TMS : de l’animation depuis 1964

Pour compléter (avec son accord) le travail de Amo sur les studios d’animation, je vous propose un billet consacré à un monstre sacré de l’animation japonaise : la TMS.

Tout commence, comme souvent, par Osamu Tezuka. En 1963, son studio Mushi Production adapte en anime Testuwan Atom (Astro Boy), diffusé sur Fuji TV. Un immense succès populaire, qui pousse de nombreuses chaînes de télévision à miser sur l’animation. TBS ne fait pas exception et commande une série à Telecom Cartoon Japan ; leur association est couronnée de succès mais ne peut se poursuivre, le studio travaillant sur l’adaptation de Tetsujin n°28 pour une chaîne concurrente.
Qu’à cela ne tienne, TBS va lancer son propre studio d’animation.

La chaîne propose son premier projet d’anime, l’adaptation du manga Big X de Osamu Tezuka, à Yutaka Fujioka et à sa troupe de marionnettistes, Hitomi-Za, dont font parti Masaaki Osumi et Tadao Nagahama. Ils acceptent et fondent Tokyo Movie le 19 Août 1964, dans un premier temps basé dans les locaux mêmes de TBS.
Malheureusement, ils ont encore beaucoup à apprendre sur l’animation de personnages en 2D, et Big X est un échec cuisant, d’autant plus qu’il provoque une grave crise interne. Yutaka Fujioka perd son poste de président du studio.

Tokyo Movie, toujours sur l’impulsion de Yutaka Fujioka malgré sa rétrogradation au sein de sa société, va entrer dans une nouvelle ère : celle de la collaboration. L’entreprise se spécialisera dans la production et le management, confiant le travail sur l’animation à de petites structures spécialisées qui deviendront leurs partenaires privilégiés. Au premier rang desquelles A Production, un studio formé par d’anciens membres de Toei Animation.
Néanmoins, il est convenu que la réalisation restera confiée à d’anciens membres de la troupe Hitomi-Za, comme Tadao Nagahama et Masaaki Osumi.

C’est en 1965 que Tokyo Movie connaît son premier grand succès avec Obake no Q-Taro, adapté du manga éponyme de Fujiko Fujio, le célèbre duo de mangaka.
A partir de cette époque, le studio va enchaîner les réussites avec en particulier deux classiques de l’animation sportive : Kyojin no Hoshi en 1968, et Attack n°1 (Les Attaquantes) en 1969, ce-dernier restant encore aujourd’hui un des animes les plus populaires au Japon.
Parallèlement, il continue d’adapter les œuvres de Fujiko Fujio : Paaman en 1967, Kaibutsu-kun en 1968, et Umeboshi Denka en 1969.

En 1969, il se produit une petite révolution chez A Production, qui aura des effets bénéfiques pour Tokyo Movie : 3 nouveaux transfuges de Toei Animation rejoignent le studio. Et pas n’importe lesquels, puisqu’il s’agit de Yasuo Otsuka, Isao Takahata, et Hayao Miyazaki. Les nouvelles recrues vont tout de suite pouvoir aller faire leurs armes sur Moomin (Les Moomins), un anime appartenant aux World Masterpiece Theater, et adapté d’un roman de la finlandaise Tove Jansson. Créé pour le compte de Fuji TV, Tokyo Movie ne travaillera que sur les 26 premiers épisodes, la suite étant confiée aux soins de Mushi Production et de son réalisateur Rin Taro.

Fort de ses succès successifs, Yutaka Fujioka reprend son poste de président de la Tokyo Movie en 1971. La même année, il lance l’adaptation du manga de Monkey Punch Lupin III, en plaçant à la réalisation non seulement Masaaki Osumi, mais aussi deux membres de A Production : Isao Takahata et Hayao Miyazaki. Ce-dernier découvre ce poste pour la première fois. Néanmoins, le succès de l’anime reste mitigé.

Alors que les relations entre Tokyo Movie et A Production commencent à se dégrader – marquées par le départ de Isao Takahata, Yoichi Kotabe, et Hayao Miyazaki pour Nippon Animation, où Alps no Shôjo Heidi (Heidi) les attend – une autre révolution se déroule : Mushi Production, le studio mythique de Osamu Tezuka, fait faillite. D’aucuns diront que l’entreprise avait trop investi dans les 3 films Animerama, et que sa déroute vient en grande partie de là. Toujours est-il que nombre d’excellents professionnels se retrouvent sans travail.
Quelques-uns des plus illustres – Osamu Dezaki, Rin Taro, Akio Sugino, Masao Maruyama, ou encore Yoshiaki Kawajiri – décident de fonder leur propre studio en 1972 : Madhouse. Seulement, ils n’ont pas encore les moyens de produire leurs propres séries, et à l’instar de A Production se tournent vers Tokyo Movie.
Leur première collaboration verra le jour en 1973 : Ace wo Nerae (Jeu, Set, et Match), réalisé par Osamu Dezaki, avec un chara design signé Akio Sugino.
Madhouse et ses stars deviendront dès lors les artisans de quelques-uns des plus gros succès du studio : Ie Naki Ko (Rémi sans Famille) en 1977, Takarajima (L’Ile au Trésor) en 1978, Versailles no Bara (Lady Oscar) en 1979, ou encore Ashita no Joe 2 (Le Retour de Joe) en 1980. Et l’absence de Madhouse n’empêchera nullement ces mêmes stars de travailler de concert avec Tokyo Movie, c’est ainsi que nous retrouvons Osamu Dezaki – qui a quitté Madhouse en 1980 – et Akio Sugino sur Space Adventure Cobra (Cobra) en 1982, ce même Osamu Dezaki sur de nombreux long-métrages de Lupin III, Akio Sugino au chara design de la première saison de Cat’s Eye en 1983, et Rin Taro en temps que réalisateur pour la série mort-née Lupin VIII (Arsène & Co) en 1982.

Le 9 Septembre 1976, le divorce est prononcé entre A Production et Tokyo Movie, l’occasion pour Yutaka Fujioka de repartir sur de nouvelles bases, et de renommer son entreprise Tokyo Movie Shinsha, ou tout simplement TMS.
Après une période de vache maigre – TMS ne s’est guère illustré depuis la diffusion de Ace wo Nerae en 1973 -, le studio va renouer avec le succès grâce à Shin Lupin III (Edgar, Détective Cambrioleur) en 1977, puis grâce à ses nouveaux partenariats avec Madhouse. En 1978, alors que la diffusion de Shin Lupin III se poursuit, il confie la réalisation d’un premier long-métrage Lupin III vs Fukusei-ningen (Le Secret de Mamo) à Yasuo Otsuka, tandis que le second Cagliostro no Shiro (Le Château de Cagliostro) sera réalisé en 1979 par Hayao Miyazaki, lequel vient de rejoindre Telecom Animation Film, une filiale de TMS créée par Yutaka Fujioka.

A partir du début des années 80, Yutaka Fujioka veut élargir le domaine d’action de son entreprise, ce qui constitue la vocation de Telecom Animation Film. Son but est de s’exporter, et de collaborer avec des studios étrangers.
En 1981, il contacte les Français du studio DIC Bernard Deyrès et Jean Chalopin pour créer Ulysse 31, un projet ambitieux qui fera notamment appel à Shingo Araki et à un jeune mecha designer plein d’avenir : Shoji Kawamori. Si la série a connu un grand succès en France, nous ne pouvons pas en dire autant du Japon où, à l’époque, seuls les épisodes sur lesquels des Japonais ont travaillé furent effectivement diffusés. Pas découragé pour autant, Yutaka Fujioka décide de réitérer l’expérience avec une de ses licences fortes, qui devait trouver un certain écho en France : Lupin III. Malheureusement, le projet connaitra une fin tragique, et les relations entre DIC et TMS s’arrêteront là.
Finalement, TMS ira voir du côté italien pour travailler avec les frères Gi et Marco Pagot sur une adaptation des aventures du célèbre détective créé par Sir Arthur Conan Doyle : Sherlock Holmes. Cette collaboration donnera naissance à Meitantei Holmes (Sherlock Holmes), partiellement réalisé par Hayao Miyazaki. Au début des années 90, TMS et les frères Pagot tentent de renouer avec le succès grâce à Reporter Blues, pour un résultat plus mitigé.
Mais parler des collaborations du studio nippon avec l’étranger serait incomplet sans mentionner l’adaptation de Little Nemo en 1989, avec un film co-réalisé par Masami Hata et William T. Hurtz. Hélas, ce projet extrêmement long à mettre en place se montrera aussi terriblement couteux : plus de 5 milliards de Yen seront investis pour sa création, et le film deviendra un bide financier, obligeant Yutaka Fujioka à démissionner.

Les années 80 se révéleront assez avares en matière de succès pour la TMS : Space Adventure Cobra (Cobra) en 1982, Lady Georgie (Goergie) et Cat’s Eye en 1983, et la troisième série de Lupin III en 1984 ; à cela s’ajoute quelques films, OAV, et TV-S visant à exploiter encore et toujours la popularité de Lupin III. Leur plus grande réussite de la décennie reste sans aucun doute le long-métrage Akira en 1988.
Cela mis en parallèle des problèmes financiers causés par Little Nemo, la société sort terriblement amoindries de cette période.

Ce qui devait arriver arriva : Sega rachète l’entreprise en 1992. Puis, en 1995, elle fusionne TMS avec Kyokuichi, une chaîne de salles d’arcade pour donner TMS Entertainement.
Pour renouer avec le succès qui lui fait défaut depuis la production d’Akira, TMS décide de miser sur l’adaptation en 1994 d’un manga des CLAMP : Magic Knight Rayearth. Mais ce qui va sauver définitivement la société est un shônen particulièrement populaire : Meitantei Conan (Détective Conan). Débuté en 1996, l’anime dure encore de nos jours, et compte plus de 500 épisodes, et des dizaines de films et OAV (dont un avec Lupin III).
TMS entre alors dans une spirale positive, et enchaîne de nouveaux les succès, même si nous sentons – à la vue de leur petit nombre de productions – que les aventures du jeune détective restent leur produit d’appel : Bt’X en 1996, d’après un manga de Masami Kurumada, Aishiteruze Baby (Babe My Love) en 2004, D. Gray Man et Shijô Saikyô no Deshi Kenichi (Kenichi le Disciple Ultime) en 2006, mais aussi des séries destinées à un jeune public comme Hamtaro en 2000 et Sonic X en 2003.
Dernièrement, le studio a signé quelques animes remarqués comme Itazura na Kiss et Telepathy Shojô Ran en 2008, ou encore Genji Monogatari Sennenki en 2009, l’occasion de revoir travailler dans la prestigieuse maison Osamu Dezaki et Akio Sugino.
Actuellement, TMS se concentre sur l’adaptation de Saint Seiya : The Lost Canvas.

TMS possède de nombreuses particularités qu’il serait intéressantes de souligner. Celle qui m’a sauté aux yeux lors de l’écriture de cet article est sa quasi incapacité à créer des œuvres originales, je veux dire par là des animes qui ne soient pas des adaptations de manga ou de romans ; à ma connaissance, aucun studio ne crée que des histoires inédites, mais TMS brille par une prise de risque minimum.
Les rares scénarios originaux se concentrent au niveau des nombreux long-métrages du studio. Néanmoins, ces films possèdent une particularité, puisque la plupart ne sont que des séquelles de séries existantes : Meitantei Conan, Lupin III, Ace wo Nerae, Kyojin no Hoshi,… Là encore, TMS se contente de profiter de ses titres phares, ce qui n’empêche pas certaines de ces séquelles d’être d’excellents animes.

Aujourd’hui, la popularité de TMS auprès des passionnés d’animation japonaise reste indissociable de quelques noms parmi les plus fameux liés à cet univers : Isao Takahata, Akio Sugino, Osamu Dezaki, Hayao Miyazaki, Shingo Araki, et bien sûr Yutaka Fujioka.
Leur production récente pourrait nous faire penser que les plus belles heures du studio sont derrière lui, mais je pense qu’il possède encore de quoi nous étonner, comme le prouve leur superbe Genji Monogatari Sennenki.

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2 commentaires pour TMS : de l’animation depuis 1964

  1. Aer dit :

    Pyjama Shazama !

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