Saint Seiya : Les Guerriers d’Abel

C’est un principe bien connu : quand quelque chose fonctionne, autant en profiter. Aujourd’hui, le succès de séries comme One Piece et Naruto donne lieu à des films aux histoires inédites, et le phénomène n’a rien de nouveau : jadis, il en fût de même pour Saint Seiya – Les Chevaliers du Zodiaque.

Surfant sur la popularité de Saint Seiya, la Toei produit 4 films tirés de la licence, entre 1987 et 1989.
Si leurs histoires respectives n’ont aucun équivalent dans le manga, leur schéma narratif est des plus simples, et caricature parfaitement Saint Seiya : Athéna et le monde sont en danger, et les Chevaliers de Bronze doivent aller casser du vilain ; ils prennent des chemins différents, affrontent des types déguisés, Shiryu perd son armure, Shun se fait sauver la vie par son frère, puis Seiya arrive devant le boss de fin, enfile l’Armure d’Or du Sagittaire et se débarrasse de son adversaire, tout le monde est sauvé, générique de fin.
Dans tout cela, le second film – La Bataille des Dieux – est le seul à proposer un minimum d’originalité, en introduisant pour la première fois Asgard, en incorporant des personnages plus fouillés, et surtout en proposant des combats qui ne se déroulent pas dans des temples grecques en ruine.

Et parmi tous ces films, Les Guerriers d’Abel – le troisième film produit, même si premier à être sorti en France – est mon préféré. Pourtant, il s’agit d’un anime bourré de paradoxes.
Abel – une divinité maléfique jadis neutralisée par Zeus et Apollon alors qu’il tentait d’usurper le titre de Dieu du Soleil – réapparaît sur Terre, et se présente devant sa sœur Athéna. Celle-ci déclare alors à Seiya et ses compagnons qu’elle va demeurer auprès de son frère, et que sa protection sera désormais assurée par la garde personnelle d’Abel, et par les Chevaliers d’Or ressuscités.

STOP !
Là, je m’arrête. D’une part car il n’y a rien à ajouter sur le scénario – sinon que Abel va vouloir détruire la Terre, et que Athéna va s’opposer à lui ce qui va le courroucer – mais surtout car j’ai l’impression d’avoir écrit une énormité : «Chevaliers d’Or ressuscités».
Le scénariste, il ne sait pas quoi inventer, alors il décide de faire revenir les 5 crétins qui se sont fait dessouder dans le Sanctuaire. Il crée donc quelques légères incohérences dont je vous passerai les détails, et il nous les ressuscite avec 1/10 de leur puissance d’origine ; ou du moins, ce n’est pas dit mais je le suppose, car ils sont carrément faiblards dans ce film.
Là, nous avons notre premier paradoxe. Typiquement, c’est vraiment une idée à la con. Et puis, les Gold ainsi revenus sont parfaitement caricaturaux eux-mêmes : Aquarius et Capricornus sont les deux gros gentils de service, Pisces et Cancer deux salopards, et Gemini (mon pseudonyme se réfère effectivement à ce personnage), ben nul ne sait s’il est méchant ou pas. Le plus énervant, c’est pour Aphrodite et Deathmask qui en reprennent encore plein la figure ; heureusement que l’épisode 4 de Hades Sanctuary – un des seuls épisodes de l’anime moderne à avoir mon approbation – leur redonne quelques titres de gloire. Mais le paradoxe, c’est qu’il s’agit aussi d’une bonne idée, puisque cela apporte beaucoup d’émotion : la scène de résurrection avec le thème d’Abel en fond sonore, l’opposition Saga/Seiya, et surtout le combat magnifique de Camus et Shura contre les Guerriers d’Abel ; dans cette scène, ils acquièrent le statut de Chevaliers d’Athéna qui leur faisait défaut lors de la Bataille du Sanctuaire, et périssent alors que retentit le superbe Athena’s Death. L’OST V, dévolue à ce film, est une des plus belles de Saint Seiya avec celle d’Asgard.
Au-delà de l’émotion que procure ce duel héroïque, il convient de noter que c’est la première fois que nous voyons deux Gold combattre de concert, et avec de surcroit une mise en scène rapide, loin des adversaires qui se toisent pendant des lustres, et accompagnent leurs attaques de chorégraphies ridicules ; là, nous voyons nos deux valeureux Chevaliers dos-à-dos, le premier déchainant son Aurora Execution tandis que le second invoque son épée Excalibur, c’est absolument superbe, et cela change du Saint Seiya classique. Shigeyasu Yamauchi, le réalisateur, fait ici un travail remarquable.

Les particularités de ce film ne s’arrêtent fort heureusement pas là. Le paradoxe majeure des Guerriers d’Abel, en vérité, c’est que malgré sa trame ultra-basique, prévisible, et même incohérente – faisant qu’il possède un des scénarii les plus pourris des long-métrages de Saint Seiya, peut-être même pire que celui du dernier : Le Temple de Lucifer – il arrive à dégager plus d’originalité et d’émotion qu’aucun autre.
Déjà, il est le seul à mon goût disposant d’adversaires vraiment charismatiques, et donc marquants. Là où le premier film (La Légende de la Pomme d’Or) se contente de Chevaliers basiques – dont un pseudo Orphée de la Lyre et une ébauche du Chevalier de la Flèche nommée Maya – celui-ci nous offre (Abel mis à part) des antagonistes plus stylés : Atlas de la Carène, Jao du Lynx, et Bérénice de la Chevelure. Ce-dernier, surtout, se distingue de la majorité des protagonistes de Saint Seiya par son style élancé et fluide, ses mouvements aériens, et même la certaine grâce qui se dégage de lui lorsqu’il se bat ; en cela, il me rappelle beaucoup plusieurs combattants de Casshern Sins, du même réalisateur et cela se ressent.
Et je tiens à souligner que leurs armures paraissent beaucoup plus travaillées, moins grossières, que celles des autres guerriers propres aux films de Saint Seiya (à part Moane le Trône). Mais ce détail-là n’engage que moi.

Même au niveau de la réalisation, ce film se démarque alors que – techniquement – Shigeyasu Yamauchi a dirigé les quatre.
Cela vient sans doute de la différence de format. En effet, si les autres long-métrages de la série durent 45 minutes chacun, celui-ci dispose de 30 minutes supplémentaires.
Ainsi, les Guerriers d’Abel s’autorise quelques scènes purement contemplatives – surprenant pour un anime comme Saint Seiya – en particulier une séquence splendide pendant laquelle Athéna écoute religieusement Abel interpréter son thème à la harpe. Je crois qu’il s’agit du seul avatar de l’anime d’origine dans lequel le style d’un réalisateur – en l’occurrence Yamauchi, mais d’autres ont œuvré sur cette longue série – se ressent autant ; car selon moi, il existe effectivement un style Shigeyasu Yamauchi.

La dernière particularité – mais non des moindres – de ce long-métrage, c’est le traitement des Chevaliers de Bronze. Ici, ils montrent clairement une émotion inédite : ils tiennent à Athéna en tant que personne.
Ce film va particulièrement s’appesantir sur notre héros : Seiya. Sa réaction à ce qu’il prend pour la trahison d’Athéna à leur égard, puis à la disparition de son cosmos, est véritablement poignante. Lui qui détestait Saori avant de choisir de protéger Athéna – très tard dans la série, je le rappelle – a fini par éprouver un sentiment nouveau pour celle qu’il a juré, sur le testament d’Aiolos, de protéger au péril de sa vie : l’amour. Tout simplement. La chose la plus simple, la plus pure qui soit : l’amour.
Et pour le coup, ce petit gars inutile devient incroyablement touchant. Un peu comme quand Hyoga va porter une fleur à sa mère, à jamais prisonnière des mers gelées de Sibérie.
Le concept de l’amour Saori/Seiya sera repris dans ce qui s’appelle le Tenkai, et que certains hérétiques considèrent comme le 5ème film de Saint Seiya.

Les Guerriers d’Abel, comme tous les films de Saint Seiya, est un anime perclus de défauts, absolument rédhibitoires pour les détracteurs de la série. Mais comme tous les films de Saint Seiya, il reste indispensable pour les fans. Et pour moi, il s’agit du plus beau des films de Saint Seiya ; du moment que vous n’êtes pas allergiques à cette série, je vous conseille vraiment de le voir.

Ah! J’oubliais de mentionner un détail fort amusant. La VF est un monument de catastrophe ; non pas à cause des comédiens de doublage – comme toujours excellents sur cette série – mais du fait du traducteur, lequel ne connaissait apparemment rien à cet anime ou du moins à sa version française, et se fend pour couronner le tout de tournures approximatives. C’est ainsi que nous découvrons Camille du Verseau, ou encore que l’Armure du Cancer devient l’Habit Sacré du Saint Suaire ; cela vaut bien, dans la VF de Poséidon, l’Armure de la Balance transformée en Vêtements de la Lyre.
Pris au second degré, cela devient absolument comique.

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