Yamato, le Vaisseau des Vrais Mecs

Un anime de 1974, je crois qu’il entre dans la catégorie “oldies”. Créée par Leiji Matsumoto, Uchû Senkan Yamato est une série multi-support, dont le manga fût publié parallèlement à la diffusion de l’anime ; la licence a depuis donné naissance à de nombreuses autres séries.

En guise d’introduction, quelques mots sur le Yamato.
Comme vous le savez, le Japon a perdu la Guerre du Pacifique, en faisant aux yeux de l’histoire le “méchant” alors que rien dans une guerre n’est jamais tout blanc ou tout noir. Malgré cette défaite, les Japonais ont conservé un fort sentiment nationaliste et patriotique, si bien que – sans se voiler la face pour autant – tout détail positif de cette guerre reste bon à prendre. Typiquement, le Yamato fait partie de ce dont les Japonais sont aujourd’hui encore très fiers : il s’agit du plus imposant cuirassé jamais construit. Après un chantier débuté en 1937, le Yamato prend la mer pour la première fois en 1940, et entre officiellement en service fin 1941 ; il pèse 65027 tonnes, et dispose de pièces d’artillerie de 457 mm, du jamais vu sur un navire de guerre.
Le vaisseau va participer au conflit jusqu’en 1945, subissant néanmoins de nombreuses réparations l’empêchant de participer à certaines batailles. En Avril 1945, il est envoyé au large d’Okinawa pour une mission suicide, et est coulé par l’aviation américaine, emportant avec lui près de 2500 marins japonais.
Malgré son destin tragique, le Yamato demeure le symbole de la puissance japonaise pendant la Guerre du Pacifique. C’est un navire que nous retrouvons fréquemment dans la culture nippone, notamment dans des manga et animes, parmi lesquels Zipang, Abenobashi Magical Street, et même Kamichu !
Pour autant, est-ce que Uchû Senkan Yamato est un anime nationaliste ? Au début, nous pouvons le croire, surtout que l’ennemi utilise des armes radioactives (donc comme les Américains et leur bombe A) ; mais finalement, la série parle plus du destin de la Terre que de celui du Japon, et tous les pays s’entraident pour combattre, donc je crois qu’il s’agit avant tout d’un effet de style de Leiji Matsumoto, un passionné avéré de la Seconde Guerre Mondiale.

L’histoire se passe en 2199, sur Terre. Depuis plusieurs années, la planète est bombardée de météorites radioactives par Gamilus ; pour échapper à l’extinction, les humains n’ont d’autre choix que de s’enfoncer sous la surface, tandis que dans l’espace, ils essayent de combattre les troupes de Gamilus, dont la supériorité technologique est écrasante.
La Bataille de Pluton se terminera en hécatombe, dont seul reviendra le vaisseau-mère du capitaine Okita. Alors que tout semble perdu, les Terriens reçoivent un message de la planète Iscandar : ses habitants détiennent un appareil qui leur permettrait de purifier le sol de la Terre des poisons radioactifs de Gamilus, le Cosmo-Cleaner D ; pour que les humains puissent venir le chercher sur Iscandar, ils joignent au message les plans d’un moteur révolutionnaire qui doit permettre à un vaisseau terrien de dépasser la vitesse de la lumière.
Les ingénieurs de la Terre installent le moteur sur leur tout nouveau vaisseau spatiale : le Yamato. A son bord embarque un groupe d’hommes et de femmes courageux, mais ils n’auront qu’un an pour effectuer l’aller-retour vers Iscandar : passé ce délais, l’humanité sera condamnée.

Comme vous le voyez, le synopsis se veut vraiment fataliste : la survie de l’humanité est en jeu, apportant un fort pessimisme à cette série, ainsi qu’une grande puissance dramatique, accentuée encore par les innombrables combats que vont livrer le Yamato et son équipage pendant leur voyage, et desquels ils sortiront rarement indemnes. Pour couronner le tout, chaque épisode s’achève par un rappel du temps qu’il reste au Yamato avant que toute vie sur Terre ne s’éteigne ; la Gainax reprendra le même principe pour l’anime de Mahoromatic.

A ce propos, je vais faire une petite aparté ; s’il y a bien une chose que j’adore avec les oldies, c’est qu’en les regardant, je me rend compte que beaucoup de ce qui nous paraît aujourd’hui novateur (dans les animes et manga) n’est en réalité qu’un repompage d’œuvres beaucoup plus anciennes. Par exemple, d’aucuns considèrent que Gunbuster est le précurseur du fan-service, alors qu’ici, le premier rôle féminin ne sert presque qu’à cela. Autre exemple, le charismatique capitaine Nemo de Nadia et le Secret de l’Eau Bleue et Bruno Global de Macross Super Dimension Fortress trouvent ici leur modèle, certainement celui qui a influencé Hideaki Anno et Shoji Kawamori pour les créer : l’impressionnant commandant Juzo Okita.

Pour en revenir au sujet principal, nous retrouvons ici la patte de Leiji Matsumoto, avec notamment l’utilisation incessante de référence à la Seconde Guerre Mondiale (en particulier dans le design), les combattants courageux, le docteur alcoolique, et la forte symbolique maritime associée aux spationautes. Il est intéressant de noter d’importantes similitudes avec ce qui sera plus tard Albator 78 : dans les deux cas, nous avons un vaisseau seul affrontant les troupes ennemis, un équipage extrêmement valeureux dont une fille nommée Yuki, mais aussi des adversaires voulant envahir la Terre non pas par simple volonté de conquête, mais pour assurer la survie de leur peuple dont la planète-mère est menacée ; néanmoins, Lord Desler, le boss de fin de Uchû Senkan Yamato, s’avère plus volontiers méchant que Sylvidra, et nettement moins charismatique.
L’autre influence visible de cet anime, ce sont vraiment les années 70 ; de la même façon que Cutie Honey ou le manga de La Rose de Versailles, Uchû Senkan Yamato se transforme malgré lui en témoignage de cette époque, que nous retrouvons au travers des pantalons à pattes d’eph’ des uniformes militaires, de certains thèmes instrumentaux, ou encore pendant le premier warp du Yamato, qui ressemble à un trip ultra-colorée d’un baba cool sous acide.

Tiens, en parlant de musique, elle se fait la plupart du temps discrète, sauf dans deux cas : les thèmes chantés à tendance dramatique qui rendent très bien, et les ré-orchestrations du générique.
Ah… Le générique de Uchû Senkan Yamato, le détail qui m’a poussé à me lancer dans cet anime. C’est vraiment le générique le plus viril que je connaisse, les Japonais n’en font plus des comme-ça : un chœur d’hommes couillus entonne un chant d’espoir à tendance militaire, et nous pouvons presque les voir verser des larmes viriles tandis que le chanteur Isao Sasaki appelle l’équipage du Yamato à atteindre Iscandar. C’est BEAU !!!!!!!

A priori, d’après que j’ai dit jusqu’à présent, c’est du tout bon pour cet anime. En fait non, je commence à parler des sujets qui fâchent.
Alors déjà, la qualité technique. Bon, 1974, il ne faut pas trop en demander, mais quand même ; avec son animation de type Hanna-Barbera, Cutie Honey était d’un bien meilleur niveau, notamment grâce à la réalisation de Katsumata. Dans Uchû Senkan Yamato, l’animation est mauvaise – elle fait son âge, en somme – mais rien de la compense. Et puis, il y a quand même des détails qui choquent : certains calques sont dégueulasses, avec de nombreuses imperfections, c’est à peine si nous ne voyons pas les traces de doigts dessus. Cela ne vient pas des masters, et il y a une preuve : de nombreux méchas ne sont que des formes fixes, dont le cellulo est bougé devant la caméra pour donner une illusion de mouvement ; eh bien vous le croyez ou pas, sur l’image, les imperfections se déplacement parallèlement aux méchas ! Inouï ! Et ce n’est même pas tout : quand les animateurs veulent faire clignoter un voyant mais qu’une tête de personnage empiète un peu dessus, pas grave, ils font clignoter le voyant à travers la tête du personnage en question ! Déjà que l’animation n’est pas fameuse à la base et que certaines couleurs dégorgent, mais alors là, nous touchons le fond.

Bah, ceux qui regardent des oldies doivent bien s’attendre à ne pas voir la qualité graphique et d’animation d’un Seirei no Moribito. Donc cela peut passer.
Sauf que cet anime possède un autre défaut : sa lenteur. Surtout, il n’aura que très rarement réussi à me passionner, et les personnages sont peu attachants malgré leur charisme pour certains.
Alors qu’il ne dure que 26 épisodes, ceux-ci m’ont paru presque une éternité, et il m’a fallu beaucoup plus de temps que d’habitude pour en venir à bout. Je ne dis pas que cet anime est fondamentalement mauvais, car ce n’est pas le cas, et il y a de nombreux excellents passages, comme le poignant épisode 10. Cependant, je ne pense pas qu’il soit possible d’enchaîner plus de 2 ou 3 épisodes sans arriver à saturation, là où Albator 78 – pour rester chez Matsumoto – propose plus de diversités dans son scénario, et arrive plus facilement à captiver le spectateur. Cela peut aussi venir des combats spatiaux, car si la réalisation n’arrive pas à combler les manques de son animation, elle n’arrive pas non plus rendre épique ces affrontements.

Uchû Senkan Yamato est donc un anime pas mauvais, même plutôt sympa, mais carrément pas prenant ; donc s’il vous intéresse, il vous faudra prendre votre mal en patience, ou tout simplement espacer votre visionnage. Dommage, il avait certainement un bien meilleur potentiel que celui exposé ici.

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4 commentaires pour Yamato, le Vaisseau des Vrais Mecs

  1. Guilhem dit :

    Même si je suis globalement d’accord avec l’ensemble de tes critiques, je ne peux pas m’empêcher de te trouver un peu dur avec Yamato : en dépit de tous ses défauts, elle demeure une œuvre fondatrice, car elle est la première à avoir placé de jeunes héros à bord d’un vaisseau spatial en vue d’accomplir une mission critique pour le devenir de la race humaine. Ce concept eut une grande influence sur l’animation japonaise de science-fiction, notamment à travers Daikuu Maryuu Gaiking (la première série bien entendu, celle de 1976) mais aussi Kido Senshi Gundam (d’autant plus que cette série peut très bien être vue comme une allégorie sur la Seconde Guerre Mondiale, celle où le Yamato original connut son destin) et surtout Cho Jiku Yosai Macross bien entendu (ce qui est somme toute assez attendu pour cette dernière puisque Kawamori eut son premier job dans l’animation en travaillant sur la seconde série de Yamato ; d’autre part, le « canon géant » du SDF-1 est une référence assez évidente à l’arme principale du Yamato), sans compter toutes les autres œuvres qui s’en réclament plus ou moins mais que je n’ai pas le plaisir de connaître. Depuis, ce concept est devenu un truisme de la science-fiction japonaise télévisée, tellement répandu qu’on a oublié d’où il vient, et je crois bien qu’il trouve ses racines dans Yamato

    Accessoirement, je découvre ton blog depuis quelques jours et j’y trouve beaucoup de choses intéressantes, alors merci à toi :]

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    • Gemini dit :

      Je suis d’accord avec toi pour considérer cet anime comme une œuvre fondatrice ; hélas, je n’ai pas trouvé qu’il avait particulièrement bien vieilli, et d’autres séries plus récentes ont réussi à atteindre un meilleur résultat avec des idées similaires (reprises de Yamato). Je reconnais l’importance de cette série, mais je n’en ai pas moins eu du mal à arriver au bout.

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  2. Guilhem dit :

    Si ça peut te rassurer, c’est aussi mon cas =P Je me suis un peu forcé pour la finir mais je ne regrette pas d’être arrivé à la fin : un classique mérite d’être connu entièrement

    Il me reste à voir le film de récap’ avant de passer à la seconde série : pour sa brièveté, il sera certainement plus « digeste » ;]

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  3. Ping : 2015 : Le Bilan Manga en retard | Le Chapelier Fou

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