L’Appel au GINEIDEN

L’homme se tourna vers le voyageur, et lui dit : “Trouve 2000 personnes en France prêtes à acheter des DVD de GinEiDen, et DVD de GinEiDen en France il y aura.” Ce que à quoi le voyageur répondit : “Ben c’est pas gagner…”
Ce dialogue avec un éditeur a été légèrement retouché, mais cela donnait en substance ce résultat.

Cherchez l’erreur : Ginga Eiyuu Densetsu – traduisez “La Légende des Héros de la Galaxie” – communément appelé GinEiDen, est un anime considéré comme culte par quasiment toutes les personnes l’ayant vu, mais n’a que peu de chances de sortir en France, comme tous les animes de plus de 26 épisodes, de plus de 10 ans, à l’auteur inconnu dans nos contrées, jamais diffusé sur notre réseau hertzien, et dont aucune version manga n’est disponible dans le commerce.

Donc, à la manière de Kyouray et de son Appel à la PASSION, je lance l’Appel au GINEIDEN. Je demande à ceux qui ne le connaîtraient pas de voir cet anime, à ceux qui le connaissent (et qui apprécient) d’en parler autour d’eux, voire d’écrire dessus s’ils sont bloggeurs.

Tout d’abord, GinEiDen, c’est quoi ? Parce que c’est bien beau de dire qu’il faut regarder, mais encore faut-il donner envie.
A la base, il s’agit d’une série de romans écrits par Yoshiki Tanaka, auteur à succès dans son pays. Ce format implique une maîtrise du scénario généralement supérieure à celle du manga moyen – il y a néanmoins des scénaristes de grand talent parmi les mangaka, c’est une évidence – maîtrise conservée lors de l’adaptation animée. Celle-ci, articulée autour d’une série principale de 110 OAV, compte aussi 2 films d’animation – dont un sorti en France, mais dont le “succès” plus que limité n’a pas de quoi donner envie à un éditeur de proposer plus sur cet anime, bien au contraire – et 3 autres séries totalisant 53 OAV.

Démarrée en 1988, la production de cette série se terminera en 1999, et aura vu se succéder de nombreuses personnalités du monde de l’animation et du doublage. Pour vous donner un ordre d’idée, pas moins de 14 chara designers ont œuvré sur la série principale, parmi lesquels Shingo Araki (Saint Seiya, Versailles no Bara), Akio Sugino (Takarajima, Ashita no Joe), et même le célèbre réalisateur/animateur/designer Yoshiaki Kawajiri (X, Vampire Hunter D Bloodlust). Au passage, cela donne un aperçu du nombre incroyable de personnages dans cet anime !

Mais parlons maintenant de l’histoire.
L’homme, pionnier dans l’âme, a conquis l’espace et délaissé sa planète natale. Il s’est installé sur de nouvelles planètes, et a créé un gouvernement unifié et démocratique pour régner sur son nouveau monde. Seulement, rien ne dure jamais : un putsch transforme cette démocratie en un régime autocratique et répressif dirigé par la dynastie des Goldenbaum : l’Empire. Fuyant la dictature, un groupe de personnes courageuses s’installe sur de nouvelles planètes et fondent l’Alliance des Planètes Libres. Ne pouvant supporter l’existence de rebelles, jugés comme des terroristes, l’Empire entre en guerre contre l’Alliance.
De nos jours, la guerre se poursuit, et de nouveaux acteurs entrent en scène de chaque côté. Ces jeunes héros ont pour devoir de changer l’issue de ce conflit sanglant. Au sein de l’Alliance, c’est le jeune prodige Yang Wen-li – surnommé le “Héros de El-Facil”, du nom du lieu de son premier exploit – qui attire tous les regards, tandis que dans l’Empire, l’incroyable Reinhard von Lohengramm semble viser plus haut que le simple statut d’amiral.

Il y aurait tellement à dire sur cet anime que je ne sais pas vraiment par quoi commencer…
Déjà, il faut préciser que plus que d’une guerre, GinEiDen parle avant tout de géo-politique ; et à l’échelle de l’univers, je vous prie. Il n’y a pas de bons et de méchants : chaque camp se bat pour défendre ses propres idéaux, et compte dans ses rangs autant d’êtres exceptionnels que de brebis galeuses ; et il sera tout autant question de querelles internes – comme des luttes pour le pouvoir, ou face à des groupuscules terroristes – que d’affrontements entre eux, sans que jamais l’auteur ne prenne partie pour l’Empire ou l’Alliance. Evidemment, comme nous appartenons à un pays démocratique, nous aurons sans doute plus d’attachement pour l’Alliance et son leader, mais cela ne fait pas de ce-dernier le héros de la série pour autant. Tout cela donne à GinEiDen de la crédibilité, loin du manichéisme facile de la plupart des séries ; je me souviens, pour l’anime Soukou no Strain, le synopsis aurait pu nous faire penser que les deux camps se valaient, mais l’un d’entre eux étaient beaucoup trop typé “force du mal inter-sidérale” et passait pour le méchant de service. Au-delà du conflit entre deux patries, entre deux philosophies, c’est avant tout un conflit entre des hommes que nous propose de suivre GinEiDen, car c’est à leur échelle que nous découvrirons cette guerre, et les interactions entre eux formeront la ligne directrice du récit.

Il convient de parler maintenant des diverses particularités de la série, en commençant par les deux camps.
L’Empire est basé sur l’Allemagne du XIXème Siècle ; cela se ressent au niveau des noms des personnages, et le design des bâtiments et des vêtements a été travaillé pour coller à cet univers et améliorer l’ambiance. Il véhicule une image de tradition, d’ordre, et même une certaine froideur toute germanique.
L’Alliance, quant à elle, possède un aspect général plus moderne, et son design global correspond au monde occidental tel qu’il était à l’époque de la création de cet anime, soit à la fin des années 80. Un style donc beaucoup moins typé (caricatural ?) que l’Empire, mais aussi un peu plus impersonnel et donc moins intéressant ; cet aspect proche de notre réalité actuelle nous incite à nous sentir plus proche de ce camp, mais l’auteur n’hésitera pas à épingler quelques dérives de la démocratie, ce qui fait d’autant plus mal.

D’un point de vue purement technique, et bien que cette série soit constituée d’OAV – généralement plus travaillés qu’un simple épisode télédiffusé – l’animation est assez médiocre. Mais GinEiDen compense par sa recherche graphique, et par une utilisation abusive des chefs d’œuvre de la musique classique, pour un rendu exceptionnel. Cela rend particulièrement bien lors des combats spatiaux. Car – suis-je bête – j’avais oublié de le préciser : l’Empire et l’Alliance se livrent une guerre sans merci non pas sur de petites planètes au corps à corps, mais dans le vide interstellaire au moyen d’immenses flottes de navires de guerre, dans des batailles épiques autant que démesurées.

Le mot est lancé : “démesure”. GinEiDen est un anime où tout est démesuré. Déjà, 110 épisodes, ce n’est pas donné à tout le monde. Bon, il y a de nombreuses séries tout aussi longues, voire beaucoup plus, mais combien peuvent se targuer d’avoir presque autant de personnages majeurs pour le déroulement de l’histoire que d’épisodes, combien peuvent prétendre parler de géo-politique entre des zones situées à plusieurs années-lumière les unes des autres, et combien peuvent nous offrir des phrases aussi improbables que “L’ennemi n’est qu’à un million de kilomètres, commencez à tirer”, ou encore “Le vaisseau amiral Yggdrasil vient de sombrer, ses 40.000 membres d’équipage ont péri” qui vient juste avant “Nous avons perdu 1.450.000 hommes dans la dernière bataille.” Pour revenir sur les personnages, allez trouver dans d’autres séries autant de fortes personnalités, de figures charismatiques, de leaders hors du commun au destin à la fois tragique et magnifique. D’ailleurs, il n’y a presque pas de femmes dans GinEiDen ; c’est un anime homo-érotique freudien, point que je n’aurais peut-être pas dû aborder parce qu’il peut effrayer le quidam.

Pour résumer, voilà pourquoi il faut découvrir cet anime et en parler :
– Il y a un super scénario, extrêmement bien construit et sans incohérence.
– Les personnages sont nombreux, et pour certains exceptionnels.
– C’est du space-opera dantesque aux batailles épiques.
– C’est un exercice de géo-politique à l’échelle galactique.
– Le design et la musique sont excellents.
– C’est un anime où la démesure est omniprésente tout en restant crédible.
– Pour moi, c’est un des trois meilleurs animes de tous les temps.
Que vous faut-il de plus ?

Saga a répondu à l’APPEL : http://www.gineiden.net/appel.html

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5 commentaires pour L’Appel au GINEIDEN

  1. le gritche dit :

    Mea maxima culpa.
    J’avais critiqué ailleurs cet anime en mettant en cause les batailles démesurées où des sommes astronomiques d’hommes et de vaisseaux mouraient et sombraient à cause de leur code de l’honneur blablalbla.

    J’ai recommencé Gineiden et au bout de 9 épisodes, j’ai enfin une idée claire de pourquoi c’est une oeuvre unique et magistrale. Voir les tirets 1,2,4 et 5 (et à terme le 7) de ton énumération finale.

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  2. Guilhem dit :

    Ce qui m’a fasciné dans cette série, c’est son illustration de la schizophrénie japonaise qui, malgré son système politique démocratique, semble ne pas pouvoir s’empêcher de « regretter » son passé monarchique et impérialiste. Je veux dire, il n’y a qu’un auteur issu d’une civilisation dont la démocratie est aussi jeune – et d’autant plus que celle-ci a remplacé en quelque sorte « par la force » la monarchie qui la précédait, puisque les américains n’ont jamais demandé leur avis aux japonais à ce sujet ce qui est pour le moins paradoxal si on tient compte des préceptes de la république – bref, il n’y a qu’une société aussi paradoxale que le Japon d’après-guerre pour engendrer une œuvre qui place sur le même pied d’égalité deux systèmes politiques pourtant aussi viscéralement opposés, pour ne pas dire franchement antagonistes : à ce sujet, l’exposition des « pour » et des « contre » de chaque système est d’une neutralité qui traduit très bien la clairvoyance des férus d’histoire – ce qu’est indéniablement l’auteur de la série de romans que cette production adapte sur le petit écran. D’ailleurs, la conclusion de la guerre entre l’Empire et l’Alliance surprendra certainement le spectateur occidental habitué à plus de concession quant à certaines réalités historiques…

    Incidemment, je vois aujourd’hui même sur ANN que cette histoire va être adaptée en pièce de théâtre pour le tout début de l’an prochain : ce pourrait être une belle occasion d’ouvrir un nouveau billet et de relancer au passage « L’Appel au GINEIDEN » qui le mérite bien… Je dis ça sans aucune arrière-pensée, bien évidemment ^^

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  3. Gemini dit :

    Malheureusement, Gineiden n’arrivera jamais en France… A force de trainer par-ci par-là, j’ai quelques amis dans l’édition et l’un d’entre eux – fan de la série jusqu’au bout des ongles – a eu la curiosité malsaine de se renseigner sur les droits d’exploitation à l’étranger. C’est ainsi qu’il a découvert que, comme pour d’autres œuvres japonaises, les droits ont été bloqués, cette fois à cause de l’orchestre qui interprète la fameuse bande-son de la série ; je ne me souviens plus des détails, toujours est-il que si une partie des ayant-droits refuse toute exploitation hors du Japon, impossible de la voir sortir un jour en France, sans même parler de sa taille et du gouffre financier considérable qu’elle aurait constitué…

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