Chapitre premier : la Genèse

Mechaphile et pas particulièrement allergique aux oldies (ça se saurait), je suis presque étonné moi-même de ne pas avoir donné sa chance plus tôt à un anime de légende : Mobile Suit Gundam. Une erreur rattrapée.

En 2001, le Club Dorothée n’existait plus depuis 4 ans. Après sa disparition, les dessins-animés japonais sont devenus des entités rares sur le réseau hertzien de la télévision française ; les séries inédites, n’en parlons même pas : il n’y a guère eu que quelques nouveautés sur Canal + (mais pas des moindres), Equipières de Choc sur France 2 (à des horaires impossibles et changeants), et quelques séries à destination du jeune public “remixées” par 4Kids et Saban Entertainement.
Cette année-là, pourtant, l’impossible se produisait : M6 diffusait un anime inédit. Et pas n’importe lequel : un anime de Gundam, saga mythique de l’animation japonaise ! Gundam Wing, pour être précis.
Sa diffusion sera extrêmement chaotique. M6 voulant s’en servir pour promouvoir le lancement de sa nouvelle chaîne, Fun TV, sur le câble et le satellite, seuls les 26 premiers épisodes (sur 49) furent diffusés ; un petit message après le 26ème épisode nous indiquait que si voulions voir la suite (et fin), il nous fallait regarder Fun TV… Que la majorité des téléspectateurs ne recevaient pas, évidemment, puisqu’elle était sur un réseau payant, sans doute moins démocratisé qu’aujourd’hui.
Peu importe ! Gundam Wing aura permis à un nouveau public de découvrir Gundam en France (en plus des fans gravitant sur le net depuis des lustres).
En 2002, Gundam Seed apparait sur les écrans nippons. L’explosion d’internet et l’amélioration des connexions aidant, le public français pourra aisément découvrir cet anime, consolidant une solide base de fans de Gundam en France, et poussant les nouveaux venus à visionner les animes de la saga apparus avant lui.

Je fais parti de ceux ayant découvert Gundam par l’intermédiaire de Gundam Wing ; par la diffusion (incomplète) sur M6 d’abord, par le manga ensuite. A l’époque, j’ai beaucoup apprécié ces robots géants, ces combats, et le style graphique recherché de la série ; elle n’est pas parfaite loin de là, mais elle garde aujourd’hui encore, pour moi, une saveur toute particulière.
Ayant apprécié Gundam Wing, il était logique que je tente Gundam Seed. Objectivement meilleure et disposant d’une dernière partie magnifique, elle m’a moins accroché ; il faut dire que là où Wing n’avait que Réléna d’insupportable, Seed offrait toute une palette de protagonistes pleurnichards et/ou que j’aurais eu envie de frapper.

Suite à ces deux animes, je n’étais pas fan de Gundam… Mais j’y voyais encore un fort potentiel, et j’adhèrais au principe de la saga, donc j’étais disposé à en voir autre chose.
Les échos que j’eue de Gundam Seed Destiny me dissuadèrent de m’y atteler.
Je n’ai pas supporté les personnages de Turn-A Gundam, et surtout leur façon de se “faire la guerre sans se faire la guerre”. Les puristes vous diront que je n’ai aucun goût, et que je pouvais pas comprendre sans avoir vu tout ce qui vient avant dans l’Universal Century.
G Gundam est un chef d’oeuvre de n’importe quoi délirant et épique, un vrai régal où l’équipe responsable s’est vraiment faite plaisir avec un “truc” aux antipodes des séries Gundam classiques. Donc je ne le compte pas comme une série Gundam…
Finalement, Gundam 00 est l’anime Gundam que j’ai le plus apprécié. Mais ce n’est pas grand-chose pour autant.
L’histoire aurait pu s’arrêter là, classant définitivement Gundam au rang de mes déceptions ; une saga dont j’aurais entendu d’innombrables louanges, injustifiées de mon point de vue.
Mais dans un sursaut de volonté, je décide de visionner les films de MS Gundam, l’anime d’origine.

ALLELUIA ! C’est de la bonne !
Gundam est une saga difficile à appréhender : beaucoup de séries plus ou moins indépendantes, d’innombrables “calendriers”, un bordel monstrueux !
Pourtant, une chose aurait dû me paraître évidente : pour que Gundam devienne un titre d’une telle importance, avec tant de déclinaisons, il fallait forcément que sa série d’origine, sa genèse, soit exceptionnelle (même s’il paraît que sa première diffusion nippone fût un échec). Bien sûr, MS Gundam aurait pu perdre de son impact avec le temps, à cause de l’amélioration des techniques d’animation depuis sa création, et un concept qui n’aurait plus rien eu de novateur à force d’être repris dans d’autres séries.
Sauf qu’il a su conserver une puissance visuelle et scénaristique rare.

En l’an 79 de l’UC (Universal Century), la moitié de l’humanité a émigré dans l’espace et vit désormais dans des colonies en orbite autour de la Terre. L’une d’entre elles, Side 3, déclare son indépendance vis-à-vis de la Fédération Terrestre, et se proclame Duché de Zeon. S’en suit une guerre meurtrière qui décime la moitié de la population humaine en quelques mois.
Amuro Ray vit sur une colonie jusque-là épargnée par la guerre, Side 7. Mais c’est là que son père et d’autres scientifiques mettent au point des armures mobiles “Gundam” pour le compte de la Fédération, afin qu’elle puisse rivaliser avec les armes de Zeon.
Lorsque la colonie est attaquée par Char Aznable, la Comète Rouge, la population s’enfuie à bord du vaisseau White Base ; Amuro prend les commandes du Gundam afin de les protéger.

Je tiens à le préciser : je n’ai vu que les 3 films récapitulant la série TV ; c’est tout ce qui est disponible dans le commerce en France… Donc mon avis sera basé dessus ; outre la disparition de nombreux passages, certaines scènes ont été retravaillées pour un meilleur rendu.
Première impression : l’histoire ressemble étrangement à Gundam Seed, les “émos” en moins (tant mieux).
Deuxième impression : c’est génial. Ne vous inquiétez pas, je vais développer.

Je ne vous parlerai pas du principe du “combattant adolescent”, car ce n’est pas ce que je retiendrai de MS Gundam.
Non, ce qui m’a plu, ce sont les personnages intéressants et/ou charismatiques – à tel point que toutes les séries Gundam ou presque se sentent obligées de posséder leur propre version de Char Aznable, le gentil méchant masqué et mystérieux ; la palme revenant pour l’instant à Schwarz Bruder de G Gundam – le scénario, la qualité technique surprenante pour l’époque, le design, et l’émotion qui se dégage de tout ça.

L’histoire nous plonge dans une guerre où les humains se battent entre eux, chose rarissime (pour l’époque) dans les animes de SF ; et dans un anime de mécha, d’autant plus. Il faut penser que dans les années 70, la référence du robotto, c’était Go Nagai ; j’adore Go Nagai, mais c’est du combat un contre un, bien manichéen avec les gentils humains d’un côté et les méchants ET/humains/démons de l’autre (Duke Fleed et sa sœur de UFO Robo Grendizer faisant exception puisque ce sont de gentils aliens), et à la fin, le héros détruit le robot adversaire sans faire aucun cas du pilote de celui-ci, sauf s’il s’agit d’un des super méchants, auquel cas nous le voyons périr. Et il osait appeler ça la “guerre”.
Gundam, c’est différent : c’est vraiment la guerre, avec des combats impliquant plusieurs robots qui ne sont que des armes et qui peuvent – incroyables – tomber en panne, et des morts des deux côtés, même chez les “gentils” ; surtout chez les gentils, ça permet d’augmenter le potentiel émotionnel d’une série.

Alors bien sûr, là, je me replace dans le contexte, puisque ce style dit “real robot” (non pas que l’existence de tels robots soit réaliste) a depuis été largement repris, ne serait-ce que dans les autres animes franchisés Gundam. Mais cela reste un genre à fort potentiel épique et dramatique, donc premier représentant ou pas cela n’a aucune importance : la différence se fait sur le scénario bâti autour du principe du “real robot”.
Et le scénario est bon : des gens qui n’avaient rien demandé – il y a peu de militaires de carrière parmi les principaux personnages liés à la Fédération Terrestre – vont se retrouver plonger dans une guerre, et obligés de se battre pour survivre. Le tout dans un contexte difficile, puisque non seulement ils doivent échapper à leurs poursuivants de Zeon, mais en plus leur propre camp semble peu enclin à leur venir en aide.
Chaque partie de l’histoire est bien traitée, avec ce qu’il faut de combats et de moments plus intimistes axés sur les personnages, de la Fédération comme de Zeon. Et bien sûr des scènes poignantes, des révélations, bref un bon scénario !

Comme je l’ai déjà précisé, l’animation est étonnante pour un anime de cet âge – et non prévu comme un film à la base – et la qualité des dessins constante ; du moins dans les films, pour eux il y a eu quelques améliorations apportées.
Ce n’est peut-être qu’une vue de l’esprit, mais j’ai trouvé le chara design assez proche de celui de Leiji Matsumoto ; en tout cas, cela me convient.
Le design du Gundam est basique mais préfigure bien le style de ses successeurs. Par contre, le White Base abhorre des formes qui me paraissent résolument modernes, et les robots de Zeon sont originaux ; pour les autres vaisseaux spatiaux, je retrouve un petit côté Matsumoto avec un design proche du Yamato et de l’Arcadia.

MS Gundam est un anime passionnant ; j’ai suivi avec plaisir les pérégrinations dans l’espace puis sur Terre de l’équipage de White Base, la façon dont les personnages interagissent, les mystères autour d’eux et les complots au sein de Zeon. Alors il y a des passages un peu moins bons – comme celui où Amuro doit faire face à sa mère castratrice – mais que des combats bien réalisés compensent amplement.
La dernière partie, de retour dans l’espace, dispose de toute la portée dramatique et épique que je pense être en droit d’attendre d’une œuvre guerrière, à la différence d’un Gunparade March où s’il y a effectivement une mort poignante (bel exploit), les protagonistes sont trop insouciants pour rendre l’ensemble crédible…
Pour moi, il s’agit d’une très grande réussite, l’anime qui donne un sens à l’engouement autour de Gundam (même si je connais des fans qui ne l’ont jamais vu car il est “trop vieux”), et certainement une des meilleures séries que j’aurais vu cette année ; juste après Giant Robo, je trouve que j’ai de la chance en cette fin 2008.

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Un commentaire pour Chapitre premier : la Genèse

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