Au Bord de l’Eau

D’aucuns prétendent que les blogs ne parlent pas assez des manga parus en France. Il s’agit pourtant du média idéal pour présenter des œuvres injustement méconnues chez nous, comme Au Bord de l’Eau.

Commençons par un peu d’histoire.
Mitsuteru Yokoyama est surtout connu en France (façon de parler) pour ses deux inventions majeures : les Magical Girls et les robots géants. Mais c’était aussi un passionné d’histoire, et nous lui devons plusieurs adaptations de classiques de la littérature chinoise et japonaise. Il sera d’ailleurs un précurseur dans ce domaine, aux côtés de Osamu Tezuka.

La littérature chinoise repose essentiellement sur plusieurs récits tirés de légendes, à savoir les Contes des Trois Royaumes (Sangoku-shi), le Voyage en Occident (Saiyuki-den), l’Investiture des Dieux (Fujin Engi), et Au Bord de l’Eau (Suiko-den).

A l’origine, Au Bord de l’Eau est la retranscription sur papier d’une légende chinoise de tradition orale, de la même façon que les écrits de Chrétien de Troyes consacrés au Roi Arthur. Dans les deux cas, il s’agit de faits réels – comme le suppose la présence de personnages historiques reconnus – que la fougue de quelques conteurs et un jeu de téléphone arabe auront transformés en d’improbables et épiques légendes, mettant en exergue la bravoure d’hommes hors du commun. Bref, ces récits tels que nous le connaissons aujourd’hui n’ont plus grand chose à voir avec la réalité…
Dans le cas du Suiko-den, ce sont les exploits – si exploit il y eut – d’une petite bande de brigands qui ont donné naissance à une des œuvres les plus riches de la littérature asiatique.

Notre histoire se déroule sous la dynastie des Song du Nord. Tout commence lorsqu’un militaire présomptueux libère 108 démons prisonniers d’un temple.
Le temps passe, et la corruption devient de plus en plus importante parmi les fonctionnaires de l’empire. Quelques braves osent se rebeller contre le pouvoir oppresseur ; devenant des parias, ils savent qu’ils peuvent trouver refuge aux Marais des Monts Liang. Ainsi, 108 guerriers exceptionnels, comme autant de réincarnations des démons jadis délivrés, vont s’y réunir et former une bande de brigands suffisamment puissante pour déstabiliser le pouvoir en place.

Dans les faits, les 3 premiers volumes – ceux sortis en France pour l’instant, sur les 8 que compte cette série – se consacrent essentiellement aux futurs membres de la bande des brigands, des hommes sans peur, d’une puissance rare (certains peuvent utiliser la magie taoiste), bourrés à mort de points de charisme, mais injustement condamnés pour s’être opposés, d’une manière ou d’une autre, à des fonctionnaires ou à des escrocs, et n’ayant d’autre choix que l’exil pour assurer leur sauvegarde.
Déjà, vers la fin du 3ème volume, les brigands des Monts Liang commencent à agir de manière coordonnée, et à compter de nombreux braves, mais ce n’est que par la suite que nous les verrons à l’œuvre.

L’adaptation de roman comporte une foule d’avantages : celui-ci possède de nombreux personnages travaillés, un scénario cohérent pour peu que le romancier possède un minimum de savoir-faire, et une trame narrative toute prête. La qualité de cette adaptation ne dépend plus que de la patte graphique du mangaka, et surtout de son talent. Et du talent, Mitsuteru Yokoyama en a à revendre !
Au bout de 3 volumes, Au Bord de l’Eau se présente comme un manga particulièrement prenant, au récit intéressant et regorgeant de personnalités fortes, évoluant dans la Chine féodale. Si nous ressentons bien, à travers ses dessins, que ce manga ne date pas d’hier, il conserve une puissance narrative rare et captivante que le poids des années n’a pu altérer.
En un mot comme en cent : ce manga est bien.

Au Bord de l’Eau est le premier manga de Mitsuteru Yokoyama publié en France. Ne vous inquiétez pas, je ne me plaindrais pas du temps qu’il aura fallu pour qu’il soit enfin traduit en français, vu que je suis déjà heureux de pouvoir le trouver chez mon vendeur de manga favori ; Moto Hagio, pour ne citer qu’elle, n’a pas encore eu cette chance (mais je ne désespère pas).
Je tiens donc à féliciter Delcourt pour cette prise de risque. Surtout que la traduction semble demander un sacré travail, comme en témoignent le nombre de notes en fin de volume, et les passionnantes explications ajoutées pour nous permettre de mieux comprendre l’œuvre et ses origines. C’est d’autant plus louable que je ne pense pas que les ventes de ce manga soient fabuleuses, voire même tout simplement suffisantes pour assurer sa rentabilité.
Donc achetez-le !
Ainsi, nous aurons peut-être la chance d’avoir d’autres manga de Mitsuteru Yokoyama disponibles dans la langue de Goscinny. Je ne suis pas insensé au point d’espérer une sortie du Sangoku-shi et de ses quelques 60 volumes, mais je serais preneur pour n’importe quel de ses ouvrages.

Pour finir, comme je l’avais déjà fait avec l’article sur Tetsujin 28-go, je vais parler un peu du lien entre ce manga et Giant Robo. En effet, la quasi-totalité des personnages des OAV de Giant Robo ne viennent pas du manga éponyme, mais d’autres séries de Yokoyama.
Dans cet anime, de nombreux personnages sont typés “Chine médiévale” ; je pensais qu’ils étaient tirés pour la plupart du Sangoku-shi, puisqu’il s’agit de la pièce maîtresse (en terme de longueur) du mangaka, mais il s’avère qu’un grand nombre d’entre eux provient en réalité de Au Bord de l’Eau, où nous les retrouvons sous d’autres noms ; plus précisément, ils appartiennent aux 108 Brigands : Tetsugyu et son “aniki” Taiso, le professeur Go, Yosei, les 3 Frères Pêcheurs, les chefs des troupes de Ryuzan, j’en passe. Et encore, nous n’en sommes qu’au tome 3, peut-être que Yoshi et Ginrei apparaissent par la suite, je n’en sais rien.
Tiens, maintenant que j’y pense, les personnages de Au Bord de l’Eau sont font tous parti des Experts de la Justice dans les OAV de Giant Robo. Peut-être que Eishun et Jujoji viendront me prouver le contraire dans les prochains volumes, nous verrons bien.

Le mot de la fin : Au Bord de l’Eau, c’est un excellent manga, alors ne le manquez pas. Ouais, je sais, je l’avais déjà dit mais je fais ce que je veux.

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