Le Cahier de la Mort qui Tue

Communément appelé “Death Note”. L’anime, pour être précis. Et je connais enfin la fin. Pourquoi “enfin” ? J’y viendrai.
Retour sur un des plus gros succès de la “manganimation” en France.
Par contre, je vous préviens : même si j’essayerai d’être le plus discret possible, il existe un risque que je dévoile des éléments de l’intrigue. Donc si vous ne connaissez pas et que vous voulez garder un suspens total, votre lecture s’arrête ici.

Avant de commencer à parler plus précisément de cette série, j’aimerais parler de ma relation assez particulière avec elle.
Death Note possède un historique atypique, dans le sens où le manga était déjà bien connu en France avant même que sa licence ne soit acquise par un éditeur ; acquisition qui c’est d’ailleurs faite attendre, et pour laquelle les spéculations sur l’éditeur allèrent bon train. La raison de cette attente du lectorat français venait de l’immense succès dont jouissait ce titre en scanlation.
Avant même sa publication, le phénomène Death Note battait déjà son plein, tous tablaient sur d’excellentes ventes, et en effet, chaque tome Death Note fût tiré à 180.000 exemplaires, le plaçant à la seconde place – juste derrière Naruto – des plus gros tirages par tome pour un manga.
Alors, il est vrai que de nombreux lecteurs ayant découvert Death Note se sont plaints d’une forte baisse de qualité à partir d’un moment – baisse de qualité qui a servi à beaucoup comme prétexte pour ne pas acheter le moindre tome du manga par la suite – mais cela n’a rien enlevé à sa notoriété.
Cette baisse de qualité était dû à un changement majeur dans la trame de ce manga – j’y reviendrai -, un événement important qui a fait dire aux lecteurs : “mais pourquoi ont-ils continué d’écrire ce manga ?” J’y reviendrai aussi.

Pour ma part, je n’apprécie que très moyennement la scanlation, dont je me sers uniquement pour des titres n’ayant aucune chance de sortir un jour en France (Tokimeki Tonight), ou pour des manga que j’achète régulièrement, mais dont une intrigue palpitante rend l’attente difficilement supportable d’un volume à l’autre ; mais dès que les tomes lus en scanlation sont publiés, je me les procure et j’efface les scans correspondants si ce n’est déjà fait.
Donc Death Note, je ne l’ai pas lu en scanlation. Sauf que je savais déjà tout ce qui allait se passer dans ce manga avant de le découvrir, y compris (et surtout) l’événement important susnommé, à cause d’amis bien trop versatiles et persuadés que “le mec qui lit des paquets de manga” connaissait déjà Death Note sur le bout des doigts. Raphaël et Tsanta, si vous passez par là, vous pouvez vous sentir visés.
Enfin, même sans eux, j’aurais été au courant en avance. C’est marrant cette proportion des gens à absolument vouloir révéler des moments clés d’une histoire :
– A la Japan Expo, un cosplayeur n’a rien trouvé de mieux que de dévoiler l’élément le plus important de l’histoire pendant son passage sur scène.
– Dans le métro, j’ai croisé deux crétins – appelons-le les Défeunotards – qui, aillant aperçu un quidam lisant tranquillement le premier tome du manga, n’ont rien trouvé de plus intelligent que de se placer derrière lui, et de raconter toute l’histoire à voix haute. Fort heureusement, l’individu semble avoir été suffisamment absorbé par sa lecture pour ne rien remarquer. Bénis soient les manga captivants.
Bref, entre la connerie et les “de toute façon tout le monde connait, donc je peux dire tout ce que je veux sans que cela ne gêne personne”, j’étais forcé d’apprendre à l’avance ce qui allait se passer.

Quand le manga sort enfin, j’avoue que j’étais un peu énervé, et que je n’avais pas prévu de me le procurer. Ma sœur ayant lu des avis fort positifs, elle décide de l’acheter, ce qui me fournit une excuse pour le lire ; mais elle m’annonce qu’elle arrêta d’acheter après le 7ème tome et ce fameux “élément perturbateur”, suite aux conseils de ses amis. Donc je ne lis ce manga que jusqu’au tome 7, et avant de commencer l’anime cette semaine, j’ignorais la suite de l’histoire.
En effet, c’est moins bien.

Je sacrifie maintenant au rituel classico-classique du résumé.
Ryuk est un Dieu de la Mort (Shinigami), et il s’ennuie ferme. Mais il a trouvé un jeu amusant : “perdre” son Death Note – le cahier qui lui sert à tuer – dans le monde des humains, et voir comment l’utilisera celui qui le trouvera. Cette fois, le Death Note échoit à Light Yagami, un lycéen qui décide de s’en servir pour dispenser sa justice, et devenir le dieu d’un nouveau monde dénué de violence.

Il n’y a pas à dire, le synopsis est assez original. Déjà parce que le personnage principal, celui que nous allons suivre, est le méchant de l’histoire ; même s’il considère que la “justice” de son action la justifie, nous comprenons vite que ce n’est ni plus ni moins qu’un meurtrier. Ensuite, parce que bien ce manga soit un shônen, il est – à l’image de son “héros” – dur et intelligent. A vrai dire, rien que le fait que le personnage principal d’un manga de ce type soit aussi intelligent est déjà exceptionnel ; généralement – et à quelques rares exceptions près -, ils doivent être le plus idiot possible pour donner un sentiment de supériorité au lecteur. Enfin, le but n’est pas de savoir si la police va arrêter Light, mais plutôt comment Light va faire pour échapper aux autorités – en composant avec les possibilités et les contraintes de son Death Note -, et surtout à sa Némésis : L, le plus célèbre détective du monde.

Alors, je pourrais lancer des tas de débats sur la peine de mort, et sur un éventuel message sous-jacent prônant une politique ultra-protectionniste, mais tout cela, je m’en fous et j’aime à penser que les auteurs de Death Note – Tsugumi Oba et Takeshi Obata – aussi. Non, ce qui importe, c’est la confrontation entre Light et L, et la bataille psychologique qui s’engage entre eux, dans un premier temps pour se trouver, et dans un second temps pour savoir qui va craquer le premier.
Death Note est une série qui se nourrit de la tension et du suspens que génèrent ces deux entités opposées ; c’est comme si nous suivions une partie de go ou d’échec savamment calculée, où chacun des deux joueurs essayent d’anticiper plusieurs mouvements de son adversaire à l’avance.
L’équipe de Madhouse, le studio responsable de l’adaptation en anime, a bien compris d’où la série tire sa force, et joue là-dessus pour le rendre aussi palpitant que l’œuvre d’origine. La réalisation est dynamique, le suspens parfaitement distillé, jusqu’à l’apothéose, et un épisode 25 absolument superbe

Sauf que si l’apothéose se situe à l’épisode 25, quid de la suite ? Car cette suite, elle existe : les volumes 8 à 12 du manga, soit les épisodes 26 à 37 de l’anime.
Normalement, cette série aurait dû s’arrêter à la fin. Cette phrase possède une certaine logique. Sauf que non, ça aurait été trop facile, cette série aurait été de trop bonne qualité.

Comment se fait-il qu’un manga continue après sa fin ?
Je crois que la réponse vient de l’éditeur d’une part, et des lecteurs d’autre part. Les mangaka ne sont pas des êtres libres ; ils sont sous la coupe d’un éditeur, et surveillés par un tantô envoyé par ledit éditeur, chargé de s’assurer (entre autres) que l’artiste rende bien son travail en temps et en heure.
Dans le petit monde des amateurs de manga, la Shueisha – l’éditeur de Death Note – est considéré comme un des pires en matière de contrôle de ses mangaka. Les événements liés à la venue de Takeshi Obata à la dernière Japan Expo – consignes strictes données aux journalistes avant les interviews et les conférences de presse concernant les questions autorisées, et conférence publique gérée essentiellement par le tantô de Obata – même si ils peuvent s’expliquer partiellement par des problèmes propres au mangaka (et sur lesquels je ne reviendrai pas), démontrent l’attitude particulière et excessive de la Shueisha.
Dans le cas de Death Note, les auteurs ont sans doute dû dire “voilà, c’est terminé”, ce à quoi les responsables de la Shueisha auront rétorqué “même pas en rêve”. C’est le problème de bon nombre de manga : quand ça marche, l’auteur doit poursuivre même s’il n’a plus d’idées, et quand ça ne marche plus (souvent car le manque d’idées du mangaka finit par se ressentir dans la qualité de son travail), l’auteur doit arrêter, que son histoire soit arrivée à son terme ou pas ; c’est ainsi que nous nous retrouvons avec un Shaman King rallongé à outrance mais sans véritable fin, et un Naruto qui se dégrade à vue d’œil d’un volume à l’autre.

Death Note n’échappe pas à la règle : le public a trop apprécié, il a été puni par une suite financièrement intéressante pour l’éditeur – les chiffres de vente des volumes 8 à 12 lui donnent raison -, mais qui en a déçu plus d’un.

A vrai dire, j’étais malgré tout curieux de connaître cette suite, et je me disais même qu’elle pourrait me plaire. Primo car je pensais que la déception mêlée de surprise des lecteurs avait pu exagérer leurs réactions, et secundo car voir les conséquences d’un événement majeur qui en temps normal marquerait la fin d’une histoire, cela peut être intéressant ; des séries comme Macross ont prouvé avec un certain brio que c’était tout à fait jouable.

Sauf que là : non. Ou plutôt, en voyant cette fameuse suite, les qualités propres à la première partie sont d’autant plus évidentes ; qualités ici absentes, d’où déception.
Le scénario n’est pas forcément mauvais en soi, même s’il contient quelques incohérences. Notre personnage principal, par contre, semble avoir perdu en charisme et en intelligence ; nous le retrouvons trop facilement acculé. Surtout, il manque l’intensité incroyable qui faisait de Death Note une œuvre à part.
Signe ultime du désaveux des auteurs envers leur propre histoire : un camp finit par l’emporter sur l’autre grâce au hasard, là où jusqu’à présent, l’intelligence avait été au cœur de la série. Très décevant.

A la rigueur, je pourrais dire que ce n’est jamais qu’un morceau de la série qui ne tient pas la comparaison avec le reste. Seulement, dans le cas présent (et comme souvent avec les manga), c’est la fin – pas celle qui aurait dû être, mais celle qui est – qui est décevante. Et comme j’ai terminé par la fin (ce n’est pas Baccano!), c’est bien elle qui me laisse mon impression finale. Une impression de gâchis, malgré la puissance des 25 premiers épisodes de cet anime.

Au final, j’ai retrouvé ici le même problème que pour Saint Seiya Hadès : j’avais des attentes et des appréhensions, j’ai été déçu, mais si je n’avais pas vu cette suite, j’aurais continué à avoir envie de la découvrir.
Donc les enfants, ne faites pas comme moi : si vous voulez voir Death Note, résistez à la tentation de regarder au-delà de l’épisode 25 ! Parce que sinon, c’est du tout bon, et encore plus dans l’anime que dans le manga. Merci Madhouse.

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