Space Runaway Ideon

Pour bien apprécier un vieil anime, communément appelé “oldie”, il faut savoir dépasser ses à priori sur les graphismes et l’animation pour se concentrer sur le scénario, les concepts, les idées, la réalisation, et la façon dont tout cela interagit.

Il faut le dire franchement : Space Runaway Ideon, c’est moche. Même pour un fan d’oldies tel que moi. En même temps, c’est une série télé, et non un film. Mais ce n’est pas le genre de choses qui me décourage, et je me suis lancé dans cet anime, car j’en avais entendu le plus grand bien, et parce qu’il a été créé par Yoshiyuki Tomino, le papa de Gundam.

Notre histoire se déroule dans le futur. Les Terriens ont découvert un mode de transport leur permettant de parcourir les distances auparavant incommensurables entre les galaxies ; grâce à cela, ils ont commencé à coloniser d’autres planètes, et ont à ce jour trouvé des vestiges de 6 civilisations aliens disparues.
La planète Solo fait parti des terres d’accueil de l’humanité ; près de 5000 Terriens s’y sont installés, et c’est là qu’ils ont trouvé les premières traces de la 6ème civilisation : trois véhicules et un vaisseau, que leurs scientifiques essaient d’analyser et de réparer.
Les habitants de Solo mènent une existence paisible, jusqu’à leur première contact direct avec un peuple extra-terrestre : les habitants de la planète Buff Clan. A la recherche d’une source d’énergie infinie, l’Ide, qui proviendrait de la planète Loga Dau – celle que les Terriens appellent Solo – et craignant que les aliens qui s’y sont installés ne la découvrent avant eux, ils engagent les hostilités, détruisant la principale cité des colons. Les Terriens tentent de contre-attaquer, mais l’effet de surprise est terrible.
Alors que tout semble perdu, et que les survivants se rassemblent dans les ruines du vaisseau de la 6ème Civilisation pour tenter de se protéger, les trois véhicules s’assemblent pour former un robot géant qui abat les assaillants ; le vaisseau se met lui aussi en marche, permettant aux Terriens de s’enfuir.
Commence leur longue fuite à travers l’espace, poursuivis par le peuple de Buff Clan qui voit dans ce robot géant l’incarnation de l’Ide.

Space Runaway Ideon est un anime de 1980 de 39 épisodes. En 1982, comme il l’avait déjà fait pour Gundam, Yoshiyuki Tomino sort un film, A Contact, qui récapitule sa série ; la même année, il sort un second film, Be Invoked, contenant une fin alternative de l’anime.

La fuite d’un groupe dans un vaisseau exceptionnel en direction de la Terre, ce n’est pas nouveau ; il y avait eu Mobile Suit Gundam, et plus tard, Macross Super Dimension Fortress reprendra la même idée.
Plus original, la lutte entre deux peuples semblables – physiquement, il n’y a aucune différence entre les habitants de la Terre et ceux de Buff Clan, et leurs points communs ne s’arrêtent pas là – mais incapables de se comprendre, et qui donnent l’impression de commencer leur guerre sur un malentendu ; à ce propos, un passage de l’anime est exemplaire : les Terriens élèvent un drapeau blanc pour lancer des pourparlers, mais sur Buff Clan, le blanc est un signe de défi particulièrement violent. Il n’y a que peu de manichéisme dans cette série ; évidemment, Buff Clan ayant lancé les hostilités passera pour le “méchant”, mais ses militaires n’ont pas attaqué pour le plaisir, mais parce qu’ils sentaient leur peuple menacé. Tomino partira d’un principe similaire dans Turn-A Gundam.
L’originalité de Space Runaway Ideon provient essentiellement des concepts évoluant autour du robot géant Ideon, qui finiront par en faire le personnage principal de la série, et une entité presque divine. Non seulement divine, mais limite sadique, sans trop dévoiler le scénario. Parmi les idées présentes, notons en particulier celle qui permet de justifier le principe du héros adolescent ; je ne l’avais pas précisé, mais sur les trois pilotes de l’Ideon, deux sont mineurs : un garçon et une fille.

Le scénario pour lier les idées entre elles s’avère assez classique, du moins dans l’anime vu qu’il a plus le temps de s’y attarder : à de nombreuses reprises, les soldats ennemis tenteront d’abattre ou de capturer l’Ideon, celui-ci s’en débarrassera, et montrera une puissance toujours plus importante.
Ce qui surprend, ce qui marque une différence profonde avec la production d’animes actuelle, c’est la violence de Space Runaway Ideon. Attention, par “violence” je ne parle pas de celle d’aujourd’hui qui consiste essentiellement en des types flinguant (et plus si affinité) d’autres types, avec les cerveaux qui volent et tout ; ici, nous sommes à une toute autre échelle : destruction de planètes, annihilation de peuples, et charcutage massif des personnages principaux ! Surtout que tout le monde est invité : hommes, femmes, enfants, de la Terre comme de Buff Clan ; pas de jaloux. Je dois d’ailleurs au film Be Invoked, une des scènes les plus marquantes qu’il m’ait été donné de voir dans un anime ; j’ai dû la repasser plusieurs fois pour vérifier que je n’avais pas rêvé, et que la tête de cette gamine avait bien été arrachée par un tir de laser.

Pour moi, le film Be Invoked est l’atout majeur de Space Runaway Ideon, car c’est la partie allant le plus loin dans le tragique, l’épique, et dans la déification d’Ideon. A tel point que j’y suis allé de ma petite larme, sur la fin ; la dernière scène est magnifique, mais lourde de sens.

Sauf que pour voir Be Invoked, il faut connaître ce qui se passe avant.
Et là, nous avons clairement un problème. Un problème de format, je dirais : l’anime et le film A Contact reprenne la même histoire ; de 39×20 minutes, il ne reste donc plus que 90 minutes… Les deux versions ont des défauts.
L’anime est trop long (logique) : l’histoire avance très lentement, de nombreux épisodes reprennent le même schéma, et les révélations tombent au compte-goutte. Alors bien sûr, cela permet de mieux se plonger dans l’ambiance, de partager le quotidien des personnages et de les découvrir. Sauf que se focaliser sur les personnages, ce n’est pas nécessairement un bien : certains ont des personnalités absolument insupportables, en particulier les Terriennes. Je ne sais pas si Tomino est misogyne ou s’il s’agit d’un moyen de créer un décalage avec le personnage de Karala, une fille courageuse et généreuse de Buff Clan, mais voilà : elles sont belliqueuses, fanatiques, bornées, menteuses, bref des horreurs, même si elles s’améliorent (un peu) au fur et à mesure de la série.
A Contact est trop court (logique) : les événements s’enchainent tellement vite que nous n’avons pas le temps d’analyser ce qui se passe, cela parait confus, et nous ne pouvons pas nous attacher aux protagonistes. Sans parler des incohérences : pour adapter l’histoire sur la durée d’un film, les scénaristes ont modifié certains passages, tout en gardant des séquences de l’anime ; seulement entre les anciennes et les nouvelles scènes, il y a des incompatibilités. Par exemple, Karala devient capable de connaître le nom de personnes qu’elle rencontre pour la première fois…

De Space Runaway Ideon, il faut au moins voir l’excellent Be Invoked. Reste à savoir grâce à quel avatar de la série découvrir l’histoire ; j’aurais tendance à préférer A Contact, bien qu’incomplet, car il est plus court et fait donc perdre moins de temps.
Be Invoked est un film d’un autre monde si comparé aux animes un peu aseptisés d’aujourd’hui. C’est un compliment.
Car aujourd’hui, quel scénariste aurait le cran de détruitre des planètes, d’annihiler des peuples, et de charcuter des personnages principaux, quel que soit leur âge et leur sexe ?

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Un commentaire pour Space Runaway Ideon

  1. Guilhem dit :

    C’est effectivement cette production qui confirma le surnom de « Kill’Em All » dont écopa Tomino après Zambot 3, et qui lui fut consacré après Zeta Gundam.

    J’admets que la narration d’Ideon traîne parfois un peu en longueur, mais c’est parce qu’elle se centre plus sur les personnages et leurs relations les uns aux autres que sur les combats – encore que certaines scènes de baston sont ici assez impressionnantes… La montée de la tension, par exemple, y est bien plus palpable que dans First Gundam qui pourtant partait déjà d’un concept de base semblable : des jeunes gens sans aucune expérience de la guerre se trouvent propulsés au beau milieu d’un conflit sidéral alors qu’ils ont entre leurs mains l’arme la plus puissante de l’univers connue ; la différence principale tient dans les affrontements internes au sein même de la faction humaine qui n’a aucune structure militaire pouvant servir de garde-fou pour contenir de tels excès, affrontements dans lesquels l’extra-terrestre Karala joue bien malgré elle un rôle prépondérant – d’ailleurs c’est à ma connaissance la première fois que le héros d’une série tombe amoureux d’une ennemie, et alien de surcroit ; une autre différence tient dans l’incompréhension qui sépare ces deux peuples et qui est la raison principale de cette guerre, idée pour le moins originale à cette époque sur le média anime.

    Il est d’ailleurs étonnant de constater quelle influence eut Ideon sur Macross, qui se voulait pourtant au départ une parodie du genre mecha en général et spécialement de Gundam ; les points communs sont pourtant plus nombreux avec Ideon qu’avec son prédecesseur : une technologie prodigieuse mais perdue depuis des millénaires, un vaisseau gigantesque capable de se transformer, une armée ennemie dont la seule culture est la guerre, un conflit qui commence par un quiproquo, un des héros du camp des « gentils » qui tombe amoureux d’une personnalité importante du camp des « méchants », etc. Si ce n’était son thème principal, foncièrement différent de celui d’Ideon, Macross aurait presque pu en être un remake…

    Là encore, nous ne sommes pas très loin d’une œuvre fondatrice, surtout si on prend en compte l’influence considérable qu’eut Ideon sur Evangelion. Mais, bien sûr, « ceci est une autre histoire… » ;]

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