The Boys

Il faut le dire : un blog, ce n’est jamais que l’expression de la mégalomanie d’internautes persuadés que leurs avis intéressent des personnes autres qu’eux-mêmes.
Or, ici se trouve le blog de Gemini.
Gemini est un otaku – il n’est pas tout à fait d’accord avec ce terme, mais à défaut d’autres choses et considérant qu’il en existe une signification française, il l’accepte -, et cela va faire 10 ans que ça dure. Mais la PASSION de Gemini pour les manga et les animes n’est jamais que l’expression de cette PASSION bien plus vaste qu’il voue aux dessins-animés et aux bandes-dessinées dans leur ensemble. Alors, public, tu ne dois pas t’étonner s’il décide de parler d’un comics (et de parler de lui-même à la 3ème personne), car avant d’être un otaku, Gemini est un geek ; et avant d’être le blog d’un geek, Chapelier est le blog de Gemini.

Tout ça pour dire que j’ai envie d’écrire un billet sur un comics, je vous jure…

Le comics en question s’appelle The Boys, de Garth Ennis (scénario) et Darick Robertson (dessin).
Avant d’aller plus loin, il convient de présenter rapidement Garth Ennis. En gros, il s’agit d’un auteur de comics qui n’aiment pas les super-héros, et qui aime à le faire savoir. Et pour bien diffuser cette opinion, il écrit des histoires de super-héros. Logique…
Dans le cas de The Boys, nous n’avons pas une histoire de super-héros, mais une histoire avec des super-héros. Enorme nuance !

Il existe sur Terre plus de 100.000 surhommes, arbitrairement répartis en deux populations selon les principes moraux actuels : les “gentils” et les “méchants”. Les comics censés relatés leurs exploits donnent des héros une image idyllique, la réalité est tout autre.
Les super-héros croient que le monde leur appartient, n’ont que peu de respect pour leurs concitoyens, et surtout, ils considèrent qu’ils n’ont de compte à rendre à personne. Malheureusement pour eux, ils ont tort.
Officiellement pour le compte de la CIA – officieusement seulement avec les fonds et l’accord de la CIA – Billy Butcher a été chargé de remettre sur pied son équipe : The Boys. Sa mission : secouer les super-slips et leur montrer qui est le patron. Si l’un d’entre eux déconne, il va désormais devoir en payer les conséquences.

L’équipe des Boys (dont une Girl) est constituée de la façon suivante :
Billy Butcher est le chef. Il utilise des méthodes non conventionnelles et efficaces, et surtout mène une croisade toute personnelle contre les héros qui abusent de leurs pouvoirs ; l’un d’eux est responsable de la mort de sa femme, et celle-ci fût suffisamment horrible pour lui déglinguer le cerveau et le transformer en psychopathe.
Pour remplacer un de ses anciens équipiers aujourd’hui décédé, Butcher est aller chercher P’tit Hughie, un écossais qui, comme lui, a vécu de plein fouet le côté sombre des super-héros. C’est un classique scénaristique : le petit nouveau à qui il faut tout expliquer de A à Z pour que le lecteur comprenne une situation déjà connue des autres protagonistes.
La Crème gère le groupe derrière Butcher. C’est un gars posé, capable d’entamer des discussions sans frapper son interlocuteur et donc plus à même de négocier. Avec Hughie, c’est le seul membre sain d’esprit des Boys, et il doit surveiller ses coéquipiers pour ne pas qu’ils fassent trop de dégâts.
Enfin, Le Français et La Fille forment le potentiel offensif de l’équipe. Deux êtres complètement tarés et extrêmement dangereux, que seuls Butcher et La Crème savent contrôler ; tout ce qu’ils attendent de la part de leurs supérieurs, c’est le droit de tuer en toute légalité.
Contre le mal, mieux vaut utiliser le mal.

Pour bien expliquer l’univers de The Boys, je vais faire un parallèle avec l’univers Marvel.
Chez Marvel, la large majorité des héros sont des gens bien, qui font attention aux dommages collatéraux, qui aident les personnes âgés à traverser, et qui – mutants mis à part – étaient déjà des personnes respectables avant de devenir des super-héros : pompier, policier, garde-côte, avocat spécialisé dans la défense des minorités ethniques, gendre idéal, étudiant plein d’avenir et de bonne volonté, infirmier, scientifique utopiste, j’en passe et des meilleurs. Super-héros peut-être, mais pas super-crédibles.
Ce n’est pas que je n’ai aucune confiance en la race humaine, mais les héros de The Boys me paraissent plus réalistes ; “un grand pouvoir implique de grandes responsabilités”, tu parles ! Peu importe les problèmes causés tant qu’ils atteignent leurs buts, et ils n’hésitent pas à utiliser leurs pouvoirs comme bon leur semble, pour tout et n’importe quoi ; évidemment, cela engendre de nombreuses dérives. Au pire, qui croira une femme qui prétend avoir été violée par un célèbre héros ? Quel juge condamnera quelqu’un qui a sauvé la Terre une fois ou deux ?
Bien sûr, dans le lot, certains sont altruistes et fondamentalement honnêtes ; malheureusement pas majoritaires. D’où l’intérêt d’une bande de gars prêts à tout : chantage, meurtre, passage à tabac, juste histoire que les héros déviants comprennent qu’ils doivent se tenir à carreau.

The Boys est donc un comics d’un genre rare : ils parlent de super-héros, mais en mal. Le ton est à l’image de Butcher et de ses gars (et une fille) : sombre, violent, et même carrément crade. La lecture n’en devient que plus passionnante, le style plus original ; fini le Superman invincible : la nouvelle version est un détraqué sexuel récidiviste que sa position rend parfaitement impuni. Tant mieux pour Butcher : il n’attend que d’avoir une raison pour les éclater.

Evidemment, n’allez pas chercher ici des héros bien connus comme Batman ou Spiderman, mais l’œil exercé saura par exemple reconnaître Iron Man dans un milliardaire en armure dernier cri, affublé d’un majordome anglais.
Cette descente en flamme des super-héros vaudra un arrêt prématuré à The Boys. En effet, son éditeur Wildstorm étant une filiale de DC (la maison-mère de Superman et de toute la clique de Justice League of America), les grands patrons n’ont pas vraiment apprécié cette façon de cracher dans la soupe ; néanmoins, ils ont laissé les droits à Ennis et Robertson, qui ont ensuite pu reprendre leur série chez un autre éditeur.

Graphiquement, le trait de Darick Robertson se veut assez réaliste. Il colle bien à l’ambiance que souhaite dégager The Boys, et il n’y a pas grand chose à en dire sinon que P’tit Hughie a été inspiré par l’acteur Simon Pegg (Shaun of the Dead) ; Robertson s’est “servi” de lui alors qu’il n’était encore qu’un petit acteur de séries diffusées sur le câble anglais, et il ne pensait pas qu’il gagnerait si vite en notoriété, rendant le lien entre l’acteur et le personnage évident. Grand fan de comics – en même temps, c’est un gros geek, comme tout le reste de l’équipe de Shaun of the Dead et Hot Fuzz -, Simon Pegg a bien pris la création d’un personnage à son image, et a même écrit la préface du premier volume de The Boys.

The Boys est un comics vraiment très agréable à lire, ne serait-ce car il prend le contre-pied des séries DC/Marvel aux personnages invincibles et classieux. Il n’est pas nécessaire pour autant de s’y connaître en la matière pour apprécier ce titre original, violent, et – il faut bien l’avouer – parfois carrément dégueu.
Le tome 2 vient de sortir, et franchement, je vous recommande cette série.

The Boys de G. Ennis et D. Robertson – Panini Comics
3 tomes parus France, série en cours en publication aux USA

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2 commentaires pour The Boys

  1. Natth dit :

    Cela fait déjà un moment que je guette les articles comics de ton blog, vu que je souhaite commencer à en lire (des comics) mais que je n’en trouve pas à mon goût. Cependant, je ne les guette pas depuis janvier 2009. C’est donc en lisant ton article « The Pro » que je suis tombée sur ton lien vers « The Boys ». Et là, je pense avoir trouvé un comic qui me plairait (ne jamais négliger le pouvoir des liens). Je jetterai donc un coup d’oeil à la partie comics de la JE. Le dernier comic (et le seul) qui m’a plu pour l’instant est Elfquest, mais je ne suis pas sûre d’en trouver là-bas (trop vieux ?).

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  2. Gemini dit :

    Très franchement, j’ignore s’il y aura des boutiques comics sur place, je n’en avais pas vu les années précédents malgré la présence du Comic-Con ; mais avec cette année un hall presque entièrement réservé, il y a plus de chance. Par contre, il n’y aura pas les auteurs de la série ; néanmoins, sera présent le dessinateur d’un des meilleurs comics, V for Vendetta, donc cela peut être un bon moyen de le découvrir.

    PS : Je te recommande le podcast « spécial comics », présent sur ce blog, dans lequel j’évoque notamment The Boys.

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