[Sushi et Biographie] Takamura Mukuo

Après les délires, il est temps que ce blog revienne sur un de ses objectifs premiers : la masturbation intellectuelle. Finalement, j’ai l’impression de m’écarter de ma voie pour privilégier l’augmentation de mon e-penis à son utilisation solitaire.

Ce que l’univers de l’animation japonaise m’a appris, c’est que nombre de spectateurs se moquent bien de l’envers du décor. Malgré tout, quelques noms ont réussi à devenir des gages de qualité, et à fédérer autour d’eux de véritables noyaux de fans, qui ne manqueraient pour rien au monde les nouveaux travaux qui leur sont associés.
Ce sont en premier lieu les studios qui s’avèrent les plus fédérateurs ; des noms comme Bones, Gainax, Shaft, Ghibli – même si dans les deux derniers cas, cela vient essentiellement d’un réalisateur en particulier – ou plus récemment Kyoto Animation et le Studio 4°C servent désormais d’éléments déterminants à un spectateur pour regarder une série ou un film en particulier.
Les réalisateurs ne sont pas en reste, puisque certains ont réussi à s’extirper de la masse et à être reconnus pour leur travail. Rarement dissociés d’un studio en particulier, ces réalisateurs s’appellent Hayao Miyazaki, Hideaki Anno, Yoshiki Kawajiri, Akiyuki Shinbo, Mamoru Oshii, Isao Takahata, Makoto Shinkai, Masaaki Yuasa, ou même Shigeyasu Yamauchi et possèdent leurs adeptes.
Evidemment, il ne faut pas oublier que nombre d’animes sont adaptés de manga, et que le succès d’un manga et d’un mangaka est tout aussi déterminant dans celui d’une adaptation.

Attaquantes

Au-delà des auteurs, des réalisateurs, et des studios, certains artistes talentueux – beaucoup moins nombreux – réussissent à faire parler d’eux, même s’ils ne font pas le succès d’un anime. Des character designers comme Nobuteru Yuki et Yoshiyuki Sadamoto, des compositeurs comme Kenji Kawai ou Yoko Kanno, ils apportent des valeurs ajoutées à une série ou à un film, et la qualité de leur travail leur a apporté la reconnaissance du public et un succès mérité.

Heidi (5)

Seulement voilà : les character designers et les compositeurs sont les seuls professionnels de l’animation “secondaires” à pouvoir réaliser ce tour de force, car ils travaillent malgré tout sur des points qui intéressent les spécialistes. Les autres artistes de l’ombre n’ont pas cette chance ; un ou deux animateurs en passe de devenir réalisateurs peuvent arriver à gagner un peu de notoriété auprès des fans les plus pointus, les méchaphiles – une population réduite – connaissent quelques mécha designers, mais même les meilleurs n’arrivent pas à gagner une véritable notoriété.

Sailor (1)

Pourtant, il existe une personne dans l’histoire de la japanimation qui a réussi à atteindre le succès – même si aujourd’hui beaucoup l’ont oublié, comme le montre sa page de l’ANN ridiculement vide – par la force de son talent, alors qu’il s’était fait une spécialité des décors : Takamura Mukuo.

Heidi (1)

Pour quelques fans hardcore et amateurs de vieux animes, ce nom fait rêver.
Takamura Mukuo (椋尾篁) est né le 1er Janvier 1938 à Sasebo, dans la préfecture de Nagasaki. En 1963, il sort diplômé de la Musashino Art University, et la même année décroche son premier travail en tant que dessinateur d’arrière-plans sur l’anime Tetsuwan Atom (Astro Boy) ; les arrièrs-plans resteront sa spécialité tout au long de sa carrière. L’année suivante, il intègre le studio Tokyo Movie – futur Tokyo Movie Shinsa – ou il travaillera notamment sur Attack n°1 (Les Attaquantes) en 1969.

Sailor (4)

La même année où il travaille sur Rupan Sansei (Lupin III), à savoir 1971, il fonde son propre studio spécialisé dans la création d’arrière-plans : Mukuo Studio, qui sera impliqué sur des travaux d’envergure comme Uchû Senkan Yamato, Bishôjo Senshi Sailor Moon, ou dernièrement Keroro Gunso.
Mais la carrière de l’artiste prend surtout un nouveau virage en 1972, quand Toei Animation lui confie pour la première fois la charge de directeur artistique, sur la série Astro Ganga (Astroganger).
Dans les années 70, Takamura Mukuo enchaîne les titres à succès en tant que directeur artistique ou simple artiste, de Haha wo Tazunete Sanzen Ri (Des Apennins aux Andes) aux côtés de Isao Takahata – série pour laquelle il ira faire des repérages en Italie et en Argentine pour rendre ses dessins le plus proches de la réalité – à Uchû Kaizoku Captain Harlock (Albator 78) avec Rintaro.

Heidi (4)

C’est avec ce même Rintaro qu’il va travailler en tant que directeur artistique sur son premier projet cinématographique : le film Ginga Tetsudo 999 (Galaxy Express 999). Les deux hommes créeront ensemble d’autres long-métrages après celui-là, comme Uchû Kaizoku Captain Harlock – Arcadia Go no Nazo, Kamui no Ken (Dagger of Kamui), et bien entendu Sayonara Ginga Tetsudo 999 (Adieu Galaxy Express 999).

Sailor (2)

En 1979, il remporte le prix du meilleur créateur de background lors du premier Animation Grand Prix, organisé par la Tokuma Shoten. Il gagnera ce prix 5 fois de suite, avant que cette catégorie ne soit supprimée en 1983.

Dans les années 80, le succès reste au rendez-vous ; outre son travail avec Rintaro, il retrouve Isao Takahata en 1981 pour le film Serohiki no Goshu (Goshu le Violoncelliste). Il participe notamment aux OAV de Devilman en 1987, puis à la première saison de Bishôjo Senshi Sailor Moon en 1992. Malheureusement, il décède des suites dans cancer, le 9 Juin 1992 ; les designs réalisés pour son dernier travail seront utilisés sur tous les animes de Bishôjo Senshi Sailor Moon produits jusqu’en 1997.

Heidi (2)

Takamura Mukuo nous laisse une œuvre incroyablement riche.
1963 : Tetsuwan Atom (Astro Boy) / artiste
1964 : Big X / artiste
1965 : Uchû Ace / artiste
1966 : Rainbow Sentai Robin (Robin, Brigade de l’Arc en Ciel) / artiste
1968 : Kyojin no Hoshi / artiste
1969 : Otoko Ippiki Gaki Daisho / artiste
1969 : Kurenai Sanshiro (Judo Boy) / artiste
1969 : Attack n°1 (Les Attaquantes) / artiste
1970 : Cleopatra / artiste
1971 : Rupan Sansei (Lupin III) / artiste
1972 : Astro Ganga (Astroganger) / directeur artistique
1973 : Karate Baka Ichidai / directeur artistique
1974 : Alps no Shôjo Heidi (Heidi) / artiste
1975: Flanders no Inu (Le Chien des Flandres) / artiste
1976 : Haha wo Tazunete Sanzen Ri (Des Apennins aux Andes) / directeur artistique
1977 : Jetter Mars / directeur artistique, artiste
1977 : Arrow Emblem Grand Prix no Taka (Grand Prix) / artiste
1978 : Uchû Kaizoku Captain Harlock (Albator 78) / directeur artistique
1978 : Uchû Kaizoku Captain Harlock – Arcadia Go no Nazo / directeur artistique
1979 : Ginga Tetsudo 999 (Galaxy Express 999) / directeur artistique
1980 : Ganbare Genki (Genki le Champion de Boxe) / directeur artistique, artiste
1981 : Serohiki no Goshu (Goshu le Violoncelliste) / directeur artistique, artiste
1981 : Sayonara Ginga Tetsudo 999 (Adieu, Galaxy Express 999) / directeur artistique, artiste
1982 : Wagahai Ha Neko De Aru (Je suis un Chat) / directeur artistique
1983 : Genma Taisen (Harmagedon) / directeur artistique
1985 : Kamui no Ken (Dagger of Kamui) / directeur artistique
1986 : Hi no Tori Hôô-hen (Phénix, le Chapitre de Ho-o) / directeur artistique
1986 : The Order to Stop Construction / directeur artistique
1987 : Shouri Toushu / directeur artistique
1987 : Devilman / directeur artistique
1988 : Sangokushi (Les Trois Royaumes) / directeur artistique
1989 : Akuma-kun / designer
1990 : Mooretsu Atarou / designer
1991 : Kingyo Chuuihou! (Goldfish Warning!) / designer
1992 : Bishôjo Senshi Sailor Moon / designer
Il aura eu une vie bien remplie.

Sailor (3)

Mais la question se pose : pourquoi est-il plus connu que d’autres professionnels exerçant leur art dans le même domaine ? Comme son collaborateur au Studio Mukuo, Tadao Kubota, directeur artistique notamment sur Arrow Emblem Grand Prix no Taka (Grand Prix) et Bishôjo Senshi Sailor Moon.
Le fait qu’il ait été élu le meilleur dans son domaine est déjà un bon indice, mais il faut voir son travail pour comprendre la qualité de ses arrière-plans, le soin qu’il leur apportait, avec un jeu d’ombres absolument unique. Avec lui, les décors sont une partie essentielle d’un anime, ils vivent et racontent une histoire comme aucun autre décor, et participent à la création d’une ambiance et d’un univers.
C’est grâce à l’anime Alps no Shôjo Heidi (Heidi) que j’ai découvert la puissance que pouvait révéler certains arrière-plans. Pour cet anime, il avait réalisé des séries d’aquarelles des Alpes Suisses absolument somptueuses.
Il a véritablement élevé ce “détail” d’un anime au rang d’art à part entière, et je considère que seul Hajime Matsuoka, à qui nous devons les décors vivants et réalistes de Tonari no Totoro (Mon Voisin Totoro) et du film Street Fighter II, lui arrive à la cheville dans ce domaine.

Heidi (3)

Merci à Tetho et Darksoul pour leur aide sur les noms Japonais.

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