Les Perles du Cinéma Geek (1)

Dernièrement, je regarde moins d’animes. A vrai dire, je fonctionne assez par période : parfois je vais enchaîner les films de HK, parfois passer mon temps à lire des comics, parfois rattraper mon retard sur les dessin-animés nippons qui me restent en stock. Et là, ma cinéphagie primaire m’a repris…

Qu’est-ce que le cinéma geek ? Je crois qu’il s’agit tout simplement des films aimés par la communauté geek, les adaptations (commerciales) de classiques de leur “culture”, les réalisations de leurs semblables, les films de genre, les parodies, les œuvres visionnaires, j’en passe et des meilleurs… Il n’y a pas de liste officielle, le genre “film geek” n’existe sans doute même pas, et si oui il ne s’appuie sans doute sur aucun critère particulier, puisque cela semble comprendre à la fois des titres mainstream, et des petits budgets qui ont fait leur trou grâce au bouche-à-oreille.

Je vais donc créer une série de sujets sur mes “perles du cinéma geek”, les œuvres – connues ou pas – que je mettrais dans cette catégorie (même s’il ne faut pas tout catégoriser), et surtout que je vous recommande.
Pour ce premier tour d’horizon, je vais essayer de me focaliser sur des titres méconnus, ou suffisamment vieux pour qu’ils commencent à être oubliés. Les évidences et les films de super-héros viendront plus tard.

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Je rentre directement dans le vif du sujet avec The Man From Earth, adapté d’un bouquin de Jerome Bixby (scénariste sur Twilight Zone et Star Trek à ses heures).

John Oldman, éminent professeur d’université, décide du jour au lendemain de présenter sa démission et de déménager. Surpris (et un peu vexés), ses collègues organisent chez lui une soirée d’adieu ; ils sont surtout curieux de connaître les raisons de ce départ précipité. John explique alors qu’il a en réalité 14.000 ans, qu’il ne vieillit pas, et qu’il doit changer régulièrement d’environnement pour ne pas que son secret soit exposé.

The Man From Earth, c’est de la bonne vieille SF des années 60 (même si le long-métrage date de 2007), sans chichi ni effets spéciaux de malades. Ici, nous avons un scénario limité à une pièce – le salon de la maison de John – et un groupe de scientifiques qui vont essayer de démonter l’étrange histoire qu’un des leurs raconte. Cela se transforme vite en joute intellectuelle – sans pour autant être barbante ou hermétique – d’une grande finesse, absolument captivante ; au fur et à mesure que le personnage principal expose son récit, sans que ses amis n’arrivent à y trouver la faille, nous ne pouvons nous empêcher de nous demander (nous aussi) si John est un affabulateur de génie, ou véritablement un ancien homme des cavernes.

Sans nul doute un des films les plus brillants qu’il m’ait été donné de voir. Malgré un budget ridicule et une intrigue uniquement constituée de dialogues, le réalisateur Richard Schenkman nous prouve que nous pouvons obtenir un film exceptionnel pour peu qu’il s’appuie sur d’excellents acteurs, et sur un scénario d’une rare intelligence.

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Je reste dans le petit budget avec Clerks, le premier film d’importance de Kevin Smith, un auteur/réalisateur/acteur connu aux USA et considéré comme le roi des geeks, mais parfaitement inconnu en France en dehors de quelques passionnés.

Dante est employé dans une petite épicerie de quartier, et nous allons suivre une de ses journées. Le synopsis ne va pas plus loin que ça. Après, ce n’est pas non plus une journée comme les autres (quoique), puisqu’il va notamment aller à une veillée funéraire, faire un match de hockey sur le toit de son magasin, ou encore se remettre avec son ex-petite amie.

Si le film est tourné en noir et blanc, cela peut passer pour un effet de style ; mais après analyse, je me dis qu’il ne s’agit que d’une astuce pour ne pas que nous voyons qu’il a été filmé essentiellement de nuit (le store est bloqué donc l’intérieur éclairé aux néons) dans une véritable épicerie ; c’est vous dire si le budget était serré.
Clerks est constitué d’une succession de petits sketchs axés sur Dante, mais aussi sur son meilleur ami Randall (le genre qu’il vaut mieux ne pas avoir), les deux filles de sa vie, et bien sûr une ribambelle de clients pas toujours très fins. Basé sur un principe simple mais avec de nombreuses bonnes idées, Clerks laisse la part belle aux dialogues, aux situations parfois improbables, et aux grandes réflexions philosophiques. Vous vous êtes déjà demandé ce qui est arrivé aux petits artisans qui rebâtissaient l’Etoile Noire dans le Retour du Jedi, quand les rebelles la font sauter ? Randall y a pensé à votre place.
Kevin Smith apparait dans son propre film sous les traits de Silent Bob, un gros barbu peu bavard accompagné de Jay, lui véritable moulin à parole. Les deux compères se tapent l’incruste dans la plupart des films du réalisateur, même dans Dogma aux côtés de Ben Affleck, Matt Damon, et Salma Hayek.

Il faut bien avouer que l’humour est parfois cru, mais certaines scènes sont absolument hilarantes. Malgré l’absence de trame, ce film est extrêmement plaisant à regarder, et vraiment drôle ; en tout cas beaucoup plus que Clerks II, qui vaut quand même le coup pour les amateurs du premier opus, ne serait-ce qu’à cause de son final hallucinant.

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Une autre adaptation de roman ; plus exactement, il s’agit de la première adaptation d’envergure de I Am Legend, de Richard Matheson, avant les versions avec Charlton Heston (1971), Will Smith (2007), et Marc Dacascos (2007). Ce film-là date de 1964.

Un mystérieux virus décime la population mondiale. Plus mystérieux encore, certains morts reviennent à la vie sous la forme de créatures amorphes, cannibales, et ne supportant pas la lumière du jour.
Le docteur Robert Morgan, lui, a survécu au désastre, et à la disparition de sa femme et de sa fille. Le jour, il parcourt un New-York dévasté à la recherche des créatures qui, la nuit, assiègent sa maison.

Il y aurait beaucoup à dire sur The Last Man on Earth, ne serait-ce que d’un point de vue historique, et par rapport à ses successeurs. Déjà, nous y voyons clairement les prémices de La Nuit des Morts Vivants, de George A. Romero, daté de 1968 ; sauf que ici, les zombies tiennent énormément des vampires, puisqu’ils ne supportent pas leur reflet dans le miroir et l’ail (ainsi que les pieux dans le cœur).
Le rythme est assez lent, mais permet de bien nous plonger dans la vie traumatisante de ce quidam, pris dans une catastrophe qui le dépasse ; nous ressentons la peur qui l’envahit, une peur à l’échelle de l’être humain.
Mais c’est au niveau de son scénario que ce film se distingue des autres adaptations du livre de Matheson, puisqu’il révèle sur la fin des idées absolument brillantes. Cette fois, la phrase “I am legend” prend tout son sens, et quel sens !

En tant que film d’épouvante, The Last Man on Earth est déjà une réussite car nous partageons vraiment les émotions du docteur Robert Morgan. Mais finalement, c’est son histoire brillante qui fait la différence.

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Toujours dans la catégorie “pas des masses connu”.

Joe Bauers est un homme absolument moyen à tous les points de vue ; ce qui lui vaut d’être choisi pour participer à une expérience scientifique d’hibernation sur une courte durée. Sauf que ce qui ne devait durer que quelques temps va se poursuivre sur 500 ans. A son réveil, Joe est l’homme le plus intelligent sur Terre, et la seule personne à même de résoudre les problèmes.

Vous savez ce qu’il y a de plus terrible avec Idiocracy ? Il est crédible. Il nous explique pourquoi les idiots ont plus de chance de se reproduire que les génies, et présenté sous cet angle, difficile de contre-dire l’auteur. Résultat : Dans 500 ans, la Terre sera peuplée de crétins, les intelligents auront disparu ; le président des USA aura été élu car il a gagné 5 fois le prix de “grosse patate dans ta gueule”, et les champs seront arrosés avec des boissons énergisantes.

Le problème de ce film, c’est qu’il part de très bonnes idées de base – les livres d’histoire du futur nous apprennent que Charlie Chaplin était un dictateur qui a voulu conquérir le monde – mais s’essouffle avant la fin. Dommage. Mais il n’en demeure pas moins à découvrir, car amusant et original. Rien que pour les explications au début sur les capacités reproductrices des crétins et des génies, ainsi que la découverte du monde du futur s’il était dirigé par des abrutis, cela mérite le détour.

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Avant de devenir un film de série Z en 2008, Death Race était un film de 1975 avec feu David Carradine et Sylvester Stallone.

Dans le futur, le gouvernement tient la population d’une poigne de fer. Sacrifiant à la grande tradition du pain et des jeux, il organise chaque année la Course de la Mort, où plusieurs concurrents s’affrontent dans un périple à travers les Etats-Unis. Cette fois encore, Frankenstein part favori.

Un film qui aurait pu être juste kitsch, mais finalement jouissif.
Déjà, car ses personnages – en particulier les coureurs – sont tous extrêmement typés, pas crédibles pour deux sous mais c’est un régal de les suivre.
Et surtout, car la règle la plus importante de la Course de la Mort, c’est le système des points. Rien de bien compliqués : il faut écraser des passants, et en fonction de leur âge et de leur sexe, cela rapporte plus ou moins aux participants. Le jeu Carmaggedon avant l’heure.

C’est donc bien immoral comme il faut, bien caricatural – le monde totalitaire lui-même est une caricature du genre -, et cela fleure bon les années 70. Du bourrinage primaire, une réflexion cynique, des personnages allumés qui conduisent d’étranges voitures customisées, un film tout simplement délectable.
N’allez pas chercher là-dedans un message profond sur le totalitarisme ou la télévision, c’est juste une sorte de délire tout-à-fait prenant de bout en bout.

C’est tout pour aujourd’hui, et la prochaine fois, ce sera pire ^^

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