La Zone – Mikiyo Tsuda

Bien souvent, les mangaka utilisent des noms de plume, des pseudonymes. Tenez, par exemple : Leiji Matsumoto ne s’appelle pas Leiji Matsumoto, mais Akira Matsumoto. La différence est subtile.
Une mangaka est allé plus loin en ne prenant pas un, mais bien deux pseudonymes, endossant à la fois les identités de Taishi Zaou et de Mikiyo Tsuda. Et il existe une raison à cela : Taishi Zaou écrit du Boy’s Love, voire du Yaoi, tandis que Mikiyo Tsuda se spécialise dans le shôjo. Et j’adore Mikiyo Tsuda.

Cette auteur de shôjo possède la particularité de toujours placer des hommes (ou presque) dans les rôles principaux, et réussit malgré tout le tour de force de ne jamais sombrer dans le Boy’s Love ; il y a de l’amour, il y a des garçons, mais pas de l’amour entre les garçons. Son talent donne vie à des œuvres à la fois tendres, humoristiques, et tragiques, ce qui en fait une spécialiste du genre.
Tout le travail de Mikiyo Tsuda peut se résumer en une seule et même histoire, ou plus exactement à ses personnages. Quoique, même ça, ce n’est pas tout à fait exact : il serait sans doute plus juste de dire que ses deux premiers manga se rencontrent dans son troisième titre.

Donc il convient de commencer par le début, à savoir Family Complex.
Akira Sakamoto possède un bien étrange problème : alors que tous les membres de sa famille possèdent du charisme et un physique, lui souffre de n’être qu’un garçon « normal », et finalement a l’impression de faire tâche au milieu de ses parents, de son frère, et de ses sœurs.
Franchement, le premier manga de Mikiyo Tsuda n’est pas son plus réussi ; avec le recul, il ne vaut le coup d’oeil qu’en parallèle de Princess Princess, pour découvrir les « mystères » de la famille Sakamoto.
Le concept lui-même est fort sympathique, mais le résultat manque clairement d’envergure : chaque chapitre de ce one-shot se contente de parler d’un membre de la famille, réduisant à une douzaine de pages tout le potentiel de chaque personnage. Dommage. La lecture elle-même n’est pas désagréable, mais la mangaka semble passé à côté de toutes les possibilités de son œuvre ; avec plus de chapitres, nous aurions pu obtenir un excellent titre, digne de ses autres créations.

Par ordre chronologique – à la fois la date de sortie et l’âge des personnages principaux -, nous retrouvons Kakumei no Hi (Le Jour de la Révolution), un manga qui impose son auteur comme une adepte des thèmes les plus étranges que nous puissions trouver en manga.
Kei Yoshimura, un lycéen bagarreur, apprend du jour au lendemain qu’il est en réalité hermaphrodite, et génétiquement une fille. Conscient qu’il ne pourrait jamais être véritablement un homme, il décide de changer pour devenir une femme.
Six mois après avoir pris cette grave décision, Kei réintègre son école sous sa nouvelle identité. Rebaptisée Megumi, elle va devoir faire face à ses anciens amis. Mais ceux-ci semblent désormais éprouver plus qu’une simple amitié pour leur ancien camarade.
Ah ça, quand je vous dis que je lis des trucs bizarres, je pense qu’il sera difficile de prouver le contraire après que j’ai parlé de ce titre. L’auteur est un peu farfelue, mais impossible de lui reprocher de manquer d’originalité. Du moins, la base de l’histoire se montre originale, les situations qui en découlent beaucoup moins, puisque ce manga tombe dans un classicisme convenu mais pas désagréable après quelques chapitres.
Au début, nous découvrons un lycéen bagarreur qui va devenir une fille alors que je ne pense que cette idée lui ait un jour traversé la tête. Ensuite, il va découvrir sa nouvelle vie, et surtout faire face à ses anciens amis, dans une école où il était beaucoup plus populaire qu’il ne l’imaginait. Le principe est à la fois cocasse et particulièrement drôle. Une fois que l’identité de Megumi est révélée, et que son statut de fille s’impose, les histoires amoureuses peuvent prendre place, et même si le passif peu commun de notre héroïne provoque quelques étincelles, l’ensemble reste d’une relative banalité. La suite n’atteint pas le niveau de délire jouissif des premiers chapitres, mais comme le manga ne compte au total que deux volumes, cela se laisse lire avec plaisir.

Vient ensuite le gros morceaux, le manga le plus long de Mikiyo Tsuda (5 volumes) : Princess Princess.
Alors que le semestre est déjà bien entamé, Tooru Kouno est transferé dans un lycée pour garçon élitiste. Sans qu’il ne sache vraiment pourquoi, ses camarades de classe posent sur lui des regards étrangement insistants. Il faut dire qu’avec son visage un peu efféminé, il ressemble plus à une fille que n’importe quel élève. Un problème à première vue, mais une chance certaine dans le cas présent : ici existent les « princesses », des garçons choisis pour leur grande beauté pour se travestir, et apporter un semblant de présence féminine dans cet environnement saturé de testostérone qu’est un lycée exclusivement masculin.
Un peu forcé par le président du conseil des élèves, et intéressé par les avantages inhérents à ce titre, il accepte de devenir une princesse, comme le sont déjà Yuujiro et Mikoto.
Pour commencer, je tiens à signaler en quoi il s’agit de la suite des deux manga ci-dessus. C’est simple : Akira (le héros de Family Complex) et Mikoto (un des personnages principaux de Kakumei no Hi) sont tous les deux élèves de l’école, et compte parmi les figures emblématiques à la fois de leur école et de Princess Princess, leur présence allant aussi permettre de voir apparaître les autres personnages que les lecteurs connaissent déjà, comme Megumi et le frère de Akira, souvent cité en exemple par les élèves du pensionnat.
En dehors de ce lien, Princess Princess est le manga de Mikiyo Tsuda que j’ai préféré. Non pas à cause du travestissement – d’autant que ce n’est pas ce qui m’a attiré en premier lieu, puisque j’avais lu Kakumei no Hi auparavant -, mais grâce à la grande tendresse qui s’en dégage : Princess Princess possède tous les atouts du shôjo, mais avec des garçons dans les rôles principaux, ce qui prouve au passage qu’eux aussi peuvent ressentir des puissants sentiments et émouvoir le lecteur.
Ce manga se montre étrangement consensuel : il n’est jamais méchant, toujours d’une grande tendresse, sans qu’il atteigne une qualité hors du commun, je ne trouve strictement aucun reproche à lui faire. C’est drôle – chaque personnage n’ayant pas la même façon de percevoir le travestissement, et cela peut vite virer au délire -, c’est tendre, et les Princesses sont adorables ; je tiens à ce propos à féliciter le designer des costumes, qui possède un goût sûr parfaitement en accord avec le mien.
Le message de Princess Princess le voilà : les hommes aussi sont des créatures sensibles !

Princess Princess est mon manga favori parmi ceux écrits par Mikiyo Tsuda, et je ne dois pas être le seul à trouver cette oeuvre de qualité, puisqu’il s’agit du seul titre de l’auteur publié en France (chez Kami), et même adapté en anime, lequel est sorti en DVD chez Kaze.
Créé par le Studio Deen, l’anime reprend les grandes lignes du manga, même si lui se démarque en abandonnant les références aux autres titres de l’auteur, et en privilégiant le côté humoristique de l’œuvre, comme le montre une utilisation accrue de la SD. Ce qui n’enlève en rien le côté dramatique de l’œuvre, fort heureusement.
Graphiquement, cet anime est très soigné ; l’animation moins, mais on lui pardonne. Quant à la réalisation, elle se garde bien de tomber dans l’excès, ce qui n’est pas forcément un mal.
A noter qu’une version drama existe elle-aussi, malheureusement le physique des acteurs principaux ne leur permet absolument pas de faire illusion dans leurs costumes de princesses…

Pour clôturer cette rétrospective sur Mikiyo Tsuda, il me reste à vous parler de Princess Princess +, un one-shot qui fait suite à la série originale.
Ce n’est pas parce que Tooru, Yuujiro, et Mikoto sont désormais en seconde année que le système des Princesses disparaît ! D’ailleurs, la tâche de trouver leurs successeurs leur incombe.
Parmi les nouveaux élèves, deux ont attiré leur attention : Matsuoka et Izumi. Ils acceptent cette charge, mais il y a un problème : ils ont du mal à s’entendre. Il faut dire que tout les oppose : Izumi est issu d’une famille riche, mais ne voit que rarement ses parents, tandis que Matsuoka vit seul avec son frère et sa sœur, et a du mal à joindre les deux bouts.
Pour faire simple : on prend les mêmes, et on recommence ; l’auteur passe juste le rôle de Princesse à deux nouveaux élèves, qui seront les héros de ce one-shot.
L’histoire elle-même est très convenue : d’un côté le type riche mais à la vie de famille inexistante, et de l’autre, le type pauvre qui s’entend super bien avec sa fratrie (mais qui est orphelin) ; chacun croit que l’autre à ce qui lui manque, et au final, ils s’aperçoivent que tout n’est pas rose pour l’un comme pour l’autre. Et bla et bla et bla…
Ce volume n’est décidément pas indispensable, mais pour ceux qui ont aimé la série de base, ça devrait leur plaire. C’est super basique, mais pas trop mal fait puisque que cela reste dans la lignée de Princess Princess.

Et maintenant ? J’attends que Mikiyo Tsuda écrive de nouveaux manga, et j’espère qu’un éditeur s’intéressera aux autres titres de l’auteur. Enfin surtout à Kakumei no Hi.
Et j’aimerais bien aussi tenter Train Train, une comédie apparemment dans la même veine que les manga de Mikiyo Tsuda, écrite par son amie Eiki Eiki.

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