les fautes.

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  3. Amrith dit :

    Que le passé de Miharu n’ait pas été abordé durant la série ne constitue pas une incohérence. Au pire, c’est un trou, au mieux un choix délibéré – et étant donnée la froideur généralisée des personnages de la série, ce qui n’est pas inédit chez Sunrise loin s’en faut, j’opterais plutôt pour cette dernière solution. Une incohérence, c’est une erreur dans la logique scénaristique ou dans la réaction des personnages à un évènement donné.

    Sinon, à mon avis, présenter Ryosuke Takahashi comme étant le créateur de « Flag » alors qu’il est avant tout le réalisateur de la légendaire franchise « Armored Trooper Votoms » n’est pas le meilleur moyen de promouvoir cette bonne série, qui a aussi vu les débuts à la co-réalisation de Goro « Code Geass » Taniguchi – même si ce dernier s’est plaint par la suite d’avoir été écrasé et bridé dans sa tâche par son aîné.

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  4. gemini dit :

    Le Gritche >> Si tu n’as pas accroché au début, je te déconseille d’essayer la suite qui reste globalement dans la même veine.

    Amrith >> L’absence d’explication constitue une incohérence potentielle, puisqu’il n’existe pas de raison logique à un grand nombre d’événement.
    Quant à Ryosuke Takahashi, j’ai préféré le citer aux côtés d’une œuvre que j’ai vu, et dont je peux garantir la qualité. Votoms viendra, mais en attendant, je ne peux pas le féliciter pour un anime que je ne connais pas.

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  5. Amrith dit :

    Je ne vois pas trop ce qu’ils auraient pu raconter de plus avec le passé de Miharu. Il est suggéré plusieurs fois qu’elle a été élevée/lobotomisée par l’organisation Symbol, sans doute depuis son enfance, et qu’elle n’a jamais eu de vie en dehors de cela. En faire plus, alors que l’essence même du personnage est de n’avoir jamais existé par elle-même avant sa rencontre avec Yuushiro, aurait été contraire à l’idée de fille automate programmée par ses supérieurs, manifestement voulue par le réalisateur.

    L’absence de background diffère de l’incohérence, d’autant plus si cette absence s’insère dans l’image que l’on souhaite donner du personnage.

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  6. gemini dit :

    SPOIL : Miharu est censé être descendante des Gowa, hein :/ Va savoir comment Symbol a pu la récupérer. Sans parler du moyen de créer leurs Fakes ^^’

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  7. Amrith dit :

    Si ma mémoire est bonne, on parle d’une organisation suffisamment puissante pour fournir des gouvernements en robots de combat et ourdir des coups d’état. Partant de là, elle dispose forcément de services de renseignement à la pointe, et s’en sert comme le ferait un pays en temps de guerre.

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  8. Guilhem dit :

    Ce qui m’a fasciné dans Gasaraki, c’est l’instantané que propose cette série du Japon contemporain écartelé « entre tradition (ici la magie et les scènes de l’époque médiévale) et modernité (représentée par les technologies et l’époque contemporaine) » ce qui en retour permet de mieux comprendre les discours extrémistes de certains personnages (qui veulent manifestement revenir à la gloire d’antan du Japon) et l’atmosphère de magouilles économico-politiques (qui est une caractéristique du présent) ; que ce soit un anime de mecha n’est pas innocent, et s’avère même un choix plus que judicieux quand on sait à quel point ce genre est prépondérant au Japon – d’un certain point de vue, c’est presque une définition du Japon contemporain d’ailleurs – d’autant plus que les mechas proposent ici un hyperréalisme technologique jamais atteint jusqu’à présent dans le genre, ce qui souligne davantage le contraste passé/présent qui sert de concept de base à l’histoire – au lieu de se vouloir une « simple » performance technique comme c’était le cas jusqu’à présent dans les benchmarks précédents du sous-genre des real mechas (Patlabor, Votoms, Macross)

    Bref, c’est un anime beaucoup plus profond et complexe qu’il peut le laisser penser au départ et son analyse peut se faire à plusieurs niveaux, ce qui ne gâche rien. Quoi qu’il en soit, c’est à ne manquer sous aucun prétexte !

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