La Zone – Makoto Shinkai

La première fois que j’ai entendu parler de Makoto Shinkai, c’était dans une revue spécialisée ; ce jeune créateur était alors présenté en parallèle à son premier succès international : Hoshi no Koe. Ce qui frappait, dans cet article, c’est qu’il y était mentionné que Makoto Shinkai avait réalisé son OAV de 25 minutes entièrement seul, avec son Mac et Photoshop, et que seuls la musique et le doublage d’un des protagonistes étaient les faits d’intervenants extérieurs, à savoir sa femme et un de ses amis.
Mais plus qu’un simple anime indépendant, l’auteur nous offrait ici une œuvre magnifique, dont le visionnage m’a donné envie d’en savoir plus sur cet artiste alors presque inconnu.

Makoto Shinkai est né en 1973. Après être sorti de l’université diplômé en littérature japonaise, il est engagé dans une société de jeux vidéo où il va apprendre le métier d’animateur 3D ; il travaille sur les séquences d’animation de plusieurs jeux, essentiellement des « ero-games » (jeux de drague typiquement japonais), dont Bittersweet Fools et Wind – A Breath of Heart (qui sera adapté plus tard en anime).
En 1999, en parallèle à son travail, il entreprend la création de son premier court-métrage de 5 minutes : Kanojo to Kanojo no Neko (Elle et son Chat) ; déjà, Makoto Shinkai réalise entièrement seul cet anime, et ce jusqu’aux bruitages et au doublage. Après que cet anime ait rapporté plusieurs prix à son auteur, celui-ci trouve un éditeur qui va lui permettre de distribuer son œuvre ; c’est le début de la reconnaissance. La même année, il crée Other World et démissionne pour se consacrer entièrement à l’animation.
Il lui faudra 6 mois pour créer son premier anime en tant qu’auteur à part entière, toujours seul : Hoshi no Koe (Voix d’une Lointaine Etoile). Là encore, Shinkai va rafler de nombreux prix un peu partout dans le monde, et commencer à se faire un nom au niveau international. L’année d’après sort un clip pour illustrer une chanson de Hiromi Iwasaki : Egao ; et cela va suffire à accroître encore la popularité de Shinkai auprès du public nippon.
L’auteur nous offre une œuvre la plus vaste en 2004 avec le film Kumo no Muko, Yakusoku no Basho (Au-delà des Nuages, le Lieu de la Promesse). Il atteint ici des sommets en matière de qualité graphique (et croyez-moi : il n’a rien à envier aux studios les plus connus sur ce plan-là) avec des décors et des jeux de lumière très travaillés, et comme toujours un scénario bien élaboré et beaucoup d’émotion.
Son dernier anime en date reste Byôsoku 5 Centimeter. Que je n’ai pas vu…

~ Site officiel de Shinkai Makoto

~ Site officiel de Kanojo to Kanojo no Neko
~ Site officiel de Other World
~ Site officiel de Hoshi no Koe
~ Site officiel de Egao
~ Site officiel de Kumo no Muko, Yakusoku no Basho
~ Site officiel de Byosuku 5 Centimeters

~ Les travaux de Shinkai Makoto sur Bittersweet Fools
~ Les travaux de Shinkai Makoto sur Wind – A Breath of Heart

Je vous conseille vivement d’aller faire un tour sur ces divers sites (même s’il sont en japonais)

KANOJO TO KANOJO NO NEKO
Kanojo to Kanojo no Neko est le premier anime de Shinkai Makoto, et ce court anime de 5 minutes est ce que je considère être un véritable ovni dans l’univers de l’animation.
Outre son format, cet anime tout en noir et blanc nous propose de découvrir l’univers d’une jeune femme au travers du regard de son chat ; celui-ci va nous livrer ses pensées sur sa maîtresse, avec une certaine naïveté et beaucoup de tendresse.
L’auteur réalise ici le tour de force d’arriver à nous plonger dans un véritable univers, et ce malgré la contrainte de taille de sa production. On découvre la vie de cette fille grâce à l’amour que lui porte son animal de compagnie, et nous ne pouvons ici que nous imaginer sa vie. Kanojo to Kanojo no Neko est un petit bijou, original et très émouvant.

OTHER WORLD
Si vous pensiez que Kanojo to Kanojo no Neko était court et étrange, c’est que vous ne connaissiez pas encore Other World, qui ne dure que 1 minutes et 22 secondes.
Il est assez difficile de juger cet anime. La première impression qu’il donne, c’est d’avoir été filmé il y a longtemps à l’aide d’une vieille caméra, et que la bande est aujourd’hui bien usée ; peut-être à force d’être vue et revue, qui sait ?
Dans Other World, nous voyons ce qui semblerait être des tranches de vie d’une jeune femme. Les quelques séquences sont accompagnées de la musique de Erik Satie « Gymnopedie n°1 », et on peut se demander si l’émotion ressentie en voyant cet anime ne viendrait pas plus de sa bande-son que sa vidéo elle-même.

HOSHI NO KOE
Hoshi no Koe, œuvre primée lors de nombreux festivals, racontent l’histoire d’amour de Noboru et Mikako. Mais cette dernière s’engage dans l’armée, et part dans l’espace avec son unité tandis que Noboru reste sur Terre. Pour communiquer, ils ne peuvent que s’envoyer des courriers via leurs téléphones portables ; mais plus la distance entre eux grandit, plus ces messages mettent du temps pour rallier l’être aimé.
Très franchement, si on ne m’avait pas dit que Makoto Shinkai a réalisé cet anime seul – du moins pour ce qui est des graphismes et de l’animation – je ne l’aurais jamais deviné. En effet, Hoshi no Koe est vraiment magnifique, avec des décors très détaillés et visuellement réussis, et une gestion intelligente de la lumière. Seuls les personnages – en ce qui concerne leur chara design ou leur animation – souffrent de quelques rares défauts ; des broutilles compte tenu de ce que l’auteur a réalisé.
Pour ce qui est du scénario, j’ai trouvé que Hoshi no Koe était l’œuvre qui gérait le mieux le temps et l’éloignement depuis GunBuster. Ce n’est pas forcément anodin, puisque Shinkai a avoué être un grand admirateur de Hideaki Anno (réalisateur entre autres de GunBuster, et surtout de Neon Genesis Evangelion) auquel il a emprunté sa manie des scènes contemplatives.
Vue sa qualité, il était normal que cet anime apporte la renommée à son créateur.

EGAO
J’avoue m’être interrogé : parler ou pas d’Egao ? Après tout, ce n’est qu’un clip musical ! Mais bon, Shinkai n’a pas fait suffisamment de choses pour que je puisse le passer, je crois.
Alors « Egao », cela veut dire « sourire » ; à la base, c’est une chanson de Hiromi Iwasaki, dont les producteurs ont eu la bonne idée de demander à Makoto Shinkai de réaliser le clip.
Celui-ci est parti d’un constat amusant : en un jour, un hamster qui court dans la roue de sa cage parcourt plusieurs kilomètres. Tout comme dans Kanojo to Kanojo no Neko, ce clip raconte le quotidien et la relation d’une fille et de son hamster, en alternant avec des phases où l’on voit le hamster courir dans des grands espaces. Rien de très original, sinon le style graphique employé par Shinkai. La musique en elle-même est quelconque, mais je crois que c’est un clip à voir pour son réalisateur, et non pour sa chanteuse.

KUMO NO MUKO, YAKUSOKU NO BASHO
Et voici le premier long métrage animé créé par Makoto Shinkai. Tout se passe dans un Japon « alternatif » coupé en deux : au Nord se trouve Ize, anciennement Hokkaido, territoire sur lequel l’Union a fait construire une tour gigantesque montant jusqu’aux étoiles, et au Sud la zone aux mains de l’alliance américano-nippone ; entre les deux parties, les tensions sont vives. Hiroki et Takura habitent au Sud et ont un rêve : pouvoir un jour construire leur propre avion, et voler vers l’immense tour d’Ize. Une jeune fille, Sayuri, viendra s’immiscer dans leur projet qui ne verra jamais le jour. Les amis vont se séparer, mais en gardant leur espoir de réaliser leur rêve avec eux.
Graphiquement, Hoshi no Koe était déjà beau, mais là…. c’est grandiose. Niveau qualité des décors, c’est ce que j’ai vu de mieux à ce jour. Ça claque ! Et cette fois, la musique aussi est au top. Le défaut principal reste le même que pour Hoshi no Koe : la gestion des personnages ; cela s’est tout de même nettement amélioré, mais il reste une différence de qualité flagrante entre eux et l’arrière-plan.
Kumo no Muko, Yakusoku no Basho est un film émouvant, et disposant d’une histoire vraiment intéressante, intelligente, et très bien gérée par son auteur. A la différence d’autres films (Appleseed, ou Final Fantasy VII Advent Children, pour ne citer qu’eux), celui-ci ne mise pas tout sur ses graphismes, bien au contraire. L’influence de Hideaki Anno reste présente, notamment lors d’une scène qui m’aura rappelé l’ambiance du poste de commande de la NERV, dans Neon Genesis Evangelion.
Là encore, Makoto Shinkai réalise un coup de maître.

BYOSUKU 5 CENTIMETERS
Le dernier projet de Makoto Shinkai à ce jour: un film divisé en 3 parties, sorti en 2007.

POUR FINIR…
Avant, on parlait de Makoto Shinkai parce qu’il travaillait seul, avec son Mac et Photoshop. Mais aujourd’hui, c’est surtout pour la qualité de ses œuvres qu’il se fait remarquer, alors qu’au total, il a créé en tout et pour tout à peine plus de deux heures d’animation !
Et au fond, si c’était ça la clé du succès : travailler en solitaire pour que personne ne vienne dénaturer la vision que l’on a de son œuvre ?
Quoiqu’il en soit, nul doute qu’en voilà un qui va continuer à faire parler de lui.

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4 commentaires pour La Zone – Makoto Shinkai

  1. Ygard dit :

    Pour ceux qui veulent un exemple en autre résolution, il y a le travail qu’il a fait pour « ef » : http://shop.broccoli.co.jp/maker/ef-the_latter_tale/

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  2. Deuz dit :

    Makoto Shinkai est un de mes nouveaux réalisateurs préférés, avec Satoshi Kon et Masaki Yuasa. Ses films beignent dans une ambiance doucement mélancolique, vaguement nostalgique. 5 cm par secondes est dans la même veine que Kumo no Muko, Yakusoku no Basho, la sf en moins. Par contre, pour Kumo no Muko, Yakusoku no Basho, justement, je suis presque sûr qu’il ne travaillait déjà plus seul (il a eu de l’aide pour les décors et le chara design si je me souviens bien, à vérifier). Je pensais moi-même faire des articles sur les films de ce réa que j’adore. En tout cas, encore un très bon post, comme ceux sur Go Nagai et Tezuka.

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  3. Corti dit :

    File voir 5cm, c’est encore plus beau 😉

    En plus, la défunte Nerae a subbé le film, donc si tu mets la patte sur ce sub, tu auras une adaptation claque de partout.

    Mais Shinkai, c’est le bien, sans aucun doute.

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  4. Faust dit :

    C’est clair que je n’ai jamais rien vu d’aussi beau que 5cm…par contre, je serais nettement moins gentil avec le scénario parce que je me suis quand même copieusement emmerdé ^^

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