Tetsujin Ni Ju Hachi-go

Décidément, Yasuhiro Imagawa adore Mitsuteru Yokoyama, et il le prouve. Après avoir transformé Giant Robo en une série d’OAV démesurée, nous le retrouvons aux commandes d’un autre robot de légende né de l’esprit du célèbre mangaka : Tetsujin n°28.

Pendant la Guerre du Pacifique, le professeur Kaneda fût chargé du projet Tetsujin, visant à créer une nouvelle arme décisive : un robot géant. Le prototype n°28 répond à toutes les attentes ; mais Kaneda, refusant que son invention ne devienne un engin de mort, se retourne contre l’armée, scelle Tetsujin n°28, et met fin à ses jours.
Dix ans ont passé depuis la défaite du Japon, l’occupation américaine est terminée, et le pays commence à se reconstruire. Dix ans, c’est aussi l’âge de Shotaro Kaneda, l’enfant détective, fils du professeur Kaneda né à la fin de la guerre. Lors d’une expérience du professeur Shikishima, Tetsujin n°28 est réactivé, et refait surface en plein Tokyo. Son dépositaire, Shotaro, en fera-t-il une arme ou s’en servira-t-il pour le bien de tous ?

Tout d’abord, je voudrais revenir sur deux points qui m’ont marqué.
Primo, j’ai évidemment regardé Tetsujin n°28 car j’avais aimé Giant Robo. Et bien j’avais beau savoir que ce-dernier est un melting-pot des différentes œuvres de Yokoyama, je me demande vraiment ce qui, dans cet anime, vient bien du manga Giant Robo ; car Tetsujin n°28 contient une bonne partie des personnages que nous y retrouvons, et presque tous les robots ! Le professeur Franken – dont l’origine du nom devient ici évidente – le professeur Shizuma, Kenji Murasame, Big Fire, ils viennent tous de Tetsujin n°28.
Secundo, malgré le style graphisme qui fait un peu enfantin, cet anime n’est absolument pas pour les enfants ; il est violent, sombre, dramatique, et montre quelques-uns des aspects les plus vils de l’être humain. Pourtant, le héros lui-même n’a que 10 ans ! Peut-être, mais il va s’en prendre plein la gueule, quand il ne se contente pas de perdre toutes ses illusions en découvrant le passé pas toujours reluisant de ses proches.

De la même façon que Giant Robo, et à l’inverse des représentants gonagaïesque du genre, Tetsujin n°28 n’est pas une série de méchas qui va se focaliser sur les combats entre robots géants ; ceux-ci se font même rares. Tetsujin ne montre d’ailleurs pas une puissance formidable pendant les affrontements, contrairement à ce que les génériques – remakes de ceux de l’anime d’origine, datant de 1963 – laissent supposer.
Ce qui importe, ce sont les mystères entourant les personnages, et le drame humain qui se joue devant nos yeux.

Cet anime va se composer de deux parties.
La première est consacrée au passé. Le Japon, au travers de plusieurs personnages et de leur histoire, va devoir faire face à ses chimères, à des événements de la Guerre du Pacifique qui vont – de la même manière que Tetsujin – refaire surface, et que leurs responsables vont devoir assumer. Essentiellement des expériences pas jolies-jolies visant à apporter la victoire au Japon, que tout le monde pensait enterrées et oubliées, ce qui les aurait bien arrangés. Et Shotaro, étranger à tout cela, va découvrir que même des personnes en qui ils avaient toute confiance, ont conduit de telles expériences «pour la patrie». Cette première partie est avant tout dramatique, et doit amener le spectateur à réfléchir sur la guerre et ses conséquences.
La seconde se tourne plus vers le présent, avec une seule histoire, parlant d’espionnage, de trahison, et de prise de pouvoir. Je n’en dirais pas plus, mais là où la première était vraiment sombre et dramatique, parfois dure à suivre, cette seconde partie s’avère bien plus prenante, tout en conservant quelques cadavres dans des placards ; mais dans l’ensemble, nous avons presque affaire à des genres différents.

Dans cette série de 2004, Imagawa a essayé de retranscrire l’époque de la série d’origine, et il est intéressant de découvrir la science-fiction des années 50/60, avec ses engins futuristes mais bâties avec des ampoules et des composés semblant archaïques. Cela donne à Tetsujin n°28 un style et une ambiance bien particuliers, mais appréciables. Et puis, il parle d’un temps que finalement nous ne retrouvons que peu dans les manga et l’animation d’aujourd’hui, celui du Japon d’après-guerre, sans doute car, comme les personnages de cet anime eux-mêmes, la plupart des Japonais préfèrent l’oublier.
Mais attention : bien que l’auteur critique les exactions qui ont pu être menées par le Japon pendant la guerre, Tetsujin n°28 n’en demeure pas moins un anime très nationaliste ; ces exactions trouvent des justifications dans la situation d’alors du pays – qu’il fallait protéger à tout prix – et tous les «méchants» (à part ceux qui ont perdu les pédales) sont ici des étrangers (ou des Japonais d’origine étrangère), de préférence des Américains. Cela ressemblerait presque à du Kawaguchi, tiens…

Tetsujin n°28 est un anime assez spécial, à essayer en connaissance de cause : son nationalisme, ses drames humains parfois très durs, et l’absence de puissance du robot principal risquent de décevoir de nombreux spectateurs. Malgré tout, cet anime dispose de moult qualités, comme sa SF rétro-futuriste, ses robots et leur utilisation en décalage total avec les autres productions actuelles, sa qualité technique, son graphisme typé, et son époque avec toutes les conséquences qu’elle implique.
Pour aujourd’hui, Tetsujin n°28 est un ovni, mais si vous voulez essayer un anime différent, je crois que vous pourrez trouver votre bonheur.

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Un commentaire pour Tetsujin Ni Ju Hachi-go

  1. Guilhem dit :

    « Dans cette série de 2004, Imagawa a essayé de retranscrire l’époque de la série d’origine, et il est intéressant de découvrir la science-fiction des années 50/60, avec ses engins futuristes mais bâties avec des ampoules et des composés semblant archaïques. […] »
    Pour ce que j’en sais, le manga de départ voyait son action située à l’aube des années 2000 – comme pour Tetsuwan Atom, dont Tetsujin devint vite un rival – mais avec le look rétro qui était de mise à l’époque. Une question assez logique s’ensuit : le réalisateur a-t-il placé l’histoire de cette adaptation dans les années 50 parce qu’il souhaitait conserver les designs de base de Yokoyama et que ceux-ci étaient bien trop datés pour apparaître dans une série prenant place à notre époque, ou bien replacer Tetsujin 28 dans le contexte où il fut inventé était-il pour le réal’ un moyen de revenir à l’essence du manga original ? Je penche pour la seconde solution car les « dénonciations » des anciens démons du Japon y apparaissent bien trop nombreuses pour être fortuites : il devient ici assez évident qu’aux yeux d’Imagawa, Tetsujin 28 représente bien plus que « le premier mecha (dans le sens de « robot géant » bien sûr) japonais » car, comme tu l’as très bien expliqué, les combats de robots y sont somme toute peu nombreux alors que l’ambiance y est dramatiquement sombre ; le récent hommage public que fit la ville de Kobe en consacrant une statue grandeur nature à Tetsujin 28 va également dans ce sens ; de plus, Mamoru Oshii lui a récemment consacré une pièce de théâtre (que je n’ai pas vu, hélas, mais il va de soi que ce spectacle pouvait difficilement représenter des combats de robots sur scène de sorte que ce n’était certainement pas une production à grand spectacle, ce qui du reste n’a rien de surprenant quand on connait un peu l’œuvre d’Oshii…) et il a déclaré il y a quelques semaines qu’il travaillait sur un projet d’adaptation en film (qui n’a rien à voir avec le projet d’Imagi, celui-ci semblant pour le moins compromis par le fiasco de leur récente adaptation d’Astroboy…)

    Bref, il y a manifestement chez Tetsujin 28 quelque chose qui persiste à obséder le public japonais, même plus d’un demi-siècle après le manga original : rien que pour ça, passer à côté de cette adaptation/réinterprétation somptueuse par Imagawa serait un crime pour tout otaku français qui se présente comme tel

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