Le Marché du Manga en France et en 2008

Comme les lecteurs de manga n’ont pas forcément la patience de lire les différents rapports sur le marché de la BD en 2008, je vais vous faire un petit résumé.

Est-ce que le secteur va bien ou mal ?
Grande question, j’aurais presque envie de dire qu’il est trop tôt pour se prononcer… Techniquement, la part des manga dans les ventes totales de BD augmente, mais moins que les années précédentes : à l’heure actuelle, elle représente 37,1% des ventes. Il faut néanmoins remarquer que les ventes de BD au sens large ont baissé ; le chiffre d’affaire généré par cette industrie continue d’augmenter uniquement car les prix ne cessent de grimper !

L’autre chose qui grimpe, c’est le nombre de parutions chaque année : depuis 2003, le nombre de nouvelles séries publiées a doublé, pour atteindre une soixantaine de titres par an, rien que pour les 5 principaux éditeurs. Cela revient à dire que, chaque mois, Kana, Pika, Delcourt, Glénat, et Soleil sortent chacun une nouvelle série en manga.
Ajoutez à cela une accumulation des nouveautés au fil des années, vous aurez de sacrés chiffres : en ce mois de Mars, il sort 156 manga ou assimilés.
Quitte à passer pour un vieux con, je dois admettre que je trouve que cela fait “un peu trop”. Il n’y a pas si longtemps, même si nous pouvions regretter un nombre de titres limités, nous savions à peu près ce qui sortait, nous pouvions plus facilement nous intéresser à des manga méconnus, et parfois, nous avions de très bonnes surprises. Aujourd’hui, j’ai presque du mal à m’y retrouver. Sans compter qu’un fort nombre de parutions, mis en parallèle des tailles limités des rayons et des présentoirs des librairies (spécialisées ou non) limite le temps d’exposition d’une nouveauté, donc les probabilités de tomber dessus “par hasard” ; au bout d’un mois (voire du moment qu’il n’est plus mis en avant), le potentiel commercial d’un volume de manga peut être considéré comme quasiment nul, ne pouvant plus compter que sur les critiques élogieuses et le bouche-à-oreille de ceux qui auraient pu tomber dessus (et apprécier).
Bon, je ne me plaindrais pas trop, car dans le lot des nouveautés, il y a des titres qui m’intéressent énormément ; mais je suis sûr que je passe à côté de petites perles.

Maintenant, je passe aux chiffres qui font peur.
Les 5 éditeurs cités plus haut réalisent 70% des ventes de manga.
Les 3 séries qui se sont le mieux vendues en 2008 ont représenté 30% des ventes.
Les 10 séries qui se sont le mieux vendues en 2008 ont représenté 50% des ventes.
Etonnant, non ?

Voici les détails, avec les tirages du dernier tome à chaque fois :
1/ Naruto (220.000 exemplaires)
2/ Death Note (180.000 exemplaires)
3/ Full Metal Alchemist (75.000 exemplaires)
4/ One Piece (72.800 exemplaires)
5/ Dragon Ball Z (70.300 exemplaires) nouveauté 2008
6/ Fairy Tale (70.000 exemplaires) nouveauté 2008
7/ Samurai Deeper Kyo (66.000 exemplaires)
8/ Gunnm Last Order (58.500 exemplaires)
9/ Nana (55.000 exemplaires)
10/ Le Promeneur (50.000 exemplaires) one-shot
11/ Bleach (49.500 exemplaires)
12/ Saint Seiya – La Légende d’Hadès (40.000 exemplaires) nouveauté 2008
12/ Tsubasa Reservoir Chronicle (40.000 exemplaires)
14/ Ippo : Rage de Vaincre (36.500 exemplaires)
15/ Hokuto no Ken (35.000 exemplaires) réédition
15/ Negima! (35.000 exemplaires)
La suite en vrac : D. Gray Man (33.500), Chocola & Vanilla (30.000), Jackals (30.000 – nouveauté), MÄR Omega (30.000 – nouveauté), Rose Hip Hop (30.000 – nouveauté), Saint Seiya G (30.000), Übel Blatt (30.000), et je m’arrête là.

Ce que je constate, c’est que l’avenir des meilleures ventes n’est pas brillant.
Déjà, dans le lot, il y a des séries finies : Death Note (2) dégage, de même que Samurai Deeper Kyo (7). Ensuite, il y a des séries à la publication très ralentie actuellement, car la France rattrape le Japon : Full Metal Alchemist (3), Gunnm Last Order (8), Nana (9), et Saint Seiya G.
Je tiens à rappeler que certains titres entrent actuellement dans leur dernier arc, en particulier Naruto (1), et Full Metal Alchemist (3). Une fois finis, ces manga laisseront un gros vide derrière eux.

Il y a aussi des nouveautés dans le lot, mais je me montrerais assez critique. Il ne faut pas oublier que leur présence est un peu artificielle, car ce sont les éditeurs qui, tablant sur leur succès, inonde le marché pour gagner en visibilité ; ce qui ne marche pas forcément : le tirage de Saint Seiya – La Légende d’Hadès a baissé de 10.000 exemplaires entre le tome 2 (sorti simultanément avec le tome 1) et le tome 3, ce qui montre une forte diminution des objectifs.
Si nous y regardons de plus près, plusieurs de ces nouveautés sont des suites ou des séquelles – plus ou moins réussies, mais cela ne semble pas influer énormément sur les ventes – de manga célèbres.
Nous trouvons aussi une réédition d’une série popularisée à l’époque du Club Dorothée : Hokuto no Ken (14) ; dans son cas, sa sortie coïncide avec celle du dernier film au cinéma, dans le cadre d’un plan marketing savamment mis au point.
Deux nouveautés de ce classement – Le Promeneur (10) et Rose Hip Hop – sont le fait d’auteurs reconnus. Dans le cas du Promeneur, je ne crois pas trop m’avancer en prétendant que l’importance du tirage s’explique avant tout par le succès de son auteur Jiro Taniguchi auprès des lecteurs de BD “classiques”, et non des amateurs de manga. Et concernant Rose Hip Hop, il s’agit d’un autre manga désormais fini, et dont le tirage a diminué de 5.000 exemplaires entre les tomes 2 et 3.
Restent Fairy Tale (6) et Jackals, qui semblent devoir devenir les fers de lance de leurs éditeurs respectifs : Pika et Ki-oon. Apparemment, ils comptent forcer le buzz autour de ces titres, Pika profitant sans nul doute de la popularité de sa nouveauté sur internet (”la scanlation c’est caca”) et – je suppose – de la légère ressemblance avec un des habitués des meilleures ventes, j’ai nommé One Piece.

Pour rester sur les ventes, je tiens à préciser que le tirage des best-sellers tend à se stabiliser – même pour Naruto qui plafonne à 220.000 exemplaires par tome, alors que ce chiffre ne faisait auparavant que monter – voire même à diminuer. Seuls deux titres du classement ci-dessus voient leur tirage initial s’améliorer : Tsubasa Reservoir Chronicle, et Chocola & Vanilla.

Au-delà de ces manga “stars”, je tiens à rappeler qu’une vente est considérée comme bonne aux environs de 5.000 exemplaires vendus (à ne pas confondre avec le tirage), un objectif que nombre de séries n’atteignent pas ; ce qui peut se traduire par des arrêts prématurés, les éditeurs semblent moins réticents à ne pas aller au bout d’un titre.
Les arrêts prématurés, parlons-en. Ils restent rares, mais ils existent. Et je crains que cela pousse les lecteurs à éviter les séries “à risque”, du genre méconnue, vieille, d’auteur inconnu, ou de plus de 10 tomes. C’est sans doute purement psychologique car ce phénomène est minoritaire, mais partir sur un titre sans savoir si l’éditeur arrivera au bout ou pas peut s’avérer frustrant, donc je suis persuadé que cela joue dans le choix entre deux séries à commencer. J’avoue que pour moi, cela a déjà joué par le passé, et quand je vais vers des manga moins mainstream – comprenez par là : titre, éditeur, ou auteur “connu” -, c’est qu’ils ne sont pas trop longs…

Je vais passer à des considérations peut-être un peu plus personnelles, donc reprenez-moi si je dis des bêtises.
Sur l’ensemble de l’année, je ne trouve pas que nous ayons eu vraiment de grosses surprises. Bon, il y a le matraquage de Pika avec Fairy Tale, mais Death Note avait été un précédent dans le style “très connu avant même sa publication en France”, donc cela s’explique. Si, la grosse surprise, c’est le succès (au moins d’estime pour le moment) de Detroit Metal City chez 12bis ; ce qui tend à prouver que le salut des titres originaux en France passera par les petits éditeurs, s’ils se sont pas phagocytés par les grandes maisons comme Media Participations et Delcourt. Pas de pot pour Detroit Metal City de mon côté : je suis arrivé à saturation sur le tome 3 malgré un début prometteur, et je crois que je vais lui donner une dernière chance avec le tome 4, avant de laisser tomber.
A mon niveau, la bonne surprise c’est que les éditeurs viennent de plus en plus vers les vieux manga de qualité, ayant fini de se focaliser sur les titres même mauvais du moment qu’ils sont récents.
En attendant, surprise ou pas, je ne trouve pas que nous ayons eu des révélations, des manga ayant atteint la maturité et/ou le succès en 2008.

A noter, avant de passer à la conclusion, que 2008 aura été marqué par deux histoires de censure – sur Bokurano et NHK ni Youkoso – qui ont fait grand bruit. Les éditeurs responsables respectent ainsi un vieil adage nippon : si un clou dépasse, il faut lui taper dessus. En gros, si un titre ne comporte qu’une ou deux scènes potentiellement litigieuses, mieux vaut effacer que de mettre sous blisters ou risquer l’ire des associations parentales ; c’est tellement plus pratique…
Pourvu que cela ne se généralise pas.

De l’année 2009, j’attends peut-être une diminution des nouveautés bas-de-gamme, pour se concentrer sur des séries de qualité ; éviter les suites/séquelles qui ne s’appuient que sur leur nom et non sur leurs qualités (je rêve), redécouvrir les grands classiques.
Je souhaite que les grands éditeurs tiennent leurs promesses du genre : “les fortes ventes de nos titres phares vont nous permettre de sortir des séries moins connues”, et que les petits éditeurs continuent de nous trouver des perles insoupçonnées.
Enfin, je rêve d’un renouveau des manga romantiques – comiques ou dramatiques – avec moins d’amourettes lycéennes, et plus de PASSION (plus d’Académie des 24 ce serait sympa). Cela commence fort avec Nodame Cantabile, je ne peux que m’en réjouir.

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