Celui qui a voulu épouser une Japonaise

Au plutôt, ces Japonaises qui épousent des Français, car il y en a !

Pour le coup, je vais tenter de changer un peu mes habitudes en m’essayant à une disciple qui m’intéresse énormément : la sociologie. Ce n’est pas ma spécialité, alors j’espère que vous serez indulgents.

Ce n’est pas que j’aime raconter ma vie, mais je viens de commencer un nouveau travail pour cet été ; que voulez-vous, j’ai une passion onéreuse à financer.
Aux alentours de midi, l’activité commence à se faire rare, et je décide de profiter de mon temps libre pour aller sur internet, histoire de lire les quelques articles qui m’auraient échappé pendant mon absence. Une collègue, tout aussi surchargée de boulot que je le suis, s’approche alors de moi, constate que je lis un article lié au Japon, et nous commençons à discuter.
Elle m’explique que son cousin a rencontré une Japonaise par internet, qu’il vit au Japon depuis un an avec elle et compte l’épouser sous peu.

Ma première réaction n’est pas « veinard !! », mais « encore ?? » Décidément, de Vincent le Parc à Sébastien Jarry, je trouve que beaucoup de Français finissent par épouser des Japonaises. Bon, vous me direz qu’en évoluant dans un milieu comme le mien (celui de la japanimation), à majorité masculine qui plus est, la répétition de ces exemples n’a rien d’étonnant, mais tout de même.
Cette fois, je commence à me poser quelques questions. Qu’est-ce qui peut bien pousser des Japonaises à priori saines d’esprit à épouser des produits locaux, et qui plus est pas toujours les plus représentatifs du « charme à la française » ?

J’ai cherché à en savoir plus sur cette fille du levant qui parcourait la toile infinie pour trouver l’âme sœur. Au début, j’apprends qu’elle s’appelle Haruna – joli prénom – et qu’elle n’aimerait pas s’installer en France, du fait des crottes de chien sur les trottoirs et de la mauvaise odeur dans les transports en commun ; ce qui oblige son French Lover à vivre au Japon, et sa famille à lui envoyer régulièrement des colis de victuailles bien de chez nous.
Pour l’instant, il travaille au Japon pour le compte de l’agence de voyage qui l’employait avant de rencontrer l’amour. Je demande donc à ma collègue ce qu’il compte faire s’il reste au Japon, s’il pourra conserver son emploi. Ce à quoi elle me répond que financièrement, ils ne devraient pas avoir de problèmes, puisque Haruna dirige la petite entreprise de design qu’elle a fondé.

Ah ! Là, je crois tenir quelque chose. Haruna travaille, et possède une véritable ambition au point de créer son entreprise.
Ce point retient tout mon attention : dans une société où les femmes semblent généralement n’avoir le choix qu’entre le mariage et leur carrière professionnelle (mais rarement les deux à la fois), elle a emprunté la seconde voie.
En effet, la société japonaise telle qu’elle m’apparait ressemble à ceci : le système japonais n’est pas conçu pour que les femmes puissent à la fois travailler et avoir des enfants – donc se marier, car seulement 4% des naissances japonaises ont lieu hors mariage, contre plus de 50% en France -, puisque les structures d’accueil des enfants sont presque inexistantes. Et la mentalité ne semble pas plus adaptée, même si elle évolue très vite.
Cela implique qu’une fois mariées, la majorité des femmes japonaises arrêtent de travailler pour se consacrer à leur foyer ; l’inverse existe aussi, mais reste marginal : ils ne sont quelques milliers d’hommes au foyer au Japon (sur plus de 120 millions d’habitants), et apparemment assez mal vus même si leur nombre augmente. Résultat : à l’heure actuelle, de nombreuses femmes revendiquent le droit de penser avant tout à elles, de privilégier leur carrière, et – par conséquent – de ne pas se marier.
Un signe qui ne trompe pas : le taux de natalité au Japon enregistre des chutes vertigineuses, qui correspondent à l’augmentation du travail des femmes.
Et dans tout cela, nous avons une femme qui a monté sa propre entreprise, et qui malgré tout cherche une personne avec qui partager sa vie. La conclusion que j’en retire peut sembler tirée par les cheveux – toutes les remarques à ce sujet seront les bienvenues – mais je crois que pour trouver un homme capable d’accepter une femme voulant à la fois endosser les rôles d’épouse et de travailleuse, elle avait de meilleures chances en cherchant à l’étranger.

Plus j’y pense, plus je me dis que cela a dû jouer dans son choix d’utiliser internet pour trouver l’âme sœur.
Je sais que les animes et les manga ne donnent pas toujours une vision réaliste de la réalité, mais je prendrais un exemple extrêmement récent de famille japonaise : celle de Tokyo Magnitude 8.0 (garanti sans spoil). Ici, les deux parents de l’héroïne travaillent. Dans le premier épisode, le père rentre, va prendre une douche, se met à l’aise, et regarde la télévision. Sa femme rentre un peu plus tard, épuisée, et le mari commence à lui reprocher que ses enfants ont faim. WTF !!!!
Alors je sais bien que cela existe aussi dans des familles françaises – j’en connais -, mais je pense que dans une société aussi récente que celle du Japon – pour rappel, le pays est sorti de la période féodal il y a seulement 141 ans -, où le système patriarcal reste aussi marqué, la « dictature masculine » possède encore un poids bien plus important qu’en Europe de l’Ouest, où l’égalité des sexes va sans doute plus facilement de soi.
En s’orientant vers des étrangers, elle pensait peut-être – inconsciemment ou pas – trouver un homme plus volontiers ouvert d’esprit en matière de partage de la vie professionnelle et de la vie maritale. Evidemment, tout cela n’est que supposition.

Par curiosité, j’ai demandé à ma collègue l’âge de Haruna : elle approche de la trentaine, comprenez l’âge où une Japonaise commence à n’être « plus consommable », voire incapable de faire des enfants selon les plus extrémistes. Ce qui peut signifier soit qu’elle doit trouver un partenaire au plus vite, soit qu’il ne lui reste comme possibilité que les personnes moins attachées à l’âge de leur conjoint ; en France, les mariages à plus de 30 sont légion, c’est le cas de la large majorité des couples gravitant dans l’univers socio-professionnel de mes parents.

Outre tout ce que le Japon a pu générer comme fantasme sur la France et ses habitants, le choix de Japonaises d’épouser des Français (sans compter ce détail appelé « amour ») peut s’expliquer par une envie de liberté conjugale, un éloignement du carcan sociétaire imposée à la gente féminine et des mentalités passéistes où « les femmes restent à la maison », même si ces mêmes mentalités évoluent sans cesse.
Mais j’aimerais bien que des personnes connaissant bien le Japon me donnent leur avis sur la question.

Là où cette situation m’ennuie un petit peu, c’est pour les enfants métisses de ces couples qui auront décidé de rester au Japon, comme dans le cas dont je viens de parler.
En effet, lorsque j’étais au Japon, j’avais remarqué que les autochtones s’adressaient tout le temps à moi en anglais ; je n’avais pas l’air particulièrement d’un touriste (je portais des vêtements de tous les jours), mais je suis de type caucasien. Cela ne me dérangeait pas puisque je n’étais effectivement pas Japonais, mais cela traduit une mentalité selon laquelle une personne ne ressemblant pas à un Japonais n’est pas Japonaise. Rien de raciste dans cette attitude – il n’y avait rien de haineux, c’était au contraire très amical puisqu’ils faisaient un effort pour que je les comprenne -, mais il ne semblait pas leur venir à l’idée que je puisse être de nationalité japonaise, et parler japonais. Ce qui n’est effectivement pas le cas, mais ils n’avaient strictement aucun moyen de le savoir.
Ces enfants métisses, qui ne ressembleront pas tout à fait au Japonais type, risquent donc de croiser des gens qui leur diront « good morning » dans le métro pendant une bonne partie de leur vie, jusqu’à ce que les mentalités sur le sujet évoluent à leur tour. Et je parle là des chanceux qui n’auront pas à subir un racisme de base, qui existe bel et bien.

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13 commentaires pour Celui qui a voulu épouser une Japonaise

  1. Ciela dit :

    « je trouve que beaucoup de Français finissent par épouser des Japonaises »
    Ah bon!? C’est pas avec 3 cas qu’on peut en tirer une généralité.

    « elle n’aimerait pas s’installer en France, du fait des crottes de chien sur les trottoirs et de la mauvaise odeur dans les transports en commun »
    Ce ne serait pas plutôt car elle a fondé une société. Elle a surement donné (et donne) beaucoup d’energie pour sa société au point de « sacrifier » une vie de couple. Alors, je ne vois pas pourquoi elle quiterait tout du jour au lendemain.

    Il y a très peu d' »étranger » au Japon, je trouve leur reaction normale. La seule manière de changer ça serait que le nombre d’immigrants augmente.
    Pour leur(s) futur(s) progéniture(s), on ne peut pas affirmer si elle(s) ressembleront plus au père français qu’à la mère japonaise.

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  2. edogawa dit :

    c’est vrai, il faut relativiser ce nombre, tant que le japon empechera l’immigration de masse, les mariages mixtes resteront plutot confidentiels.

    pour la fille qui a presque 30ans, comme tu le dit, c’est peut etre une « chasseuse » de gaijin, qui cherche a faire un bebe le plus vite possible avant d’etre « périmée » , dans les sites de correspondance, on retrouve ce genre de profile assez souvent… mais souvent les filles qui epousent un etranger, c’est parce qu’elles ont deja un interet certain pour l’etranger et maitrise soit le francais soit surtout bien l’anglais (ce qui est rare quand meme au japon)

    mais de la a dire que les japonaises se tournent vers les etrangers car elles ne peuvent pas concilier le mariage et leur taff, vie de famille etc, avec des japonais males, je ne m’avancerai pas jusqu’a la…

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  3. tompopo dit :

    Faut voir la manière dont ils se rencontrent…Je suppose que ce n’était pas « salut, omg tu es français, on se marie ? ».
    Internet c’est trop vague.

    « mais il ne semblait pas leur venir à l’idée que je puisse être de nationalité japonaise, et parler japonais. Ce qui n’est effectivement pas le cas, mais ils n’avaient strictement aucun moyen de le savoir. » AH AH ! L’un de tes parents est japonais ? Si ce n’est pas le cas, c’est une drôle de comparaison ^^’

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  4. FFenril dit :

    Mauvaise illustration. Ni Kati, ni Patrick ne sont japonais.

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  5. gemini dit :

    Tompopo >> Je ne ressemble pas à un Japonais, je ne suis pas Japonais, pour autant ce n’est pas écrit sur mon front.
    En France, cela ne te viendrait pas à l’idée de parler chinois au premier asiatique croisé dans la rue, car il n’a peut-être jamais mis les pieds en Asie. Alors qu’au Japon, si tu ne ressembles pas à un Japonais, les gens pensent que tu n’es pas Japonais ; ta famille pourrait y vivre depuis plusieurs générations, avoir la nationalité, ne parler que cette langue, les gens que tu ne connais pas continueraient de s’adresser à toi en anglais.

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  6. edogawa dit :

    oui mais en france que tu sois un asiatique, noir, maghrébin, etc, tu peux etre « francais » ou meme y vivre depuis longtemps et evidemment parler le francais.

    au japon, dés que tu es blanc (ou meme noir) tu seras catalogué tout de suite « gaijin » voir meme tres souvent consideré a prime a bord comme un americain… d’ailleurs soit ils disent gaijin soit amerika-jin…
    un peu comme en france, tous les asiatiques sont des « chinois » pour le francais lambda

    de plus le fait qu’un etranger parle japonais est un peu impensable pour eux, bah ouai la langue japonaise etant tellement difficile que si t’es pas jap, tu peux pas….

    maintenant faut avouer que des japonais typé etranger sont extrement rare, (car deja que les etrangers sont rare.. je parle evidement pas des grandes villes mais ca reste quand meme relatif) de plus les etrangers qui prennent la nationnalité japonaise doivent japoniser leur nom de famille, sans parler des autres conditions draconiennes exigés… de plus leurs enfants seront evidement metissé, donc ils ressembleront deja moins a un mec blond et aux yeux bleu…

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  7. Tetho dit :

    Oui mais non…
    Le gamin (ou la gamine) métisse est plutôt chanceux, il va être assez typé asiatique pour être reconnu comme japonais mais aura de nombreux traits occidentaux si apréciés (aux points que de nombreux jeunes passent par la chirurgie esthétique)
    Pour donner un exemple simple, un couple que je connais par le net a eut une petite fille, et bien sa mère (japonaise) était ravie de voir que sa fille n’a pas les yeux bridés.
    Bref peu de risques d’ijime pour le petit à part si il revendique ouvertement sa différence (et là comme le veut l’addage japonais, « le clou qui dépasse appelle le marteau »).

    Sinon si les japonais parlent avant tout anglais aux étangers c’est simplement parceque t’as juste 10 millions de mecs hors archipel qui parlent la langue. Si tu étais en vettements de tous les jours, tu étais typé touriste (en costar ça aurait été différent, mais j’imagine que t’avais un sac à dos en plus, ça aide pas à se fondre dans la masse). Faut pas chercher, ds caucasiens qui vivent au Japon t’en a pas 100 000, par contre il doit facilement y avoir plus de 2 millions de touristes en provenance d’Europe ou d’Amérique du Nord. Do the math.
    Quand aux caucasiens pur souche (comme toi) qui ont aquis la nationalité japonaise ce sont des cas tellement rares et particuliers (adoption) que l’on peut les oublier directement.

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  8. Kao-chan dit :

    Article très intéressant °-°/ Pour ma part je me pose surtout des questions sur ces japonaises qui viennent vivre en France (et épousent des français), parce que ça m’a troublé de constater que dans ma fac, tous les profs japonais exilés sont des femmes. Je me suis toujours demandé si c’était juste le hasard ou une preuve qu’elles étouffaient dans leur pays, au point de venir supporter nos crottes de chiens. Par contre pour les japonaises qui restent au Japon et épousent des français exilés… tu as l’air de sous-entendre que le français de base n’est pas un bon parti et qu’il n’y aurait pas d’autre raison pour une japonaise d’en épouser que l’envie d’échapper au schéma traditionnel. J’ai des doutes quand même, je veux bien dire ça de certaines africaines mais là tu me sembles tirer des conclusions trop vite.

    Sinon, à en juger les quelques métisses que j’ai pu rencontrer dans ma vie, ils restent quand même typés très asiatiques. C’est sûr qu’ils rencontreront des problèmes de discrimination, mais je pense pas qu’on leur parlerait anglais quand même…

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  9. gemini dit :

    « tu as l’air de sous-entendre que le français de base n’est pas un bon parti et qu’il n’y aurait pas d’autre raison pour une japonaise d’en épouser que l’envie d’échapper au schéma traditionnel »
    >> Professionnellement, tous les Français que je connais, sont parti au Japon pour épouser une Japonaise, soit sont chomeurs, soit enchaînent les baito (ce qui est assez précaire).
    Je ne crois pas que nous puissions parler de « bons partis » dans leur cas, ou alors nous n’avons pas la même définition de ce terme.

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  10. Kao-chan dit :

    Ah autant pour moi, j’avais dans l’idée que les gens qui partaient vivre au Japon avaient tous des boulots importants xD Dans ce cas là, c’est sûr qu’on peut se poser des questions, peut-être que certaines japonaises préfèrent effectivement un français glandeur à un japonais bosseur 😡

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  11. gemini dit :

    Il y a certainement des Français partis bosser au Japon et qui ont rencontré l’amour, mais je ne connais que la situation inverse ^^’
    Je connais aussi des Français qui sont allés au Japon pour travailler, mais soit célibataires, soit mariés à une Français 😛

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  12. edogawa dit :

    kao-chan, pour tes prof filles et pas mecs, je pense que c’est une question de stats, a la base dans les cours de langue a la fac, notamment de francais, y a principalement que des filles, donc c’est logique de retrouver plus de fille qui deviennent prof non?

    un peu comme en section L en france… où les filles sont legion

    sinon tu fait du japonais? tu es en quelle annee? :p

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  13. edogawa dit :

    en fait c’est pour savoir au bout de combien de temps d’etude tu arrives a comprendre les animes 😮

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